dimanche, décembre 17, 2006

Ma vie sans dessus dessous (Partie 10)

Ma vie était sans dessus dessous. Je souffrais beaucoup, mais vraiment beaucoup. J`étais tout raide de froid. Toujours pris au piège dans les griffes acérées de l`arbrisseau de la mort, je ne sentais plus mes membres. J`étais comme un malheureux petit poisson des chenaux abandonné sur la glace de St-Anne-de-la-Pérade. Tout ce que je percevais, c`était le vent sur mon visage qui sifflait un air sinistre et le p`tit mulot gris foncé qui s`agitait nerveusement autour de mon cadavre pour à chaque fois se cacher dans les souches d`un arbre dès que je hurlais mes douleurs.

Le rideau de la nuit ne tardait pas à masquer tous mes points de repaire. Seul à mon désespoir, je broyais du noir au fin fond de mes pensées. Comment aurais-je pu deviner qu`un jour, le dernier de ma vie, je crèverais comme un chien? Pourtant, je me refusais à croire au dicton: "Tu vas mourir comme tu as vécu". Car, pour avoir toujours été sincère et attentionné avec les gens qui partagent ma vie, mon destin ne pouvait se dessiner tragiquement par quelques traits à l`encre rouge...

Soudainement, pour me sortir de ma lassitude morbide, j`entendis quelques craquements. Une volée d`oiseaux de proie s`envolèrent en fracas. Encore une fois, j`étais la cause d`une perturbation au coeur d`une forêt des Basses-Laurentides. Cependant, cette fois-là, j`avais conscience que j`étais l`appât d`un copieux repas du soir... D`autres bruits secs se firent entendre pour déchirer mes oreilles bien tendues. Une bête s`approchait lentement vers moi tout en reniflant bruyamment.

(à suivre...)

Le Chat botté,

vendredi, décembre 15, 2006

Ma vie sans dessus dessous (Partie 9)

La neige tombait toujours en rafale mais sans toutefois s`accumuler au sol. Contraint d`être étendu comme une poupée chiffon, le corps sans vie, je me sentais vraiment bêbête! Seuls le bruit de nos respirations ardues et le crépitement du feu de camp retentissaient à mes oreilles gelées.

Rocky ne marmonnait plus. Parfois, il bougeait nerveusement du pied ou de la main, mais sans plus. Il me semblait disparu dans un monde qui me fut inconnu. Heureusement que le feu se faisait réconfortant et gigantesque. Haut de plus de trois mètres, il nous tenait au sec.

Toutefois, il ne fallut pas longtemps pour que je sois de nouveau troublé. Mon approvisionnement de brindilles, difficilement obtenu, se volatilisait rapidement en un tas de poussière et de cendre comme de l`eau sur un bithume irradié par un gros soleil. Tout autour de moi, j`avais dérobé à la forêt ce qu`elle avait laissé pour compte en combustible. Plus rien ne tombait sous ma main, même pas un petit bout d`écorce d`arbre moisi... Alors, avant de me retrouver au dépourvu dans une noirceur totale d`une nuit automnale, je rampais de nouveau pour rechercher de quoi alimenter le feu.

Face contre le sol, froid et rugueux, j`avançais lentement comme un escargot sur un tapis d`épines de sapin. À chacun de mes déhanchements douloureux, je grimaçais en silence tous les démons de la terre. Je cru qu`un boulet enflammé se retrouvait coincé dans l`une de mes jambes. Pourtant, malgré ma misère, je trouvais le courage de progresser entre des arbres denses et ramifiés.

Dans cette position inconfortable, tout me paraissait cependant différent. La majestueuse fougère à l`autruche que je foulais naguère insouciamment du pied m`enveloppait soudainement de ses longues tiges retombantes. Sous mon nez s`étalaient gracieusement des crottes de cervidés comme un jeu de petites billes. À cet instant, j`eus l`impression de me retrouver dans l`univers magique d`Alice aux pays des merveilles...

Pourtant, mon bonheur d`un gamin étourdi ne fut que de courte durée. Pour me glisser à la veuglette, je m`empêtrais dans les tiges épineuses d`un arbrisseau. À chaque mouvement, ma chair se déchirait et partait en lambeaux. Cette nouvelle douleur m`était tout aussi insupportable. J`étais désormais pris au piège comme un rat dans une souricière de laboratoire. Plus de feu pour ne me réchauffer ni pour ne me protéger, je me transformais rapidement en un appât de viande, crue et fraîche, pour tous les prédateurs de la forêt, petits et grands.

(à suivre...)

Le Chat botté,

mercredi, décembre 13, 2006

Ma vie sans dessus dessous (Partie 8)

La température était de plus en plus fraîche au point de devenir désagréable. Un vent nordique s`était levé pour souffler quelques flocons de la grosseur d`un dix sous. À l`endroit où nous nous trouvions, le sol n`était pas encore recouvert d`un épais manteau blanc. Mais, pour avoir récemment bravé ma première grande tempête de neige de la saison dans le Pays du Loup-Garou, je me doutais bien que je revivrais pareille circonstance d`un instant à l`autre. Cependant, j`espérais dans de meilleures conditions...

Rocky était toujours paralysé comme la statue d`une pierre tombale et moi, souffrant d`une douleur à une jambe et encore trempé de la tête aux pieds, je sentais que j`allais devenir sa soeur jumelle... Alors, avant de mourir complètement gelé, mon héros me marmonnait à travers ses dents serrées de fouiller dans la poche de son pantalon. «Mais que diable, à quoi penses-tu?», lui demandais-je l`air étonné. Rocky fit mine de rien comme si le seul fait de bouger ses lèvres lui valait toutes les souffrances du monde. À cet instant, je compris qu`il était sérieux et j`obtempéra sur-le-champ.

Avec une taille bien enrobée dans un jean trop serré, j`eus cependant de la difficulté à y insérer ma main. Mais, au bout de quelques tentatives infructueuses, je réussissais à vider tout le contenu de la petite poche. Un vrai bric-à-brac! Un couteau à cran d`arrêt, un vieux briquet à essence rechargeable, un petit crayon de bois rongé des deux bouts, des attaches, mais sans un sou... Rocky est le modèle type du fermier contemporain: fort, courageux et débrouillard comme pas un, mais pauvre comme un mendiant!

De la main gauche, il me faisait signe de prendre le briquet et de son autre main tremblante, il me pointait des broussailles. Même si je n`étais pas malin comme lui, je compris immédiatement ce à quoi il faisait allusion. Je rampais alors comme une chenille sur un sol froid et humide afin de ramasser quelques brindilles. Malheureux que le p`tit torrieux de castor ne soit pas dans les parages, car je lui aurais volontiers et avec joie subtilisé quelques fruits de ses efforts! Néanmoins, après m`être écorché la peau ici et là sur des cailloux à peine dissimulés sous une mousses de sphaigne encore verdoyante, je pus finalement construire un petit feu de camp sous forme pyramidale. Pour avoir visionné plusieurs vieux westerns, j`avais idée de la chose...

Tout était fin prêt pour enfin se réchauffer la couane. Je pris le vieux briquet dans ma main et de mon pouce, je frottais énergiquement la pierre par une roue métallique. Mais, à ce moment-là, je ne m`attendais pas à subir un autre calvaire. Il était pire que ceux vécus plus tôt durant la matinée... Une flamme immense de couleur jaune-orangé monta si haut qu`elle me brûlait aisément les sourcils. Par chance que je portais une casquette! Rocky se tordait de rire tout en se soutenant fermement le ventre de ses deux mains. «À l`avenir, rappelle-moé de régler la mèche de ton maudit briquet avant de m`en servir...», lui dis-je d`un ton sec.

(à suivre...)

Le Chat botté,

dimanche, décembre 10, 2006

Ma vie sans dessus dessous (Partie 7)

Le temps m`était compté. Je devais agir vite. Suspendu d`un pied par un filet d`acier, le visage de Rocky, bouffi, tournait dangereusement au violet. La situation était sans espoir à moins d`un miracle.

Reprenant le contrôle de mes nerfs, je grimpais à l`arbre comme un singe. Le pin blanc était long, dur et largement collé de résine odorante. Comme il me fut impossible de couper le filet sans un ciseau approprié, je donnais des coups de pied sur la branche sèche et rabougrie qui se prêtait de poulie. Cependant, j`avais peur, très peur. Peur de tomber... C`est pourtant le malheur qui se produisit!

Non seulement la branche sur laquelle je me défoulais du pied se cassa pour libérer mon héros de sa fâcheuse position, mais aussi celle qui me permettait de m`agripper solidement d`une main. Sans plus de soutien, je dégringolais dans le vide comme un fruit mûr pour m`affaisser violemment au sol sur le corps meurtri de Rocky. Immédiatement, sur l`impact de ma chute, plusieurs pièges à mâchoires dissimulés non loin dans une végétation défraîchie s`entrechoquaient pour retentir un bruit de ferraille des plus terrifiants. La forêt avait serré les dents dans sa colère...

Abasourdi, je me questionnais sur l`espèce animale que les braconniers salopards désiraient capturer? Sans plus tarder, Rocky reprit conscience. Il s`agitait nerveusement des bras et des pieds comme un bébé dans son berceau pour chercher désespérément de quoi respirer. Complètement allongé sur son cadavre, je l`étouffais sans m`en rendre compte. «Tasse-toé d`là...», me dit-il d`une voix enraillée. «T`inquiète! Je voulais simplement écouter le gargouillement irrépressible de ton estomac vide...», lui répondis-je, l`air désolé.

Mon héros était plus amoché que je le pensais. Incapable de bouger, il ne pouvait marcher jusqu`à la ferme. Mais, il en était de même pour moi... Ressentant des douleurs au niveau de la cuisse gauche, je souffrais le martyre pour grimacer à jamais comme un chien malheureux. Ne pouvant s`aider ni l`un ni l`autre comme deux frères, nous étions dans de beaux draps comme deux idiots...

(à suivre...)

Le Chat botté,

jeudi, décembre 07, 2006

Ma vie sans dessus dessous (Partie 6)

Si tantôt, j`étais gelé pour être coincé, les deux jambes dans le ventre de la terre, j`étais dès lors frigorifié dans l`eau glacée. Le courant déchaîné du ruisseau me transportait comme un billot de bois flottant à la dérive. Mais, avant de me perdre au loin dans une gueule assoiffée, je pus m`agripper après une branche d`un bouleau que le p`tit siffleux venait tout juste d`abattre de quelques coups de dent.

Jamais je ne m`étais vu transformé en bonhomme de neige. J`étais complètement recouvert de dépôts de givre de la tête aux pieds. À ce moment-là, je n`aurais conseillé à personne de se frotter à moi... Je bouillonnais de rage et ne pus me retenir pour pousser un hurlement de tous les démons. Il me semblait que de la fumée du feu de l`enfer me sortait des oreilles! «La Nature n`aura pas la patte sur mon corps...», criais-je. Je devais retrouver mon héros quitte à tomber dans tous les autres pièges de cette forêt malicieuse.

Je marchais vite et je n`avais plus froid. De retour à l`endroit où j`entendis pour la première fois un gémissement, je remarquais une longue corde de lin torsadée et abandonnée au sol. Je cherchais du regard le bout de cette corde comme une flamme brasillant dans une traînée de poudre. Après quelques instants d`incertitude, mes yeux s`arrêtèrent enfin à la base d`un grand pin blanc.

Me retournant sur un pied comme une girouette affolée par de grands vents, je ne vis rien au sol qui me donnait un nouvel indice de la présence de Rocky. J`étais dépourvu. Voilà longtemps que je n`avais pas entendu d`autres gémissements à me courber l`échine. Je demeurais debout et immobile comme un idiot. Et, quand pour me faire bondir comme une puce, quelque chose me frôlait la tête pour que ma casquette toute trempée tomba sur le sol. Juste au-dessus de moi, Rocky était suspendu par un pied comme une carcasse prête à être vidé de ses viscères... La bouche grande ouverte, les yeux fixes et les bras inertes, il ballotait doucement dans les airs. Pris au piège dans un filet de trappeur, le spectacle était des plus horrifiants.

(à suivre...)

Le Chat botté,

lundi, décembre 04, 2006

Ma vie sans dessus dessous (Partie 5)

Sur le sol rocailleux et passablement sec de la forêt dense, je pouvais, sans crainte, presser le pas vers l`endroit d`où provenait le gémissement. Car, avec un mois de novembre pluvieux, l`eau de la rivière avait largement débordé de son lit pour recouvrir une grande partie des champs de ma campagne. Seules les hautes terres furent épargnées. Tout le reste était inondé! Un vrai déluge... Les souris et les mulots fuyaient de tous bords tous cotés!

Un autre gémissement d`un mourant se fit entendre. Il me semblait provenir derrière un énorme pin blanc situé de l`autre côté d`un ruisseau. Trop large et profond pour l`emjamber d`un bond, il m`était impossible de le traverser sans me risquer à marcher sur un amoncellement de pissettes de bois entrelacées qu`un gros castor au ventre dodu s`affairait à construire de ses longues et puissantes incisives de couleur orangées.

Comme un chat, je m`approchais sournoisement vers cet animal pour ne pas l`effrayer. Mais, le p`tit torrieux me repéra aussitôt, malgré mes précautions. Feulant en voûtant son dos et en hérissant ses poils d`un brun foncé, il essayait de m`intimider avant de se glisser subtilement comme un poisson dans les profondeurs du ruisseau.

Fier et courageux, je désirais plus que tout de surmonter cet obstacle pour rechercher Rocky. Un pied devant l`autre, j`avançais à pas de tortue. Je pouvais sentir le courant de l`eau qui tentait de forcer le barrage. Tout me semblait fragile comme un jeu de cartes. Un mauvais mouvement et je me gratifiais d`une p`tite baignade dans l`eau nordique dont la température devait inévitablement se situer près du point de congélation.

Le défi me paraissait plus périlleux que je me l`étais imaginé. Parfois, une partie du barrage cédait sous le poids de mon corps. Heureusement, qu`au milieu de cet amoncellement, deux jeunes arbres, solides, droits et vigoureux, me permettaient de m`agripper le temps de soupirer. Mais, au moment où je m`apprêtais à franchir les deux-tiers du trajet, le castor réapparaissait à la surface de l`eau et siffla. Le pauvre était de mauvais poils, pensais-je...

Faisant fi de sa présence, je poursuivais mon chemin d`un pied prudent, prêt à s`avancer, se rétracter ou reculer quand, je le vis s`approcher rapidement vers moi comme une torpille. Les yeux furibonds, il me semblait en beau fusil! Aussitôt, il toquait l`eau de la rivière à l`aide de sa queue aplatie et rugueuse d`écailles coriaces. Un éléphant jouant gaiement dans un étang avec sa trompe ne m`aurait pas plus éclaboussé de la tête aux pieds... Complètement déstabilisé, je perdis pied et tomba à l`eau.

(à suivre...)

Le Chat botté,

jeudi, novembre 30, 2006

Ma vie sans dessus dessous (Partie 4)

Je suivais les traces dans le champ comme un chien pisteur. Légèrement gelée en surface comme une mince croûte de glace, la terre labourée cédait sous chacun de mes pas. Pendant un moment, je me laissais tendrement bercer par de doux souvenirs. Mais, ce plaisir ne me fut que de courte durée... Car, à l`instant où je m`apprêtais à fracasser le sol à nouveau pour jouir d`un bruit sec du genre "Cric, Crac, Croc", mes deux jambes s`enfoncèrent dans une marre de boue jusqu`aux genoux. Je m`aurais cru pris au piège comme un rat. Impossible de me dégager sans m`enfoncer davantage.

Immédiatement, je me sentais raidir comme un bloc de glace. Une panique, qui ne me fut pas étrangère, m`envahissait à nouveau. Le souffle court et le coeur battant, je tentais de me ressaisir avant de perdre la boule! Je me souvenais alors des prouesses de l`un de mes personnages de B.D. préférées: Indiana Jones. En quête d`un trésor perdu, le célèbre archéologue aventurier s`était un jour retrouvé, malgré lui, coincé dans le sable mouvant. Pour se déprendre adroitement de ce gouffre mortel, il courbait la moitié de son corps vers l`avant afin d`assouplir son poids, et rampait comme un lézard. Sans plus tarder, je fis de même et me libérais aussitôt des griffes de la terre.

Le corps frissonnant et complètement recouvert d`une boue visqueuse, froide et humide, je reprenais, néanmoins, mes recherches tout en suivant la piste. Les traces me menèrent tout droit vers le sous-bois. Tout en prenant garde de sonder d`un pied la surface du sol avant d`avancer d`un pas, je reconnus au loin, le veau s`amusant à faire des cambrioles près d`une rigole d`eau gelée. Comme un chaton endiablé, le p`tit sacripant tournait joyeusement en rond pour attraper sa queue. Cependant, à mon grand désarroi, aucun nouvel indice de la présence de Rocky ne se manifestait sous mes yeux, grands et ronds.

Je laissais le veau à ses occupations pour pénétrer dans la forêt. Semblable à celle se trouvant sur ma colline, cette végétation regorgeait de feuillus et d`épinettes. D`un arbre à l`autre, des geais bleus voltigeaient nerveusement au ras du sol. Il ne fallut pas longtemps pour que je sois saisi, encore une fois, par les cris des corbeaux. Perchés sur les branches tordues d`un vieux chêne rabougri comme des boules de Noël défraîchies dans un sapin sans aiguilles, ces oiseaux de malheur se moquaient éperdument de mes tourments. Quand, pour me dresser les cheveux sous ma casquette, un gémissement d`une terreur mortelle provenant du coeur du sous-bois déchira aisément ce brouhaha au-dessus de ma tête...

(à suivre...)

Le Chat botté,

mardi, novembre 28, 2006

Ma vie sans dessus dessous (Partie 3)

Miss Daisy gémissait toujours. Elle me paraissait aussi vulnérable que les pétales d`une rose qui se flétrissent piteusement sur place sans tomber. Immédiatement, je prenais les choses en main. Je demandais à Lancelot de la raccompagner chez elle. Simplement vêtue d`une chemisette de nuit en coton aux imprimés des personnages de Disney, elle ne devait pas se rendre davantage malade par un froid de canard.

Je connaissais très peu Rocky, mais suffisamment pour savoir qu`il n`était pas l`un de ces idiots qui partirait au loin sans laisser une note ou un message. Malgré son parler dur et son allure de rebelle tatoué, il était le plus respectueux de ses engagements, le plus doux, et le plus sociable.

L`encan et l`abattoir d`animaux de pacage se trouvaient à plus de huit kilomètres de route de la ferme. Alors, j`écartais d`office cette piste pour concentrer mes investigations ailleurs. Après tout, quel fermier irait à pied vers ces lieux tout en tirant de ses mains un veau récalcitrant...

Comme première recherche, je décidais de jeter un coup d`oeil dans les bâtiments de la petite ferme. Je me doutais bien que mes tentatives resteraient vaines d`espoir, mais pour m`en assurer, je m`y dirigeais sans plus tarder. Tout me semblait normal sinon quelques bêtes agitées. Il m`était facile d`en faire l`inspection. Car, d`un simple demi-tour de tête, je pouvais tout voir, même le fond d`un trou à rat... D`une construction simple et vieillotte, les bâtisses n`étaient point aménagées de recoins inutiles. Évidemment, j`eus beau crier à tue-tête pour que son nom résonna à mille lieux, mais aucun écho de sa voix ne rebondissait à mes oreilles.

En quittant l`étable, je fus saisi par les ramages rauques et assommants de plusieurs corbeaux noirs. Tous perchés sur la corniche comme des écoliers en rang serré d`une cour d`école, ils me scrutaient avidement de leurs petits yeux charognards. Pour avoir fait la récente rencontre d`un Loup-Garou dans le coin de Mont-Laurier, je n`étais, à ce moment-là, nullement intéressé à me retrouver dans une autre aventure des plus rocambolesques... Aussitôt, je brandissais nerveusement mes bras en l`air comme un épouvantail animé. Affolés pour en perdre quelques plumes de leur queue arrondie, ils s`envolèrent dans un fracas d`enfer vers le sous-bois d`un champ fraîchement labouré. À la surface de la terre, je remarquais dès lors avec étonnement des traces de pas grossières qui se dirigeaient au loin...

(à suivre...)

Le Chat botté,

dimanche, novembre 26, 2006

Ma vie sans dessus dessous (Partie 2)

J`étais confondu. Déjà que je ressentais des serrements étourdissants comme si ma tête était prise dans un étau, je ne comprenais rien de ce que Lancelot me baragouinait! Comment Rocky pouvait-il se volatiliser une nuit, froide et humide, d`un mois de novembre avec son sacripant de veau? Et, pour quelle raison? J`eus beau interroger mon pote, mais aucune de ses réponses ne parvenait à me satisfaire. Alors, afin de combler ma curiosité, je pris la résolution de tirer cette affaire au clair et abandonnais sur-le-champ mon souhait de récupérer par un sommeil profond sous les couvertures, chaudes et réconfortantes, de mon lit douillet.

Sur le chemin de la petite ferme de Rocky, Lancelot me mentionnait qu`il avait remarqué que, depuis quelque temps, le jeune cow-boy manifestait des comportements bizarres, voire anormaux. Néanmoins, de par ses constatations relatées, je n`étais pas plus inquiet qu`un poupon après sa première tétée... Car, pour savoir que mon héros était capable, de sang froid, d`éteindre sa cigarette au bec à l`aide d`une tronçonneuse, rien ne pouvait lui résister dans ses élans téméraires! Rocky était un être différent. Il n`avait peur de rien ni de personne. Toujours prêt à rendre service, sa bonne volonté était inépuisable.

Arrivé sur la ferme, je constatais avec stupéfaction que son vieux Pick-up de marque Ford était toujours garé devant la maison. N`ayant qu`un seul véhicule pour se déplacer sur de longues distances, je pensais que mon héros devait nécessairement se trouver tout près. Sans plus tarder, sa charmante épouse, Miss Daisy, nous rejoignait aux pas de course pour s`effondrer en pleurs dans les bras de Lancelot. Pour distinguer sur son visage des traits tirés et des yeux gonflés, je crus que la pauvre avait dû se tourmenter pour verser toutes les larmes de son corps...

Au bout d`un instant à me tordre les tripes et à me nouer la gorge, je lui demandais gentiment si elle savait où son mari pouvait se terrer. Tout en se secouant la tête en signe de négation, elle me marmonnait dans le creux de la poitrine de Lancelot qu`elle n`en avait aucune idée sinon que le veau avait encore fugué la veille au soir et que Rocky était parti à sa recherche. Pourtant, douze heures s`étaient écoulées depuis...

(à suivre...)

Le Chat botté,

vendredi, novembre 24, 2006

Ma vie sans dessus dessous

En revenant de mon voyage dans les Hautes-Laurentides, je ne souhaitais que trois choses: oublier à jamais mes récentes aventures dans le pays du Loup-Garou, retrouver rapidement mes vieilles habitudes réconfortantes d`un célibataire endurci et mon lit douillet.

Quelques heures parties au loin que déjà je me sentais déstabilisé dans mon quotidien. Je m`ennuyais, malgré tout, de mes sempiternels réveils par de chaudes et baveuses lichettes de mon cabot "Cliffette" et par des ronronnements mêlés de miaulements de "Billy", mon chaton attachant, mais constamment affamé.

Une fatigue aiguë avait pénétré mon corps, ma vie, et mon âme. Les deux pieds collés sur le parquet de mon vestibule, les bras immobiles ne se balançant plus, le dos courbé vers l`avant et sans doute le visage placide et long comme celui d`un cheval après une course, je me décourageais au point de défaillir à la simple vue de la première marche de l`escalier pour me rendre dans ma chambre à coucher.

Or, au moment où je m`apprêtais à décoller de cet endroit quelqu`un cognait avec vivacité à la porte d`entrée derrière moi pour me couper le peu de souffle qu`il me restait. Le coeur battant pour défoncer ma poitrine, je tergiversais quelques instants dans l`insécurité d`un gamin épeuré. Aussitôt, j`abandonnais mon état de somnambulisme.

Pourquoi n`y avais-je pas pensé auparavant? À chaque fois que je voulais récupérer d`un surmenage ou de toute autre adversité, quelqu`un ou quelque chose venait de nouveau troubler ma vie. Mais, cette fois-là, il ne s`agissait nullement d`un petit animal de mauvais présage ou d`une quelconque pacotille. Sur le seuil de la porte se trouvait Lancelot, un tantinet nerveux et agité. Pour le voir à bout de souffle et se mouvoir constamment et de façon désordonnée, j`aurais cru qu`il avait été poursuivi par un essaim d`abeilles tueuses sur plus d`un kilomètre... «Qui a-t-il?», lui demandais-je avec empressement. «Rocky et son veau sont disparus depuis hier soir...», me répondit-il d`un ton élevé et empreint d`émotion.

(à suivre...)

Le Chat botté,

mardi, novembre 21, 2006

Mon voyage au Pays du Loup-Garou (Partie 9)

Je sentais ma fin approcher et pour cause. Sans aucune issue sinon la petite porte de bois devant laquelle mon pire ennemi se trouvait, tous mes espoirs de survie avaient disparu à jamais. Comment pouvais-je me défendre devant un tel monstre, sinon lui changer les idées? Sans plus tarder, je tendis la dernière bouteille de bière sous son nez et lui dit: «P`tin... Une p`tite dernière, mon t`chum...». Cependant, à mon grand désespoir, dans un immobilisme terrifiant, le loup-garou me dévisageait toujours la langue pendante.

Je me dépêchais alors de composer le numéro d`urgence sur mon portable, mais pour me retrouver au bout du bout du monde, mes tentatives restaient vaines. J`étais désemparé! À cet instant, j`étais prêt à mourir, mais pas vulnérablement comme un agneau dans la gueule d`un loup. Je cassais aussitôt la bouteille sur le sol pour ne garder que la partie lacérée du bec et, en un temps trois mouvements, je me levais pour bondir sur lui comme un fauve l`arme à la main. D`un courage et d`une vigueur qui m`étaient alors inconnu, je lui enfonçais à plusieurs reprises des coups dans le ventre. Dès lors affaibli pour perdre énormément de sang, ce colossal dénaturé ne tardait pas à riposter. Avec une rage quintuplée, il me projettait sur le mur par une simple empoignée. Le choc me fut si violent que je m`évanouissais sur-le-champ.

Le lendemain matin, à mon réveil, tout me paraissait calme après la tempête. La tête sur le bord d`éclater, je cherchais à reprendre mes esprits. L`attente ne fut point longue, pénible et inquiétante. Car, dès que j`aperçus tous les murs de la cabane souillés de sang et mêlés de morceaux de chair, je me remémorais le calvaire vécu la veille. Je me dépêchais alors de quitter cet endroit maudit. Sur le chemin de mon retour que je retrouvais facilement entre des arbres et des arbrisseaux, je vis un animal blessé et épeuré qui se déplaçait avec difficulté non loin de moi. Je m`arrêtais un instant pour l`observer et je reconnus un loup gris avec un signe distinctif qui me rappelait étrangement mon hôte disparu. Une ancienne cicatrice se démarquait à travers les poils de son long museau...

Le Chat botté,

lundi, novembre 20, 2006

Mon voyage au Pays du Loup-Garou (Partie 8)

La bête continuait toujours de se déplacer lentement sur la toiture pour de temps à autre gratter énergiquement de ses pattes. Aussitôt, la lumière d`une lune blanche et brillante transperçait les murs en cèdre, tordus et fendus par le temps, pour un tant soit peu éclairer l`intérieur de la cabane. Je pouvais alors apercevoir mon hôte s`énerver comme une souris pris au piège. Le nez collé sur le plafond et la bouche grande ouverte, il me semblait comme ensorcelé au point de devenir hors de lui-même.

Dans l`intervalle, je m`étais retiré dans un coin de la pièce pour me recroqueviller au sol par peur d`être bousculé ou même piétiné par un fou furieux. Je sentais que quelque chose allait finir par aboutir. Mais, jamais au grand jamais, je ne pus m`imaginer un tel dénouement. Pendant que je cherchais désespérément de la main quelque chose pour me défendre au cas où je deviendrai le hors-d`oeuvre d`une meute affamée, mon inconnu mystérieux se mit à hurler aux loups. La bête sur la toiture ne tardait pas à l`accompagner dans un élan démoniaque. Leurs cris stridents perçaient le firmament.

J`étais complètement terrifié! Les deux mains collées sur mes oreilles, je souhaitais que le déroulement de ces événements tragiques soit l`issu d`un malheureux cauchemar. Mais, il n`en était rien. Car, après avoir aboyer à gorge déployée sous une pleine lune, joyeuse et resplendissante, mon assaillant se retournait lentement vers moi pour commencer à geindre, puis à grogner comme un animal enragé. Les pupilles dilatées, les babines retroussées et dégoulinant de la salive, il me donnait l`impression d`être un homme transformé en loup-garou. Sans plus tarder, il déchirait ses vêtements avec rage. Pour voir tomber des lambeaux de tissus sur le sol, j`eus cru que des griffes recourbées et acérées se retrouvaient aux bouts de ses doigts.

(à suivre...)

Le Chat botté,

samedi, novembre 18, 2006

Mon voyage au Pays du Loup-Garou (Partie 7)

Le temps s`écoulait comme l`eau dans une passoire. Toujours assis devant mon mystérieux inconnu, je bavardais comme une pie sous son nez. Seuls des hochements de tête ou des soulèvements de sourcil désabusés venaient de temps à autre troubler son visage de glace.

Alors que j`abordais avec émoi mes récentes mésaventures dans les bois où je m`étais perdu sous un ciel noir pour me retrouver seul avec un loup affamé, mon hôte me semblait, à cet instant, plus qu`intéressé. Il voulait s`enquérir des moindres détails. Non pas ceux qui me concernaient, mais plutôt ceux de la nature de la bête.

Je restais perplexe face à ses questions bizarres et saugrenues. Moi, qui était sur le bord de perdre la raison quand le loup rôdait sournoisement tout autour de ma carcasse, comment aurais-je pu reconnaître son sexe, son rang au sein de la meute et ses traits de caractère sinon qu`il dégageait une odeur pestilentielle de sa gueule? Pourtant, malgré mon ingnorance, mon inconnu s`acharnait toujours sur moi comme un disque rayé qui scande à dix reprises en moins de quinze secondes. Les yeux sortis de tête pis la langue pendante, cet homme grand et fort comme un dinosaure me donnait la chair de poule.

C`était à mon tour de garder le silence même si j`eus envie de lui crier par la tête toute la rage qui s`était depuis peu installée en moi. Il était totalement indifférent à mes émotions. Comment aurais-je pu ne pas lui en vouloir? «J`tais pas une louve en rut...», lui bredouillais-je tout bas entre mes dents serrées. Soudainement, comme un serpent géant surgissant inopinément des abîmes de la mer, mon assaillant se leva avec vivacité pour que sa petite chaise rebondisse sur le mur. Debout devant moi, pendant qu`il me jetait un regard tragique à transpercer la chair de mon âme, je me sentais aussi vulnérable qu`une petite brebis égarée.

Je ne savais plus quoi faire ni quoi penser. Étais-je devenu la proie d`un meurtrier sanguinaire? À cet instant, je commençais à regretter mon choix de l`avoir suivi aveuglément dans la forêt. Je souhaitais hardiment que mon ange gardien me vienne en aide. Je fermais les yeux et tentais de me résonner.

Entre-temps, le froid et l`humidité avaient gagné sur moi. Pour sentir mes jambes engourdies et grosses comme des pastèques, je donnais un coup de pied dans le vide pour involontairement renverser la chandelle sur le plancher. Immédiatement, la petite pièce tomba dans une noirceur totale. Je croyais qu`après cet incident, tout redeviendrait à la normale pour que chacun retrouve son sang froid lorsque par hasard, une bête bondissait sur la toiture de la cabane. Ses pas lents et pesants résonnaient comme des tambours entre mes deux oreilles bien tendues. Aussitôt, mon inconnu commençait à renifler bruyamment comme un chien. Entre deux inspirations sifflantes, il recherchait une odeur qui me fut complètement imperceptible.

(à suivre...)

Le Chat botté,



mercredi, novembre 15, 2006

Mon voyage au Pays du Loup-Garou (Partie 6)

Je restais debout et immobile au milieu de cet endroit exigu et sombre à l`atmosphère assez particulière. Pour être soudainement aveugle comme une taupe, je n`osais me risquer à faire un pas de peur de trébucher. Je sentais rapidement que l`air ambiant fut froid et humide. C`était autant sinon plus désagréable qu`à l`extérieur. Je grelottais au point de m`en disloquer les os.

Mon inconnu me semblait agité. Il fouillait nerveusement dans son grand sac. Tout d`un coup, j`entendis le frottement d`une allumette et tout le petit espace s`illumina. Devant la flamme d`une chandelle, un petit nuage de vapeur sortait de ma bouche à chaque fois que je soufflais. Comme un gamin poltron, je m`empressais aussitôt de lui arracher de ses mains cette source de chaleur pour me réchauffer un tant soit peu les doigts gelés.

Je pus me réconforter un moment. Mais, pour avoir du mal à avaler ma salive, je cherchais des yeux la caisse de bière que j`avais volontiers transporté de peine et misère durant mon voyage dans la forêt. Je souhaitais hardiment que cette précieuse victuaille n`ait pas éclaté en mille morceaux par le gel. Heureusement, à mon grand soulagement, mes appréhensions furent trompeuses. Je me dépêchais donc de décapsuler une bouteille pour soulager mon gosier enflammé puis, par adresse, j`en lançais une p`tite frette à mon inconnu qu`il attrapa aisément au vol.

Dans un coin de la pièce se trouvaient deux petites chaises de bois à fond paillé et tressé. Immédiatement, je les empoignais pour les disposer l`une devant l`autre entre la chandelle de suif que j`avais méticuleusement inséré dans une craque du plancher. Assis face à face, je le regardais silencieusement un instant sur une lumière vacillante de couleur jaune orangé. Je remarquais quelque chose de bizarre. À ma grande stupéfaction, je crus un moment que la morphologie de son visage avait changé. Pour croire que mon malin génie tentait encore une fois de me duper, je me frottais les yeux énergiquement et m`approchais lentement vers mon hôte pour le dévisager sans façon. Surpris de mon comportement, il s`enfonçait aussitôt dans le dossier de sa chaise. Dès lors mal à l`aise pour mourir de honte, je feignais être malade pour perdre toute coordination et, je me convainquis que mon imagination avait une fois de plus débordé par de simples jeux d`ombres et de lumières.

(à suivre...)

Le Chat botté,

lundi, novembre 13, 2006

Mon voyage au Pays du Loup-Garou (Partie 5)

La neige tombait toujours en abondance sur les plaines et les montagnes des Hautes Laurentides. Le froid du vent qui balayait sans pitié mon visage et qui traversait ma poitrine comme un poignard me fut pénible, presque insupportable. Venant tout juste de quitter le confort de ma fourgonnette que déjà j`étais victime d`un malaise indéniable. J`éternuais, toussais et mon nez coulait comme une fontaine. Décidément, je pensais que je n`étais pas fait de bois et de pierre pour surmonter aisément les rigueurs de l`hiver du Grand Nord.

Malgré que ma vue soit obstruée par de gros flocons, je tentais, tant bien que mal, de suivre mon inconnu qui me paraissait dur et déterminé. Déjà le paysage se parsemait de bancs de glace qui dépassaient largement mes genoux. Afin de ne pas me fatiguer d`avantage ni de risquer de me caser la gueule, je prenais soin de déposer mes pieds dans chacune de ses traces.

Pour le voir se diriger sans aucune hésitation entre des arbres et des arbrisseaux, et à travers de petits ruisseaux, des massifs de bois mort, des trous et des dépressions dissimulées sous la neige, j`en concluais que mon hôte devait connaître cet environnement hostile comme le fond de sa poche. Parfois, il s`arrêtait quelques instants pour me chercher du regard le temps que je le rattrape.

Au bout d`une longue et difficile traversée, nous nous retrouvions au pied d`un cap de roche et sur lequel trônait une lugubre cabane de bois. Petite et rectangulaire comme une boîte à mouchoirs, et sans fenêtres, elle était à l`abandon, dans un piteux état. Mon inconnu me mentionna qu`elle avait servi autrefois comme lieu de passage aux chasseurs et aux trappeurs. L`intérieur ne fut guère plus accueillant. Une végétation sèche avait pris possession des lieux et le vent sifflait ses plaintes à travers les fentes des murs grisâtres. Même le vieux plancher de bois brut grinçait au rythme des rafales... Cependant, dans mes misères, je me consolais de me retrouver à l`abris dans ce modeste logis plutôt qu`au grand air le temps que la tempête s`éloigne.

(à suivre...)

Le Chat botté,

samedi, novembre 11, 2006

Mon voyage au Pays du Loup-Garou (Partie 4)

La tempête faisait rage. Seuls sur la route, nous faisions la trace dans une neige lourde et collante. Dans l`intervalle, la température avait chuté tragiquement pour glacer l`antigel dans les laves glaces. Les deux mains bien crispées sur le volant et le dos courbé, j`étais nerveux au point de sursauter dans cette nature déchaînée. Mon mystérieux passager ne semblait s`en faire outre mesure. Lui qui venait d`un coin de pays sauvage où la vie devait être spécialement difficile, sans doute en avait-il vu d`autres plus dangereuses et terrifiantes!

Pourtant, rien n`arrangeait les choses. Même si je roulais à la vitesse d`une calèche du dimanche, les derniers indices qui me permettaient de m`enligner sans risquer de me perdre dans le gouffre d`un énorme et profond fossé disparaissaient un à un sous une épaisse couche de neige glacée. À cet instant, j`aurais cru me retrouver dans l`arcticle d`un grand désert blanc où les forces de la nature peuvent en un rien de temps bouleverser la vie d`un homme pour à jamais le tourmenter.

Tout d`un coup, pour l`avoir craint comme la peste depuis le début de mon calvaire, ma batterie tomba à plat... Il m`était désormais impossible de rouler en voiture. Mon trip de char venait tout juste de prendre une autre tournure... J`étais désemparé. Dans le fin fond du Nord des Laurentides, dépassé Mont-Laurier, je me doutais que, pendant quelque temps, nous étions pour les secouristes le cadet de leurs soucis!

Je regardais avec désespoir le type qui était assis à côté de moi. Cependant, dans mon malheur, je me réconfortais de ne pas me retrouver tout seul dans un tombeau que jamais je n`aurais imaginé comme tel... Pour être certain qu`aucun policier n`apparaîtrait sournoisement à la fenêtre de ma portière un carnet de billets de contravention à la main, j`empoignais une bouteille de bière et, à mon tour, je me désaltérais sans façon. Après tout, à ce moment-là, je m`étais convaincu qu`il valait mieux pour moi de mourir ivre, chaud et joyeux plutôt que troublé, gelé et raide comme une queue de castor...

Soudainement, mon inconnu me jetait un regard inquisiteur et me demanda froidement: «t`es capable d`enjamber des bancs de neige sans pomper comme un phoque?». «Ouais...», lui répondis-je avec hésitation. «Prends tout ce qui est utile et nécessaire dans ton truck pour survivre en forêt et suis-moé...». Aussitôt, je me dégourdissais les jambes pour me dépêcher de trouver et rassembler ce qu`il m`avait demandé. Jamais je ne m`étais retrouvé dans une telle situation. Nouvellement paysan, je n`avais acquis aucune connaissance des techniques de survie. Pendant que mon sauveur s`emparait de son grand sac en peau de vache à l`arrière de la fourgonnette, je me pressais de prendre mon téléphone cellulaire, une couverture de polar et ma caisse de bière et le suivais de près dans ses pas.

(à suivre...)

Le Chat botté,


jeudi, novembre 09, 2006

Mon voyage au Pays du Loup-Garou (Partie 3)

Le train ne tardait pas à rouler tout en sifflant son cri d`enfer pour poursuivre sa course folle. Le temps de revenir les pieds sur terre, je cherchais du regard mon bon Samaritain pour me rendre compte qu`il disparaissait déjà au loin dans un tourbillon de neige poudreuse. Aussitôt, je courus à perdre haleine pour le rejoindre afin de lui proposer de m`accompagner dans mon trip de char, ne serait-ce que la distance de quelques montagnes parsemées de chênes et de cèdres. Sans dire un mot, il accepta d`un simple hochement de tête.

Jamais de ma vie, je n`avais vu quelqu`un d`aussi fort et imposant. D`une taille d`au moins six pieds et demi et les avant-bras de la grosseur d`un tuyau de poêle, son allure terrible m`impressionnait. J`étais complètement abasourdi pour en avoir la bouche grande ouverte! J`étais prêt à mettre ma main dans le feu que cet inconnu était imprégné d`une force surhumaine. Aucun obstacle ne devait lui murer son chemin... Même Hulk, ce monstre vert à la rage incontrôlable, n`avait qu`à bien se tenir...

Pendant qu`il déposait son grand sac en peau de vache à l`arrière de ma fourgonnette, je le parcourais discrètement des yeux. Il me paraissait mystérieux mais pas au point de trembler de peur. Au contraire, j`en étais captivé même s`il dégageait quelque chose d`indéfinissable... Il était vêtu d`un vieux manteau usé à la corde de style matelot et coiffé d`un bonnet serré de laine. Les traits de son visage étaient sévères. Sa mâchoire était étroite, mais carré et ses yeux étaient d`un bleu profond comme la mer Méditerrannée. L`une de ses joues était barrée par une cicatrice, un vestige d`une bagarre sans doute au cran d`arrêt.

Assis à côté de moi sur le siège de passager, il demeurait discret et silencieux. Il fixait sans relâche la route sinueuse que mes phares éclairaient à peine. Afin de caser la glace, je lui offris une bière. Comme le grand-père Lamoureux, il s`empressait de décapsuler la bouteille pour enfiler le contenu d`un trait. Le pauvre diable devait être déshydraté comme une neige qui fond au soleil... Gardant une main sur le volant, je me dépêchais de lui en servir une autre.

Sans plus tarder, il me mentionnait qu`après un long départ, il avait décidé de retourner dans son pays natal où règne la nature et les animaux sauvages. Sa voix forte et ferme me donnait froid dans le dos. Pour me prononcer clairement et lentement chacun de ses mots, je remarquais avec stupeur que de temps à autre, un étrange gargouillement sortait de son arrière-gorge ce qui me rappelait le ronronnement d`un chat...

(à suivre...)

Le Chat botté,

mardi, novembre 07, 2006

Mon voyage au Pays du Loup-Garou (Partie 2)

Au fur et à mesure que je m`aventurais plus profondément sur cette route sans fin, plus le ciel se faisait sombre et menaçant devant moi. Soudainement, de gros flocons tombaient doucement pour fondre instantanément sur le pare-brise de la voiture. Ce fut ma première neige de la saison. Dans ce spectaculaire décor, j`avais l`impression de me retrouver à l`intérieur d`une boule de verre remplie d`eau et de cristaux blancs qu`on venait tout juste de secouer agilement...

Mais, en moins de temps qu`il n`aurait fallu pour le dire, une neige aveuglante tourbillonnait tragiquement pour tomber plus fort sur des rafales de vent. Je ne pouvais plus distinguer la terre du ciel. Dans cette poudrerie hâtive d`un début de grand sommeil hivernal, tout le paysage était déjà recouvert d`un épais manteau blanc.

Les sens aux aguets et un pied léger sur l`accélérateur, je demeurais alerte. Inquiet comme il m`arrive quand je me retrouve en présence d`un mystère, j`hésitais un instant de poursuivre mon trip de char. Mais, une petite voix me susurrait sans cesse et sans répit du contraire. Harassé pour que la panique et la peur ne tardent de m`envahir, je me laissais gentiment convaincre et abandonna sur-le-champ toutes mes craintes et appréhensions quand dans une pénombre artificielle d`une fin de matinée, je vis sous mes yeux quelque chose, de grand et foncé, traverser rapidement la chaussée. Était-ce un orignal ou un ours noir? Je n`en avais aucune idée. En enfonçant profondément le pied sur la pédale de frein, la fourgonnette glissa dangereusement dans la slotche pour faire une embardée.

Dans cette galère vertigineuse à me couper le souffle, je m`étais retrouvé coincé au milieu d`un passage à niveau d`une voie ferrée. Complètement estomaqué et étourdi comme si je sortais d`un manège endiablé, je me dépêchais malgré tout de m`extirper. Heureusement, je pus sortir par la portière sans difficulté. Cependant, à ma grande stupéfaction, je sentis le sol trembler aussitôt sous mes pieds... Au loin, un train roulait vers moi avec son phare cyclopéen trouant la noirceur d`un épais blizzard.

Pour débloquer totalement, je ne savais plus quoi faire. Je n`arrivais plus à réfléchir! Juste au moment où la sirène du train retentissait son ultime signal, un géant aux muscles d`argile bondissait derrière moi pour me hurler: «mets l`embrayage au point neutre...». Immédiatement, sans me poser des questions, j`obtempérais comme un soldat sous les ordres et d`une simple poussée, il dégagea ma fourgonnette de sa fâcheuse position.

(à suivre...)

Le Chat botté,


samedi, novembre 04, 2006

Mon voyage au Pays du Loup-Garou

Je n`avais pas fermé l`oeil de toute la nuit. Encore une fois, je m`étais tracassé pour le triste sort réservé à Jacinthe et son grand-père si rien n`était fait pour le renverser. Sans plus un revenu, la ferme des Lamoureux était en danger. Déjà, les rapaces se mettaient à la tâche pour narguer le vieux fermier afin qu`il capitule au bout de son désespoir. Cette terre riche et saine amendée naturellement de compost et de fumier était devenue un trésor particulièrement convoité.

Assis sur le rebord de mon lit, alors qu`un soleil cru était sur le point de se réveiller, je regardais à travers la petite fenêtre à carreaux légèrement givrée, les nuages teintés de rose qui attrapaient gaiement les premiers rayons dorés. Dans ce bleu du ciel qui s`éclaicissait doucement, les silhouettes d`arbres et de végétations dénudés se reflétaient encore, tout de noir, sur mon étang partiellement gelé. Tout était calme dans une brume matinale d`un matin d`automne. Seules quelques bernaches tapageuses du Canada qui tardaient toujours à quitter ma colline vers de meilleurs cieux me rappelaient avec nostalgie les doux souvenirs d`une saison colorée à jamais passée.

Même si ce magnifique paysage pouvait à lui seul égayer ma journée entière, ma tête était encore saturée d`idées noires. Je me creusais fort les méninges pour trouver une solution aux malheurs de mes amis voisins, mais rien ne venait illuminer mon esprit. Ma batterie était à plat! Alors, afin de me recharger rapidement, je bondissais de mon lit pour me préparer à faire un trip de char. Pour rouler sans même me demander le but de ma destination, je savais que cette idée folle ne pouvait que me faire du bien.

Le compteur de ma fourgonnette n`eut tourné longtemps pour que j`aie oublié la raison de mon départ. À mon plus grand plaisir, les superbes décors de falaises escarpées surplombées de sapins, de cours d`eau tumultueux, de petits lacs bleutés d`une profondeur infinie et de champs dorés de foin roulé en boule se défilaient sous mes yeux grands et ronds. Comme un p`tit cul qui se retrouve pour la première fois dans une gigantesque foire d`amusements où se mêlent des cris de joie et des odeurs de maïs soufflés et de barbe à papa, j`étais émerveillé. Mais, malheureusement, pas pour longtemps! Au loin d`une route sinueuse et vertigineuse qui se perd dans le Nord des Laurentides, vers Mont-Laurier, d`épais nuages venaient soudainement assombrir mon humeur. Une tempête de neige s`annonçait tragiquement à l`horizon...

(à suivre...)

Le Chat botté,


mercredi, novembre 01, 2006

La catastrophe (Partie 3)

Aussitôt, Jacinthe apparaissait devant moi sous la table accroupi comme un enfant dans son carré de sable. «Que fais-tu là, mon p`tit lapin?», me demandait-elle le regard étonné. «Mummm... Je cherchais une carotte à gruger...», lui répondis-je en faisant une mine de réfléchir. Instantanément, ma chouchoute s`éclatait de rires. «Enfin, un premier rayon de soleil qui illumine ma journée!», pensais-je à voix haute.

Inquiet pour en perdre la tête, je ne tardais pas à la questionner sur la raison de toute cette agitation. Sur le coup, je vis la beauté de son sourire angélique disparaître comme par enchantement. Sous mes yeux horrifiés, son visage se transformait tragiquement pour devenir grave et limpide. Je sentis alors toute l`ampleur de la tragédie qui s`était abattue sur cette famille de cultivateur.

Jacinthe restait un instant silencieuse sur une misère aux yeux noyés de chagrin. Puis, avec une voix gémissante à me nouer la gorge et à me serrer le coeur, elle me dit: «nous allons peut-être perdre la ferme...». Immédiatement, je la pris dans mes bras et la serrais fort contre ma poitrine. Ensemble, nous étions blottis sous la table comme deux oiseaux frileux, au fond d`un nid.

Sans pour être un spécialiste de la gestion de la terre et de ses ressources, je me doutais bien qu`avec les piètres résultats des dernières récoltes et des dettes excessives accumulées dus à des coups élevés de production par rapport à des prix relativement bas des produits de vente, qu`un jour à l`autre, plus aucun arrangement ne serait possible entre monsieur Lamoureux et ses créanciers.

Subitement, je sursautais comme un polichinelle jaillissant de sa boite à surprise. Le sachant atterré par ce qui lui arrivait, vieux et malade, je me faisais du sang de punaise pour mon vieil ami. Je sortis alors rapidement de ma cachette en entraînant Jacinthe aux pas de course vers l`endroit où le grand-père se défoulait plus tôt. À ma grande surprise, le spectacle était des plus désolants. Assis sur son vieux coffre d`outils, les jambes écartées, le corps arqué comme un point d`interrogation et la tête vers le bas, le vieux fermier murmurait des mots confus que seul un ivrogne d`habitude aurait pu en saisir la portée.

Pour le voir dans cet état de misérable, il me faisait pitié. J`étais bouleversé, triste et pensif. Le pauvre diable, comme bien d`autres cultivateurs, s`était tuer à l`ouvrage tous les jours de sa vie, du matin au soir, et même contre les caprices de Dame nature, pour cultiver les ingrédients du pain, le symbole de la nourriture et de la vie. Jamais ne s`était-il douté que tous ses efforts lui procureraient un sort pire que celui de la mort... À l`ère du développement durable, je pensais qu`il ne suffisait pas simplement de soutenir la terre pour qu`elle soit d`une meilleure qualité, mais aussi la soutenance humaine, afin de préserver l`avenir de l`agriculture. Je demandais donc à Jacinthe de m`aider à le transporter jusqu`à sa chambre pour qu`il puisse récupérer le plus rapidement possible de ses émotions.

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