Lancelot n`était pas un être de tempérament violent. Mais, lorsqu`il était témoin d`une injustice grave ou qu`il avait connaissance du tort causé volontairement à l`un de ses amis, il pouvait s`emballer pour devenir un fou furieux.
La tension était à son comble dans la vieille maison de bois. Inquiet, je tentais de le calmer et lui dit: «tu sais, mon vieux, je suis toujours envie!». Mais, loin d`être apaisé comme un enfant dans les bras de sa mère, mes mots eurent pour effet de grandir sa colère. «Tu verras, cet énergumène aura ta peau un jour!», s`écria-t-il. Le visage rouge et les mains tremblantes, mon pote agronome se décourageait de mon insouciance face à un danger qui lui semblait bien réel. Pour me questionner à savoir qui était la vraie victime, je croyais rêver éveiller. Pourtant, je savais pertinemment que cet ermite de la forêt n`était pas fait de bois mou!
Aussitôt, un cri retentissait dans la cuisine pour me dresser les cheveux. Le lion avait rugi du fond de ses entrailles toute sa fureur. Debout, Lancelot déposait ses poings serrés sur la table, poussa un long soupir et me regardait droit dans les yeux. Je ne le reconnaissais plus. Avec son regard froid et transperçant, il me mortifiait. Puis, après un moment d`effroi à me couper le souffle, sur un ton ferme et sans équivoque, il me dit: «nous allons lui régler son compte à cette vieille chouette de malheur!».
Sur le coup, je demeurais sceptique quant à la réelle nécessité d`une douce vengeance. Avec le temps, je pensais me convaincre que cette histoire, digne d`un film d`épouvante, n`était en fait qu`un mauvais rêve. Mais, pour l`avoir écouté attentivement me décrire une nature humaine dans ce qu`elle a de plus vil et grégaire, Lancelot avait réussi à me persuader, et je commençais à me trépigner comme un gamin auquel on aurait promis de révéler un secret...
Pendant que mon meilleur ami me faisait part de ses intentions machiavéliques, Jacinthe nous avait temporairement quitté pour rejoindre son grand-père au champ. Dès son retour, Lancelot me fit un signe de la main pour me signifier de garder le silence. Je compris alors que notre complot devait rester discret. Il devait penser que la pauvre créature était trop docile et peu rebelle pour confronter un si grand danger. Sur ce point, j`entretenais quelques scrupules, mais j`obtempérais, sans rechigner, comme un bon soldat. Sur-le-champ, nous délaissâmes la compagnie de notre charmante hôtesse pour nous diriger vers ma maison.
(à suivre...)
Le Chat botté,
jeudi, août 31, 2006
mardi, août 29, 2006
Lancelot s`en va-t-en guerre
Après m`être miraculeusement libéré des griffes de mon terrifiant voisin, même si j`étais mort de fatigue, je me cheminais directement vers la ferme des Lamoureux pour retrouver Lancelot, mon pote agronome.
Je savais que vers le début de la matinée, il s`y trouverait pour s`occuper à faire le train. Debout dans l`entrée de la vieille étable, je restais immobile et désemparé comme un enfant battu. Je le voyais me regarder le visage stupéfié. Il cessa immédiatement de traire les mamelles d`une vache et, d`un ton ferme, il me demanda: «qui a-t-il?».
J`aurais bien voulu lui faire part de mes craintes pour ainsi me soulager d`un poids, mais je demeurais muet comme un pape, le regard sans doute vide et atterré. Je sentais que je n`avais plus sur moi un véritable contrôle. Subitement, et de façon inopinée, j`eus terriblement chaud pour haleter et suer comme un porc et mon corps devint une pierre dont je ne pouvais plus supporter de mes jambes.
Étendu sur le sol, je recouvrais peu à peu mes esprits. Accroupi près de moi, Lancelot me fixait des yeux, grands et tristes. Encore légèrement étourdi et désorienté, je l`interrogeais sur mon état: «dis-moi... Est-ce qu`une vache affolée m`a piétiné la poitrine avec violence et régularité?». «C`est tout comme!», me répondit-il tout en me faisant un clin d`oeil des plus convaincants.
Immédiatement, je poussais un rire convulsif. Mais, pour dès lors éprouver une sensation de déchirure dans tous mes muscles, je me soutenais le ventre de mes deux bras. Grinçants des dents, je gémissais une douleur qui m`était encore inconnue. Toujours aimable et attentionné comme pas un, Lancelot m`aida à me relever. Et, pour avoir de la difficulté à marcher, il me soutenait de son bras jusqu`à la maison des Lamoureux.
Vers le milieu de l`après-midi, pour m`être endormi comme une bûche sur un lit d`appoint, je me réveillais agréablement sur un délicieux fumet d`un pot-au-feu me rappelant de doux souvenirs de mon enfance. L`odeur de la bonne bouffe qui s`était répandu partout dans la maisonnée m`aida grandement à me ravigoter. Le pas pataud comme un ours, je me dirigeais vers la cuisine pour rejoindre Lancelot et Jacinthe. Aussitôt, je m`émerveillais devant un grand bol de légumes, frais et colorés du jardin, accompagné de gros morceaux de boeuf que mon hôtesse venait tout juste de me servir. Affamé comme un loup, je dévorais sans aucune manière. Le boeuf aux légumes était si bon que j`en redemandais, candidement, encore et encore, sous le regard étonné de Lancelot et de Jacinthe. Ma santé ne m`inquiétais pas plus que d`habitude puisque mon estomac est aussi solide que celui d`un rhinocéros!
Complètement rassasié, le ventre bien ballonné, je leur racontais mes mésaventures dans les moindres détails depuis la veille au soir. Lancelot m`écoutait attentivement tout en tapotant nerveusement sa grosse cuillère. Assis sur sa chaise, il semblait nerveux, agacé comme un cheval avant une course. Puis, pour ne plus se contenir, il explosa sa rage qui s`était graduellement installée en lui. «Le vieux snock a pété les plombs!», s`exclamait-il tout en bondissant de sa chaise. Jacinthe et moi, nous demeurions bouche bée. Nous l`observions tourner en rond dans la cuisine comme un lion en cage.
(à suivre...)
Le Chat botté,
Je savais que vers le début de la matinée, il s`y trouverait pour s`occuper à faire le train. Debout dans l`entrée de la vieille étable, je restais immobile et désemparé comme un enfant battu. Je le voyais me regarder le visage stupéfié. Il cessa immédiatement de traire les mamelles d`une vache et, d`un ton ferme, il me demanda: «qui a-t-il?».
J`aurais bien voulu lui faire part de mes craintes pour ainsi me soulager d`un poids, mais je demeurais muet comme un pape, le regard sans doute vide et atterré. Je sentais que je n`avais plus sur moi un véritable contrôle. Subitement, et de façon inopinée, j`eus terriblement chaud pour haleter et suer comme un porc et mon corps devint une pierre dont je ne pouvais plus supporter de mes jambes.
Étendu sur le sol, je recouvrais peu à peu mes esprits. Accroupi près de moi, Lancelot me fixait des yeux, grands et tristes. Encore légèrement étourdi et désorienté, je l`interrogeais sur mon état: «dis-moi... Est-ce qu`une vache affolée m`a piétiné la poitrine avec violence et régularité?». «C`est tout comme!», me répondit-il tout en me faisant un clin d`oeil des plus convaincants.
Immédiatement, je poussais un rire convulsif. Mais, pour dès lors éprouver une sensation de déchirure dans tous mes muscles, je me soutenais le ventre de mes deux bras. Grinçants des dents, je gémissais une douleur qui m`était encore inconnue. Toujours aimable et attentionné comme pas un, Lancelot m`aida à me relever. Et, pour avoir de la difficulté à marcher, il me soutenait de son bras jusqu`à la maison des Lamoureux.
Vers le milieu de l`après-midi, pour m`être endormi comme une bûche sur un lit d`appoint, je me réveillais agréablement sur un délicieux fumet d`un pot-au-feu me rappelant de doux souvenirs de mon enfance. L`odeur de la bonne bouffe qui s`était répandu partout dans la maisonnée m`aida grandement à me ravigoter. Le pas pataud comme un ours, je me dirigeais vers la cuisine pour rejoindre Lancelot et Jacinthe. Aussitôt, je m`émerveillais devant un grand bol de légumes, frais et colorés du jardin, accompagné de gros morceaux de boeuf que mon hôtesse venait tout juste de me servir. Affamé comme un loup, je dévorais sans aucune manière. Le boeuf aux légumes était si bon que j`en redemandais, candidement, encore et encore, sous le regard étonné de Lancelot et de Jacinthe. Ma santé ne m`inquiétais pas plus que d`habitude puisque mon estomac est aussi solide que celui d`un rhinocéros!
Complètement rassasié, le ventre bien ballonné, je leur racontais mes mésaventures dans les moindres détails depuis la veille au soir. Lancelot m`écoutait attentivement tout en tapotant nerveusement sa grosse cuillère. Assis sur sa chaise, il semblait nerveux, agacé comme un cheval avant une course. Puis, pour ne plus se contenir, il explosa sa rage qui s`était graduellement installée en lui. «Le vieux snock a pété les plombs!», s`exclamait-il tout en bondissant de sa chaise. Jacinthe et moi, nous demeurions bouche bée. Nous l`observions tourner en rond dans la cuisine comme un lion en cage.
(à suivre...)
Le Chat botté,
dimanche, août 27, 2006
L`ermite de la forêt (Partie 3)
J`étais terrifié, mon sang se glaça dans mes veines. Sans issue, j`étais pris au piège comme un poisson dans le filet! Je souhaitais hardiment que le temps ne me soit pas compté...
Doucement, je me retournais tout en demeurant sur place. Le tronc du grand pin, dur comme le roc, était devenu mon seul bouclier face à une menace impensable, mais pourtant bien réelle. Le dos contre cette colonne odorante, je suppliais mon ange gardien de me venir en aide.
À l`instant même, il y eut une décharge. Le bruit était tel que j`aurais cru que le tonnerre s`abattit au-dessus de ma tête. Mes deux oreilles étaient complètement bouchées. Aussitôt, partaient en éclat de gros morceaux d`écorce de l`arbre derrière lequel je me cachais. J`étais plus vulnérable que je le pensais. Par instinct, je me laissais glisser, le corps allongé sur le tronc pour m`écraser au pied de ma stèle! Je n`eus guère de difficulté à faire le poulpe, car j`étais déjà mou comme une chiffe. J`attendais là, immobile et silencieux comme un mort vivant, en espérant que le forcené, sans retenue ni maîtrise de soi, s`imaginerait s`être trompé dans son jugement.
Encore une fois, ma tête était sur le bord d`éclater. Comme un film en accéléré, je voyais, en noir et blanc, les dernières séquences de ma vie que je m`apprêtais de vivre. D`abord, je gisais dans cette poussière de terre, à demi courbé, et agonisant sur la dernière goutte de vie qui m`habitait. Ensuite, dans une pièce sombre comme un mur de tripot, sur des cris et des pleurs persistants, trois visages tristes aux auréoles d`une grande lumière calme, me regardaient. C`était Jacinthe, Lancelot et Rocky. Puis, pour reposer dans une petite prairie, une brise de fraîcheur, parfumée aux fleurs sauvages, me pénaîtra afin que mon esprit soit apaisé et libéré à jamais. Mais, je n`eus tôt fait de recouvrer tous mes sens, car un deuxième coup de fusil résonna dans la forêt. Sur-le-champ, je sentis une balle me frôler le flanc. Une petite et peu profonde blessure apparut instantanément.
J`implorais le ciel que le vieil homme fasse un entracte dans sa folie meurtrière. Dès lors, pour ressentir une vive douleur, un déclic se fit dans ma tête. Étant convaincu que cette matinée était la dernière de ma vie, je pensais taquiner le diable. Je m`imaginais me lever et dévoiler ma personne sous ses yeux démoniaques pour lui tenir tête et me battre. Mais, à la dernière seconde, juste avant d`accomplir mes gestes de bravoures, je sentis la peur m`envahir comme le venin d`un scorpion coulant dans mes veines. Je pensais à tous mes désirs encore inassouvis!
Cependant, j`ai voulu me retourner pour jeter un coup d`oeil en direction de l`ermite. Mais, étant toujours sous l`emprise d`une peur bleue, j`hésitais. Alors, je décidais de me laisser glisser de nouveau, et cette fois-ci, à la manière d`un ver de terre. Pour me retrouver dissimulé dans une souche, la face contre un tapis d`humus, je me risquais, à ce moment-là, de me pointer le bout du nez. À travers les feuilles d`un arbuste rabougri, mes yeux roulaient dans tous les sens. Et, pour aussitôt, remarquer que le long fusil était de nouveau accoté sur la cordée de bois, j`attendis patiemment, un instant, et rampais, le corps contre le sol, vers ma maison.
Doucement, je me retournais tout en demeurant sur place. Le tronc du grand pin, dur comme le roc, était devenu mon seul bouclier face à une menace impensable, mais pourtant bien réelle. Le dos contre cette colonne odorante, je suppliais mon ange gardien de me venir en aide.
À l`instant même, il y eut une décharge. Le bruit était tel que j`aurais cru que le tonnerre s`abattit au-dessus de ma tête. Mes deux oreilles étaient complètement bouchées. Aussitôt, partaient en éclat de gros morceaux d`écorce de l`arbre derrière lequel je me cachais. J`étais plus vulnérable que je le pensais. Par instinct, je me laissais glisser, le corps allongé sur le tronc pour m`écraser au pied de ma stèle! Je n`eus guère de difficulté à faire le poulpe, car j`étais déjà mou comme une chiffe. J`attendais là, immobile et silencieux comme un mort vivant, en espérant que le forcené, sans retenue ni maîtrise de soi, s`imaginerait s`être trompé dans son jugement.
Encore une fois, ma tête était sur le bord d`éclater. Comme un film en accéléré, je voyais, en noir et blanc, les dernières séquences de ma vie que je m`apprêtais de vivre. D`abord, je gisais dans cette poussière de terre, à demi courbé, et agonisant sur la dernière goutte de vie qui m`habitait. Ensuite, dans une pièce sombre comme un mur de tripot, sur des cris et des pleurs persistants, trois visages tristes aux auréoles d`une grande lumière calme, me regardaient. C`était Jacinthe, Lancelot et Rocky. Puis, pour reposer dans une petite prairie, une brise de fraîcheur, parfumée aux fleurs sauvages, me pénaîtra afin que mon esprit soit apaisé et libéré à jamais. Mais, je n`eus tôt fait de recouvrer tous mes sens, car un deuxième coup de fusil résonna dans la forêt. Sur-le-champ, je sentis une balle me frôler le flanc. Une petite et peu profonde blessure apparut instantanément.
J`implorais le ciel que le vieil homme fasse un entracte dans sa folie meurtrière. Dès lors, pour ressentir une vive douleur, un déclic se fit dans ma tête. Étant convaincu que cette matinée était la dernière de ma vie, je pensais taquiner le diable. Je m`imaginais me lever et dévoiler ma personne sous ses yeux démoniaques pour lui tenir tête et me battre. Mais, à la dernière seconde, juste avant d`accomplir mes gestes de bravoures, je sentis la peur m`envahir comme le venin d`un scorpion coulant dans mes veines. Je pensais à tous mes désirs encore inassouvis!
Cependant, j`ai voulu me retourner pour jeter un coup d`oeil en direction de l`ermite. Mais, étant toujours sous l`emprise d`une peur bleue, j`hésitais. Alors, je décidais de me laisser glisser de nouveau, et cette fois-ci, à la manière d`un ver de terre. Pour me retrouver dissimulé dans une souche, la face contre un tapis d`humus, je me risquais, à ce moment-là, de me pointer le bout du nez. À travers les feuilles d`un arbuste rabougri, mes yeux roulaient dans tous les sens. Et, pour aussitôt, remarquer que le long fusil était de nouveau accoté sur la cordée de bois, j`attendis patiemment, un instant, et rampais, le corps contre le sol, vers ma maison.
jeudi, août 24, 2006
L`ermite de la forêt (Partie 2)
Complètement dissimulé derrière un énorme pin blanc, plus gros qu`un tonneau de vin, je surveillais discrètement la cabane d`un oeil scrutateur. J`attendais patiemment d`apercevoir celui qui était devenu mon pire ennemi.
Le temps d`attente me semblait long. Tout était immobile et silencieux dans cette forêt humide, sombre et profonde. Harassé par un nuage de moustiques et de mouches suceuses de sang, je pensais battre en retraite quand j`entendis, le grincement d`une porte de bois. Immédiatement, j`entrevoyais au travers des branches, un vieil homme à l`allure déglinguée. Vêtu d`un jean défraîchi et d`une chemise à carreaux, en pièces, dont les lambeaux pendaient deça et delà, il s`affairait à préparer un feu de camp sur lequel était adroitement suspendu une marmite en fonte.
Mais, de cet endroit, je ne pouvais l`identifier correctement. Alors, comme une fouine, je me pointais le bout du nez de plus près pour me cacher derrière un autre grand pin dont la cime qui, par un temps colérique, devait aisément cogner aux portes du paradis. Pour m`être déplacé comme une panthère, aux pas feutrées, je me mordis aussitôt la queue! Sur une cordée de bois de chauffage était accoté un long fusil...
Trop longtemps debout et stationnaire comme un piquet, je me fatiguais rapidement. Je ressentais des fourmis dans les jambes. Sans plus tarder, mes genoux s`entrechoquèrent. Pour me dégourdir, je reculais d`un pas. Or, à mon grand désarroi, j`ai eu la maladresse de mettre le pied sur une branche morte pour déchirer la quiétude qui y régnait.
Aussitôt, alerté d`un danger, le vieil homme bondissait sur son long fusil avec l`agilité d`un écureuil. Son arme sous l`épaule, le doigt tordu rivé sur la gâchette, il surveillait d`un oeil aiguisé de faucon le moindre mouvement suspect dans les buissons. Prêt à faire feu comme un soldat sous les armes, rien ne lui semblait échapper à son attention!
J`haletais et transpirais abondamment. Je savais pertinemment, que si je faisais la bêtise de déguerpir à toute vitesse comme une gazelle affolée, le forcené au visage ridé et ravagé par la haine me tirerait des balles dans le dos pour que ma poitrine ressemble étrangement à du fromage gruyère... Au moindre bruit, même le plus subtil, il brandissait sa carabine avec la souplesse et la certitude d`une aiguille de boussole. Soudainement, par comble du malheur, une pomme de pin tomba à mes pieds. Pas un centième de seconde ne s`était écoulé que le bout du canon était déjà pointé dans ma direction.
(à suivre...)
Le Chat botté,
Le temps d`attente me semblait long. Tout était immobile et silencieux dans cette forêt humide, sombre et profonde. Harassé par un nuage de moustiques et de mouches suceuses de sang, je pensais battre en retraite quand j`entendis, le grincement d`une porte de bois. Immédiatement, j`entrevoyais au travers des branches, un vieil homme à l`allure déglinguée. Vêtu d`un jean défraîchi et d`une chemise à carreaux, en pièces, dont les lambeaux pendaient deça et delà, il s`affairait à préparer un feu de camp sur lequel était adroitement suspendu une marmite en fonte.
Mais, de cet endroit, je ne pouvais l`identifier correctement. Alors, comme une fouine, je me pointais le bout du nez de plus près pour me cacher derrière un autre grand pin dont la cime qui, par un temps colérique, devait aisément cogner aux portes du paradis. Pour m`être déplacé comme une panthère, aux pas feutrées, je me mordis aussitôt la queue! Sur une cordée de bois de chauffage était accoté un long fusil...
Trop longtemps debout et stationnaire comme un piquet, je me fatiguais rapidement. Je ressentais des fourmis dans les jambes. Sans plus tarder, mes genoux s`entrechoquèrent. Pour me dégourdir, je reculais d`un pas. Or, à mon grand désarroi, j`ai eu la maladresse de mettre le pied sur une branche morte pour déchirer la quiétude qui y régnait.
Aussitôt, alerté d`un danger, le vieil homme bondissait sur son long fusil avec l`agilité d`un écureuil. Son arme sous l`épaule, le doigt tordu rivé sur la gâchette, il surveillait d`un oeil aiguisé de faucon le moindre mouvement suspect dans les buissons. Prêt à faire feu comme un soldat sous les armes, rien ne lui semblait échapper à son attention!
J`haletais et transpirais abondamment. Je savais pertinemment, que si je faisais la bêtise de déguerpir à toute vitesse comme une gazelle affolée, le forcené au visage ridé et ravagé par la haine me tirerait des balles dans le dos pour que ma poitrine ressemble étrangement à du fromage gruyère... Au moindre bruit, même le plus subtil, il brandissait sa carabine avec la souplesse et la certitude d`une aiguille de boussole. Soudainement, par comble du malheur, une pomme de pin tomba à mes pieds. Pas un centième de seconde ne s`était écoulé que le bout du canon était déjà pointé dans ma direction.
(à suivre...)
Le Chat botté,
mardi, août 22, 2006
L`ermite de la forêt
Jusqu`à tout récemment, je m`étais miraculeusement préservé de l`agressivité malsaine. Jamais, un individu ne m`avait été aussi discourtois que le maraudeur.
Depuis ma tendre enfance, j`ai le souvenir d`avoir toujours été cajolé et protégé par des parents aimables et bienveillants. J`étais l`un de ces enfants chanceux qui, fort de caractère, pouvait s`émanciper sans difficulté, dans la vie. Les moqueries et les insultes, si j`en avais connaissance, m`étaient indifférentes comme l`eau qui coule sur le dos d`un canard. Il m`arrivait, certes, d`être de mauvais poils lorsque je rencontrais des obstacles, -et encore aujourd`hui-, mais jamais sans ignorer l`importance de respecter la personne ou le bien qui me causait des ennuis.
Les premières lueurs matinales apparaissaient déjà dans un ciel majestueux de couleur rose-orangé. Or, le coq avait beau chanter ce matin-là. J`étais toujours éveillé! En aucun temps, je ne m`étais autant creusée la cervelle. Pour avoir suivi religieusement, et réussi, tous mes cours de philosophie au Collège, je me remémorais quelques enseignements reçus. Les hommes sont-ils bons ou mauvais de nature? Sans équivoque, cette Nuit des Ténèbres me donnait un goût amer sur la nature humaine!
Aussitôt, sans même me concocter un petit déjeuner au poêlon comme j`en ai l`habitude, je me rendis sur le lieu où le rat des champs se tenait la nuit passée.
De cet endroit, il était loisible à qui le voulait, aux intentions malicieuses, d`épier mon intimité à travers les fenêtres de ma maison. Immédiatement, je constatais ma vulnérabilité et un léger frisson de terreur se glissa tout le long de ma colonne.
Jetant un regard inquisiteur sur mon environnement, je pouvais encore distinguer des empreintes de semelles, laissées au sol, dans de la terre légèrement humide. Dès lors, j`étais désireux de satisfaire ma curiosité, mais surtout soucieux de corriger celui qui s`était payé ma tête, comme l`aurait fait un bon père de famille envers un fils dévoyé et rebelle.
Pour m`en douter, les traces me conduisirent vers le sous-bois qui se trouve de l`autre versant de ma colline. À cet endroit, se trouve un chemin de fer abandonné qui se perd dans une forêt dense et privée de clairières. À ma connaissance, personne n`osait s`y pointer le bout du nez... Mais, pour avoir perdu tout indice de retrouver mon scélérat, je tentais tout de même de m`y aventurer. Je n`eus tôt fait de déambuler la longueur de trois pas, le corps crispé et les oreilles aux aguets, que je découvris, au loin entre des arbres d`une sapinière primitive, une petite cabane au revêtement de toile rouillée, et dont l`allure était des plus délabrées. Plusieurs débris et rebuts traînaient ici et là autour de cette bicoque. Je pensais alors qu`il devait s`agir d`une ancienne cassine de chasseurs jusqu`au moment où j`aperçus de cet endroit, une épaisse fumée noire s`échapper d`un tuyau de plomberie en guise de cheminée.
(à suivre...)
Le Chat botté,
Depuis ma tendre enfance, j`ai le souvenir d`avoir toujours été cajolé et protégé par des parents aimables et bienveillants. J`étais l`un de ces enfants chanceux qui, fort de caractère, pouvait s`émanciper sans difficulté, dans la vie. Les moqueries et les insultes, si j`en avais connaissance, m`étaient indifférentes comme l`eau qui coule sur le dos d`un canard. Il m`arrivait, certes, d`être de mauvais poils lorsque je rencontrais des obstacles, -et encore aujourd`hui-, mais jamais sans ignorer l`importance de respecter la personne ou le bien qui me causait des ennuis.
Les premières lueurs matinales apparaissaient déjà dans un ciel majestueux de couleur rose-orangé. Or, le coq avait beau chanter ce matin-là. J`étais toujours éveillé! En aucun temps, je ne m`étais autant creusée la cervelle. Pour avoir suivi religieusement, et réussi, tous mes cours de philosophie au Collège, je me remémorais quelques enseignements reçus. Les hommes sont-ils bons ou mauvais de nature? Sans équivoque, cette Nuit des Ténèbres me donnait un goût amer sur la nature humaine!
Aussitôt, sans même me concocter un petit déjeuner au poêlon comme j`en ai l`habitude, je me rendis sur le lieu où le rat des champs se tenait la nuit passée.
De cet endroit, il était loisible à qui le voulait, aux intentions malicieuses, d`épier mon intimité à travers les fenêtres de ma maison. Immédiatement, je constatais ma vulnérabilité et un léger frisson de terreur se glissa tout le long de ma colonne.
Jetant un regard inquisiteur sur mon environnement, je pouvais encore distinguer des empreintes de semelles, laissées au sol, dans de la terre légèrement humide. Dès lors, j`étais désireux de satisfaire ma curiosité, mais surtout soucieux de corriger celui qui s`était payé ma tête, comme l`aurait fait un bon père de famille envers un fils dévoyé et rebelle.
Pour m`en douter, les traces me conduisirent vers le sous-bois qui se trouve de l`autre versant de ma colline. À cet endroit, se trouve un chemin de fer abandonné qui se perd dans une forêt dense et privée de clairières. À ma connaissance, personne n`osait s`y pointer le bout du nez... Mais, pour avoir perdu tout indice de retrouver mon scélérat, je tentais tout de même de m`y aventurer. Je n`eus tôt fait de déambuler la longueur de trois pas, le corps crispé et les oreilles aux aguets, que je découvris, au loin entre des arbres d`une sapinière primitive, une petite cabane au revêtement de toile rouillée, et dont l`allure était des plus délabrées. Plusieurs débris et rebuts traînaient ici et là autour de cette bicoque. Je pensais alors qu`il devait s`agir d`une ancienne cassine de chasseurs jusqu`au moment où j`aperçus de cet endroit, une épaisse fumée noire s`échapper d`un tuyau de plomberie en guise de cheminée.
(à suivre...)
Le Chat botté,
dimanche, août 20, 2006
Le maraudeur (Partie 3)
Réalisant un danger inhérent, je me détortillais rapidement le corps pour me mettre à l`abri. Enroulé dans la draperie jacquard, les yeux fermés et tremblant de tous mes membres comme la feuille d`un peuplier par de fortes brises du Nord, je me souvenais alors d`une vieille superstition: "Lorsqu`une chauve-souris vole prêt de vous, cela signifie que quelqu`un vous a trahi ou ensorcelé!". Si l`une de ces bestioles répugnantes me valait déjà un mauvais sort pour mourir sans s`en apercevoir, je n`osais me casser le ciboulot pour une douzaine...
Après un instant d`émoi pour en perdre la raison, cette fois-ci, je tendis simplement l`oreille dans l`ouverture de la fenêtre. À mon grand soulagement, je distinguais un bruit de pas s`éloignant tranquillement vers le sous-bois. Or, même si le maraudeur s`en était allé, dégrisé d`un plaisir incommensurable, je demeurais néanmoins affolé comme une bête grièvement blessée dans son enclos. J`oubliais mon lit douillet et me rendis au rez-de-chaussée suivi de mon fidèle ami. Comme un coup de vent, je me précipitais vers la porte d`entrée pour vérifier si elle avait été bien verrouillée. Puis, pour me calmer les nerfs et hydrater ma gorge sèche, enrouée et irritée, je me dirigeais vers la grande cuisine pour me servir, de nouveau, un verre de cognac. Je n`eus fait fait longtemps d`avaler le précieux contenu pour m`en resservir!
Sans crier gare, un coup de froid me traversait le dos. La fraîcheur d`une nuit d`automne s`était déjà installée dans la maison. Je constatais alors que le foyer ne crépitait plus sa douce musique. À l`aide d`un soufflet, je le réanimais. D`un coup, de petites flammes paresseuses apparaissaient à travers les restes d`une bûche carbonisée. Je déposais quelques brindilles sèches de façon ordonnée ce qui ne tardait pas à réchauffer la pièce. Mais, même avec un gosier dilaté et un corps enflammé, je restais toujours agité. J`avais la bougeotte comme un feu follet un soir de printemps dans un cimetière! Je me demandais quel être ignoble pouvait s`amuser de mes tourments et pour quelle raison.
Tapant du pied, les deux mains appuyées sur le rebord de la tablette de la cheminée, les yeux fixes et les dents serrées, une phrase me traversa brusquement l`esprit: "Qu`est donc devenu le chaton?". «Billy!», m`écriais-je. Pour ne plus le retrouver sur le lieu où il avait l`habitude de se reposer, je me retournais violemment pour le rechercher du regard. Avec mes yeux de l`lynx, je ne tardais pas à le repérer dans la corbeille de "Cliffette", frissonnant de terreur sous la couverture. À l`instant rassuré que nous étions tous, sain et sauf, je m`assoyais dans mon fauteuil préféré pour me détendre comme je le fus au début de la soirée.
Le Chat botté,
Après un instant d`émoi pour en perdre la raison, cette fois-ci, je tendis simplement l`oreille dans l`ouverture de la fenêtre. À mon grand soulagement, je distinguais un bruit de pas s`éloignant tranquillement vers le sous-bois. Or, même si le maraudeur s`en était allé, dégrisé d`un plaisir incommensurable, je demeurais néanmoins affolé comme une bête grièvement blessée dans son enclos. J`oubliais mon lit douillet et me rendis au rez-de-chaussée suivi de mon fidèle ami. Comme un coup de vent, je me précipitais vers la porte d`entrée pour vérifier si elle avait été bien verrouillée. Puis, pour me calmer les nerfs et hydrater ma gorge sèche, enrouée et irritée, je me dirigeais vers la grande cuisine pour me servir, de nouveau, un verre de cognac. Je n`eus fait fait longtemps d`avaler le précieux contenu pour m`en resservir!
Sans crier gare, un coup de froid me traversait le dos. La fraîcheur d`une nuit d`automne s`était déjà installée dans la maison. Je constatais alors que le foyer ne crépitait plus sa douce musique. À l`aide d`un soufflet, je le réanimais. D`un coup, de petites flammes paresseuses apparaissaient à travers les restes d`une bûche carbonisée. Je déposais quelques brindilles sèches de façon ordonnée ce qui ne tardait pas à réchauffer la pièce. Mais, même avec un gosier dilaté et un corps enflammé, je restais toujours agité. J`avais la bougeotte comme un feu follet un soir de printemps dans un cimetière! Je me demandais quel être ignoble pouvait s`amuser de mes tourments et pour quelle raison.
Tapant du pied, les deux mains appuyées sur le rebord de la tablette de la cheminée, les yeux fixes et les dents serrées, une phrase me traversa brusquement l`esprit: "Qu`est donc devenu le chaton?". «Billy!», m`écriais-je. Pour ne plus le retrouver sur le lieu où il avait l`habitude de se reposer, je me retournais violemment pour le rechercher du regard. Avec mes yeux de l`lynx, je ne tardais pas à le repérer dans la corbeille de "Cliffette", frissonnant de terreur sous la couverture. À l`instant rassuré que nous étions tous, sain et sauf, je m`assoyais dans mon fauteuil préféré pour me détendre comme je le fus au début de la soirée.
Le Chat botté,
samedi, août 19, 2006
Le maraudeur (Partie 2)
Courageux comme un lion, je me risquais à glisser la tête sous le châssis à guillotine. Aussitôt, j`aperçus l`horrifiante lueur incandescente piquer tout droit vers moi comme une étoile filante pour rebondir sous mon nez. C`était un pétard fumant! Un rat des champs aux intentions malveillantes trouva son aventure si plaisante qu`il en fit une gorge chaude!
À peine n`eus-je le temps de me ressaisir qu`un rire railleur retentissait de cet endroit maudit pour étouffer allégrement tous les aboiements de "Cliffette". Pris de panique, je tentais de vociférer toute ma colère la bouche grande ouverte. Mais, à mon grand désarroi, ce ne fut qu`un cri muet de mort qui s`échappa de ma gorge serrée. J`avais le respire coupé. Tout mon corps s`était paralysé, comme engourdi après un effort immense. Le sang m`était monté à la tête et ma cervelle bouillonnait de rage.
Après avoir repris mon souffle, j`avalais la salive accumulée dans ma bouche, et me risqua à nouveau de hurler aux loups. Sans plus tarder, de ma poitrine haletante, s`élevait un cri terrifiant pour faire trembler le sol. "Cliffette" cessa d`aboyer. J`avais hurlé si fort que le pauvre perdit sa langue au chat!
Je demeurais toujours dans la même position, suant et soufflant comme un boeuf. Cherchant à voir dans ce néant avec des yeux plus grands que le ventre, rien ne se manifestait, pas un autre oeil du diable ni même un rire narquois. Tout était dangereusement silencieux et immobile sous un ciel sans lune.
Mais, au moment où je m`apprêtais à me retrancher dans mon fortin, un tourbillon de battements d`ailes me soulevait les cheveux pour me glacer le sang. Sans le vouloir, j`avais invoqué dans cette Nuit des Ténèbres, une volée de chauve-souris au-dessus de ma tête, qui était toujours à découvert et sur le bord d`exploser. Je crus, un instant, la perdre à jamais!
(à suivre...)
Le Chat botté,
À peine n`eus-je le temps de me ressaisir qu`un rire railleur retentissait de cet endroit maudit pour étouffer allégrement tous les aboiements de "Cliffette". Pris de panique, je tentais de vociférer toute ma colère la bouche grande ouverte. Mais, à mon grand désarroi, ce ne fut qu`un cri muet de mort qui s`échappa de ma gorge serrée. J`avais le respire coupé. Tout mon corps s`était paralysé, comme engourdi après un effort immense. Le sang m`était monté à la tête et ma cervelle bouillonnait de rage.
Après avoir repris mon souffle, j`avalais la salive accumulée dans ma bouche, et me risqua à nouveau de hurler aux loups. Sans plus tarder, de ma poitrine haletante, s`élevait un cri terrifiant pour faire trembler le sol. "Cliffette" cessa d`aboyer. J`avais hurlé si fort que le pauvre perdit sa langue au chat!
Je demeurais toujours dans la même position, suant et soufflant comme un boeuf. Cherchant à voir dans ce néant avec des yeux plus grands que le ventre, rien ne se manifestait, pas un autre oeil du diable ni même un rire narquois. Tout était dangereusement silencieux et immobile sous un ciel sans lune.
Mais, au moment où je m`apprêtais à me retrancher dans mon fortin, un tourbillon de battements d`ailes me soulevait les cheveux pour me glacer le sang. Sans le vouloir, j`avais invoqué dans cette Nuit des Ténèbres, une volée de chauve-souris au-dessus de ma tête, qui était toujours à découvert et sur le bord d`exploser. Je crus, un instant, la perdre à jamais!
(à suivre...)
Le Chat botté,
mercredi, août 16, 2006
Le maraudeur
Pour sentir une légère brise fraîche d`un crépuscule du mois d`août, celle-là même qui nous chatouille l`échine et qui nous rappelle gentiment que la belle saison n`est pas éternelle, seul dans ma vieille maison sur la colline, j`allumais un feu de bois dans le foyer de la grande cuisine. Affalé confortablement dans mon fauteuil en cuir de style bergère, les deux pieds dans l`âtre de la cheminée, je me détendais comme un pacha, à regarder fixement des flammes, goulues et endiablées, de couleur bleue et jaune-orangé. Tout près de moi, "Cliffette", ce grand chien Labrador de couleur miel, se reposait, recroquevillé et les yeux fermés, dans sa grande corbeille d`osier.
L`atmosphère était douce et fluide comme la surface de mon étang aux nénuphars. Un verre de cognac dans une main et un petit cigare cubain dans l`autre, le temps défilait paisiblement dans la simplicité de mon quotidien sans que j`en eus l`impression... Seul le retentissement du carillon de l`horloge Grand-père me rappelait douloureusement, d`une heure à l`autre, que j`étais un mortel qui pouvait encore s`agiter nerveusement de tout son corps!
Sur le onzième coup sonnant, pour bayer aux corneilles depuis trop longtemps, je décidais d`abandonner ce lieu réconfortant sur le doux crépitement d`une grosse bûche se consumant. Avant de monter sur l`étage pour me coucher, je déposais délicatement mon verre sur la tablette de la cheminée à côté de "Billy", le chaton récemment adopté, qui s`était profondément endormi.
Au moment où je mis le pied sur la première marche de l`escalier, un bruit sourd m`effraya. Aussitôt, alerte comme un veilleur de nuit, je m`immobilisais un instant pour prêter l`oreille. Mais, pour ne percevoir que le souffle court et précipité de mon chien qui me regardait la gueule grande ouverte avec la langue pendante, je poursuivis tranquillement mon chemin vers mon lit douillet en me convainquant qu`il devait s`agir, sans doute, du vent qui hurlait dans la cheminée!
Allongé sous une chaude courtepointe cousue par les mains de ma mère, les bras sortis et les doigts entrecroisés sur ma poitrine, je m`apprêtais à m`endormir quand j`entendis un autre bruit, similaire au précédent. Immédiatement, "Cliffette" aboya à la meute. Je savais que par son timbre de voix, différent, il était méfiant envers un étranger qui avait pénétré son territoire. Le corps crispé, les oreilles dressées et les deux pattes avant agrippées sur le rebord de la fenêtre à carreaux entrouverte, il se faisait un devoir de nous défendre, "Billy" et moi.
Le pauvre s`affolait toujours. Tout d`un coup, une fumée à l`odeur âcre et piquante s`infiltrait sournoisement dans la pièce pour me monter au nez. Inquiet comme si j`étais en proie à une dangereuse folie, je me redressais comme un pic et sautais d`un bond, les pieds joints, pour me diriger vers la fenêtre derrière mon précieux ami. Les poings serrés et le coeur battant, je savais pertinemment qu`il ne pouvait s`agir d`un petit animal rôdant dans la pénombre.
Les yeux écarquillés comme ceux d`un chat dans l`obscurité, je tentais d`apercevoir quelque chose, mais peine perdue. Le ciel étoilé de ma campagne des Laurentides s`était éclipsé dans une nuit plus ténébreuse et dangereuse que le fond de la mer! Pas une faible lumière ne me permettait de distinguer une quelconque silhouette. Seule une petite lueur rouge, étincelante, se manifestait sous mes yeux comme l`oeil du diable!
(à suivre...)
Le Chat botté,
L`atmosphère était douce et fluide comme la surface de mon étang aux nénuphars. Un verre de cognac dans une main et un petit cigare cubain dans l`autre, le temps défilait paisiblement dans la simplicité de mon quotidien sans que j`en eus l`impression... Seul le retentissement du carillon de l`horloge Grand-père me rappelait douloureusement, d`une heure à l`autre, que j`étais un mortel qui pouvait encore s`agiter nerveusement de tout son corps!
Sur le onzième coup sonnant, pour bayer aux corneilles depuis trop longtemps, je décidais d`abandonner ce lieu réconfortant sur le doux crépitement d`une grosse bûche se consumant. Avant de monter sur l`étage pour me coucher, je déposais délicatement mon verre sur la tablette de la cheminée à côté de "Billy", le chaton récemment adopté, qui s`était profondément endormi.
Au moment où je mis le pied sur la première marche de l`escalier, un bruit sourd m`effraya. Aussitôt, alerte comme un veilleur de nuit, je m`immobilisais un instant pour prêter l`oreille. Mais, pour ne percevoir que le souffle court et précipité de mon chien qui me regardait la gueule grande ouverte avec la langue pendante, je poursuivis tranquillement mon chemin vers mon lit douillet en me convainquant qu`il devait s`agir, sans doute, du vent qui hurlait dans la cheminée!
Allongé sous une chaude courtepointe cousue par les mains de ma mère, les bras sortis et les doigts entrecroisés sur ma poitrine, je m`apprêtais à m`endormir quand j`entendis un autre bruit, similaire au précédent. Immédiatement, "Cliffette" aboya à la meute. Je savais que par son timbre de voix, différent, il était méfiant envers un étranger qui avait pénétré son territoire. Le corps crispé, les oreilles dressées et les deux pattes avant agrippées sur le rebord de la fenêtre à carreaux entrouverte, il se faisait un devoir de nous défendre, "Billy" et moi.
Le pauvre s`affolait toujours. Tout d`un coup, une fumée à l`odeur âcre et piquante s`infiltrait sournoisement dans la pièce pour me monter au nez. Inquiet comme si j`étais en proie à une dangereuse folie, je me redressais comme un pic et sautais d`un bond, les pieds joints, pour me diriger vers la fenêtre derrière mon précieux ami. Les poings serrés et le coeur battant, je savais pertinemment qu`il ne pouvait s`agir d`un petit animal rôdant dans la pénombre.
Les yeux écarquillés comme ceux d`un chat dans l`obscurité, je tentais d`apercevoir quelque chose, mais peine perdue. Le ciel étoilé de ma campagne des Laurentides s`était éclipsé dans une nuit plus ténébreuse et dangereuse que le fond de la mer! Pas une faible lumière ne me permettait de distinguer une quelconque silhouette. Seule une petite lueur rouge, étincelante, se manifestait sous mes yeux comme l`oeil du diable!
(à suivre...)
Le Chat botté,
dimanche, août 13, 2006
Une nature belle à croquer (Partie 3)
Sur le chemin de la ferme, pour avoir l`habitude de contempler la nature verdoyante dans ce qu`elle a de plus merveilleux, je n`avais d`yeux, cette fois-ci, que pour les adorables petites boules de poils que je tenais précieusement dans mes bras comme s`il s`agissait d`un trésor.
Pas plus haut que trois cerises, mais déjà aisément agiles et espiègles, je pouvais douloureusement sentir, sur mon corps désormais meurtri, leurs petites griffes aussi piquantes et acérées qu`une aiguille de chirurgien! "Chausette", la femelle, se faufilait entre mes pas pour, de temps à autre, se caresser doucement la joue sur l`une de mes jambes tandis que "Le p`tit lion", nous suivait de loin comme s`il était alléché par l`odeur de mon sang...
Arrivé devant le perron de bois de cette vieille maison chaleureuse peinte d`un blanc immaculé, j`aperçus le vieux fermier s`occuper dans son champ récemment ravagé par l`orage. Ne voulant l`importuner que pour si peu, après avoir déposé les petits démons sur le sol, j`avais décidé de m`en retourner sur ma colline pour revenir après le souper. Mais, soudainement, j`entendis une douce voix qui me saisissait comme si une légère brise m`avait rafraîchi le corps par une journée chaude et écrasante. À l`instant séduit, je me retournais comme une girouette. À travers une porte-mousticaire, une demoiselle au regard pétillant m`observait curieusement. C`était Jacinthe, la petite fille de monsieur Lamoureux.
Tel un idiot, je demeurais immobile comme un coq en plâtre. Tout d`un coup, elle ouvrit la porte, glissa un pas devant l`autre comme dans une marche nuptiale et déposa doucement ses petites mains à la peau satinée sur la rampe aux montants joliment sculptés. «Vous vous souvenez de moi?», me demanda-t-elle avec un sourire discret. Je tentais de répondre, mais peines perdues. J`étais comme ensorcelé par un sortilège! Je ne pus, malgré tout, que bredouiller un ou deux mots incompréhensibles, tout en hochant nerveusement la tête en signe d`affirmation. Pour l`avoir trouvé séduisante, l`autre jour, dans le champ de son grand-père sous un ciel colérique à terroriser le plus insensible des adeptes de films d`épouvantes, elle était là, devant moi, aussi belle et charmante qu`un ange incarnant le ciel.
Jacinthe était attifée d`une jolie robe décolletée en fine popeline de coton aux doux imprimés fleuris. Ses cheveux, dorés comme le soleil, étaient liés par un ruban assorti à sa robe et ses yeux de la couleur bleue, comme le ciel et la mer, brillaient autant sinon plus que deux étoiles scintillantes.
Je continuais toujours de l`admirer, en silence, jusqu`au moment où elle s`approcha vers moi pour me demander si j`étais désireux de rencontrer monsieur Lamoureux. Immédiatement, j`abandonnais mon état léthargique d`un poisson qui agonise sur la banquise, et lui répondis que non. Je ressentais alors une étrange sensation. Tous mes sens étaient bouleversés, empreints de concupiscence! Mes jambes étaient molles comme une poupée chiffon et mon coeur battait à la chamade. Son léger parfum d`agrumes m`exhalait les narines au point de ressentir une envie folle et irrésistible de la prendre dans mes bras, de la serrer fort contre ma poitrine et de l`embrasser. Mais, même si je m`extasiais comme un albatros qui se laisse librement porter dans un courant d`air au-dessus de l`océan, je demeurais néanmoins aussi nerveux et anxieux qu`un enfant le premier jour de classes!
M`apercevant, sans doute, complèment subjugué par le sentiment de plénitude, la bouche grande ouverte et les yeux hagards, elle déposait ses mains sur les miennes et me donna un doux baisé sur les lèvres. Aussitôt, pour me surprendre, un petit démon grimpa sur ma jambe comme sur le tronc d`un arbre. Poil pour poil identique à son paternel, il me démontrait, à sa manière, son affection en me chatouillant le cou de petites lichettes chaudes et rugueuses. Sur le coup, Jacinthe ne put s`empêcher de rire aux éclats! Et, sur ce bonheur instantané, attrapé au filet de l`amour, je lui demandais gentiment si je pouvais la soustraire de ce petit fardeau ce qu`elle ne refusa point...
Le Chat botté,
Pas plus haut que trois cerises, mais déjà aisément agiles et espiègles, je pouvais douloureusement sentir, sur mon corps désormais meurtri, leurs petites griffes aussi piquantes et acérées qu`une aiguille de chirurgien! "Chausette", la femelle, se faufilait entre mes pas pour, de temps à autre, se caresser doucement la joue sur l`une de mes jambes tandis que "Le p`tit lion", nous suivait de loin comme s`il était alléché par l`odeur de mon sang...
Arrivé devant le perron de bois de cette vieille maison chaleureuse peinte d`un blanc immaculé, j`aperçus le vieux fermier s`occuper dans son champ récemment ravagé par l`orage. Ne voulant l`importuner que pour si peu, après avoir déposé les petits démons sur le sol, j`avais décidé de m`en retourner sur ma colline pour revenir après le souper. Mais, soudainement, j`entendis une douce voix qui me saisissait comme si une légère brise m`avait rafraîchi le corps par une journée chaude et écrasante. À l`instant séduit, je me retournais comme une girouette. À travers une porte-mousticaire, une demoiselle au regard pétillant m`observait curieusement. C`était Jacinthe, la petite fille de monsieur Lamoureux.
Tel un idiot, je demeurais immobile comme un coq en plâtre. Tout d`un coup, elle ouvrit la porte, glissa un pas devant l`autre comme dans une marche nuptiale et déposa doucement ses petites mains à la peau satinée sur la rampe aux montants joliment sculptés. «Vous vous souvenez de moi?», me demanda-t-elle avec un sourire discret. Je tentais de répondre, mais peines perdues. J`étais comme ensorcelé par un sortilège! Je ne pus, malgré tout, que bredouiller un ou deux mots incompréhensibles, tout en hochant nerveusement la tête en signe d`affirmation. Pour l`avoir trouvé séduisante, l`autre jour, dans le champ de son grand-père sous un ciel colérique à terroriser le plus insensible des adeptes de films d`épouvantes, elle était là, devant moi, aussi belle et charmante qu`un ange incarnant le ciel.
Jacinthe était attifée d`une jolie robe décolletée en fine popeline de coton aux doux imprimés fleuris. Ses cheveux, dorés comme le soleil, étaient liés par un ruban assorti à sa robe et ses yeux de la couleur bleue, comme le ciel et la mer, brillaient autant sinon plus que deux étoiles scintillantes.
Je continuais toujours de l`admirer, en silence, jusqu`au moment où elle s`approcha vers moi pour me demander si j`étais désireux de rencontrer monsieur Lamoureux. Immédiatement, j`abandonnais mon état léthargique d`un poisson qui agonise sur la banquise, et lui répondis que non. Je ressentais alors une étrange sensation. Tous mes sens étaient bouleversés, empreints de concupiscence! Mes jambes étaient molles comme une poupée chiffon et mon coeur battait à la chamade. Son léger parfum d`agrumes m`exhalait les narines au point de ressentir une envie folle et irrésistible de la prendre dans mes bras, de la serrer fort contre ma poitrine et de l`embrasser. Mais, même si je m`extasiais comme un albatros qui se laisse librement porter dans un courant d`air au-dessus de l`océan, je demeurais néanmoins aussi nerveux et anxieux qu`un enfant le premier jour de classes!
M`apercevant, sans doute, complèment subjugué par le sentiment de plénitude, la bouche grande ouverte et les yeux hagards, elle déposait ses mains sur les miennes et me donna un doux baisé sur les lèvres. Aussitôt, pour me surprendre, un petit démon grimpa sur ma jambe comme sur le tronc d`un arbre. Poil pour poil identique à son paternel, il me démontrait, à sa manière, son affection en me chatouillant le cou de petites lichettes chaudes et rugueuses. Sur le coup, Jacinthe ne put s`empêcher de rire aux éclats! Et, sur ce bonheur instantané, attrapé au filet de l`amour, je lui demandais gentiment si je pouvais la soustraire de ce petit fardeau ce qu`elle ne refusa point...
Le Chat botté,
jeudi, août 10, 2006
Une nature belle à croquer (Partie 2)
Aussitôt, à peine n`eus-je le temps de soupirer, qu`une bête, aux yeux de feux, me regardait sournoisement sous de longues frondes, pennées et retombantes, d`une fougère à l`autruche. Trop bien dissimulée dans une noirceur totale, je ne pouvais me faire une idée de sa nature. Devais-je m`en inquiéter pour prendre la poudre d`escampette?
La bête continuait toujours de m`observer et moi, le pauvre, je tergiversais...J`étais à la fois curieux et terrifié comme un môme en quête de sensations fortes. Quand, soudain, la créature se montrait le bout du nez. À l`instant même, je reconnus un chat à la frimousse adorable.
Encore une fois, accroupi genoux contre poitrine, je tentais de l`apprivoiser en imitant maladroitement le cri doux d`une souris. D`un pas de velours, il s`avança lentement, le ventre contre le sol, pour dévoiler complètement son corps. C`était un tabby tigré roux aux lignes plus foncées descendant tout le long de sa colonne vertébrale. Avec sa crinière ébouriffée, il ressemblait étrangement à un petit fauve. La tête baissée, les oreilles dressées et ramenées vers l`arrière, le dos en arque et le poil complètement hérissé sur l`échine, il me semblait en corère, voire même en rage! Mais, pour avoir eut la compagnie d`un chat depuis mon berceau jusqu`à tout récemment, il ne m`effrayait guère...
«Salut, mon p`tit lion!», lui dis-je sur un ton rassurant. Sans plus attendre, il me répondit par un impétieux grondement félin. Non surpris par son attitude cavalière, je me convainquais alors qu`il était de mauvais poils ce matin-là...
Au moment où je m`apprêtais à rebrousser chemin devant Sa Majesté pour l`abandonner à son royaume, un autre chat sorti de la même cachette. Cette fois-ci, je reconnus une belle American Wirehair avec sa robe noire et blanche au signe distinctif d`un "V" de poils blancs, inversé sur le front et s`étalant sous le menton jusqu`à la poitrine. Pour la voir s`approcher vers moi avec les yeux mi-clos, les moustaches relâchées, et tout en ronronnant une douce mélodie comme si elle était heureuse de retrouver son maître, je me rassurais alors de son caractère compatissant. Sans aucune hésitation, je la caressais doucement pendant que son matou, en retrait et sur ses gardes, me guettait du coin de l`oeil tout en remuant nerveusement le bout de sa queue comme la ligne d`une canne à pêche.
Tout d`un coup, un, deux, puis trois chatons de la grosseur d`un cornichon, passaient entre mes jambes, de derrière vers l`avant, pour gentiment me surprendre. Curieux, enjoués et charmants à croquer, ils se couraillaient à la queue leu leu.
Je remarquais que la chatte portait fièrement à son cou un collier à médaillon et sur lequel il était gravé "Chausette, 630, Chemin des Patriotes". Je connaissais bien ce lieu. C`était la ferme des Lamoureux. Pour exprimer mon désir d`adopter une petite boule de poils, sans plus tarder, je m`en allais retrouver le maître de la plantation.
(à suivre...)
Le Chat botté,.
La bête continuait toujours de m`observer et moi, le pauvre, je tergiversais...J`étais à la fois curieux et terrifié comme un môme en quête de sensations fortes. Quand, soudain, la créature se montrait le bout du nez. À l`instant même, je reconnus un chat à la frimousse adorable.
Encore une fois, accroupi genoux contre poitrine, je tentais de l`apprivoiser en imitant maladroitement le cri doux d`une souris. D`un pas de velours, il s`avança lentement, le ventre contre le sol, pour dévoiler complètement son corps. C`était un tabby tigré roux aux lignes plus foncées descendant tout le long de sa colonne vertébrale. Avec sa crinière ébouriffée, il ressemblait étrangement à un petit fauve. La tête baissée, les oreilles dressées et ramenées vers l`arrière, le dos en arque et le poil complètement hérissé sur l`échine, il me semblait en corère, voire même en rage! Mais, pour avoir eut la compagnie d`un chat depuis mon berceau jusqu`à tout récemment, il ne m`effrayait guère...
«Salut, mon p`tit lion!», lui dis-je sur un ton rassurant. Sans plus attendre, il me répondit par un impétieux grondement félin. Non surpris par son attitude cavalière, je me convainquais alors qu`il était de mauvais poils ce matin-là...
Au moment où je m`apprêtais à rebrousser chemin devant Sa Majesté pour l`abandonner à son royaume, un autre chat sorti de la même cachette. Cette fois-ci, je reconnus une belle American Wirehair avec sa robe noire et blanche au signe distinctif d`un "V" de poils blancs, inversé sur le front et s`étalant sous le menton jusqu`à la poitrine. Pour la voir s`approcher vers moi avec les yeux mi-clos, les moustaches relâchées, et tout en ronronnant une douce mélodie comme si elle était heureuse de retrouver son maître, je me rassurais alors de son caractère compatissant. Sans aucune hésitation, je la caressais doucement pendant que son matou, en retrait et sur ses gardes, me guettait du coin de l`oeil tout en remuant nerveusement le bout de sa queue comme la ligne d`une canne à pêche.
Tout d`un coup, un, deux, puis trois chatons de la grosseur d`un cornichon, passaient entre mes jambes, de derrière vers l`avant, pour gentiment me surprendre. Curieux, enjoués et charmants à croquer, ils se couraillaient à la queue leu leu.
Je remarquais que la chatte portait fièrement à son cou un collier à médaillon et sur lequel il était gravé "Chausette, 630, Chemin des Patriotes". Je connaissais bien ce lieu. C`était la ferme des Lamoureux. Pour exprimer mon désir d`adopter une petite boule de poils, sans plus tarder, je m`en allais retrouver le maître de la plantation.
(à suivre...)
Le Chat botté,.
lundi, août 07, 2006
Une nature belle à croquer
Par un bel avant-midi du mois d`août, ensorcelé par une légère brise parfumée à la sève de sapin provenant de mon sous-bois, comme pris au piège par un sortilège, je décidais de m`y aventurer au hasard de mes pas.
À l`abri d`une chaleur suffocante et insoutenable, et où seuls quelques rayons de soleil s`immisçaient timidement parmi un feuillage dense, j`aperçus au pied d`un grand pin blanc dont la cime se perd audacieusement dans le ciel, des ronces aux longues branches épineuses regorgeant de mûres sauvages devenues à maturité.
Accroupi comme un tailleur sur un tapis spongieux de lichens, comme un glouton, je me régalais plein les babines de ces petites baies juteuses, d`un violet très sombre. Quand, soudain, pour me dresser les oreilles comme un chevreuil alerté, j`entendis le craquement d`une branche sèche, déchirer la quiétude apaisante de la forêt. Aussitôt, je faisais un tour de tête à la manière d`une chouette pour scruter l`environnement, mais rien ne se manifestait sous mon regard attentif. Le temps semblait s`être arrêté. Sachant que les ours noirs raffolent de ces petites douceurs du paradis, j`avais l`oeil inquiet d`un cheval le mors aux dents. Mais, pour ressentir subitement des fourmis dans les jambes à rester immobile comme la statue d`un tombeau, je tentais de me ressaisir avant de perdre la tête au quatre vents.
Puisque tout me semblait redevenu à la normale après quelques moments de palpitations, je me laissais de nouveau tenter par le doux péché véniel de gourmandise. Pour en être aussitôt rassasié comme par un festin savoureux, ma bouche pleine de joie, je me levais et poursuivais ma ballade.
Au tournant d`un petit sentier d`herbes battues, je m`étonnais des couleurs et des ombres du sous-bois. Tout me paraissait à la fois merveilleux et mystérieux. Les deux pieds dans le coeur d`un sol riche, encore mouillé par la rosée du matin, je m`imaginais seul au monde parmi cette nature généreuse et sauvage. Tout d`un coup, pour me sortir brusquement de mes rêveries d`un gamin sur la lune, une volée de perdrix s`élevait des arbrisseaux avec fracas.
Immédiatement, je m`aurais cru dans une gigantesque bataille d`oreillers! De tout bord tout côté, ces oiseaux de la grosseur d`un poulet, s`épivardaient dans le ciel pour momentanément assombrir le paysage de plumes et de duvets de la couleur gris-brun. En étais-je la cause de leur frayeur? Je n`en avais aucune idée. Cependant, avant même de me convaincre de ma culpabilité ou que, d`horribles pensées me traversent l`esprit pour me donner à nouveau un désagréable frisson dans l`échine, j`aperçus non loin, droit devant le bout de mes semelles, de hautes herbes s`agiter follement. Telle une torpille, quelque chose se dirigeait rapidement vers moi à travers cette verdure dense et extatique.
(à suivre...)
Le Chat botté,
À l`abri d`une chaleur suffocante et insoutenable, et où seuls quelques rayons de soleil s`immisçaient timidement parmi un feuillage dense, j`aperçus au pied d`un grand pin blanc dont la cime se perd audacieusement dans le ciel, des ronces aux longues branches épineuses regorgeant de mûres sauvages devenues à maturité.
Accroupi comme un tailleur sur un tapis spongieux de lichens, comme un glouton, je me régalais plein les babines de ces petites baies juteuses, d`un violet très sombre. Quand, soudain, pour me dresser les oreilles comme un chevreuil alerté, j`entendis le craquement d`une branche sèche, déchirer la quiétude apaisante de la forêt. Aussitôt, je faisais un tour de tête à la manière d`une chouette pour scruter l`environnement, mais rien ne se manifestait sous mon regard attentif. Le temps semblait s`être arrêté. Sachant que les ours noirs raffolent de ces petites douceurs du paradis, j`avais l`oeil inquiet d`un cheval le mors aux dents. Mais, pour ressentir subitement des fourmis dans les jambes à rester immobile comme la statue d`un tombeau, je tentais de me ressaisir avant de perdre la tête au quatre vents.
Puisque tout me semblait redevenu à la normale après quelques moments de palpitations, je me laissais de nouveau tenter par le doux péché véniel de gourmandise. Pour en être aussitôt rassasié comme par un festin savoureux, ma bouche pleine de joie, je me levais et poursuivais ma ballade.
Au tournant d`un petit sentier d`herbes battues, je m`étonnais des couleurs et des ombres du sous-bois. Tout me paraissait à la fois merveilleux et mystérieux. Les deux pieds dans le coeur d`un sol riche, encore mouillé par la rosée du matin, je m`imaginais seul au monde parmi cette nature généreuse et sauvage. Tout d`un coup, pour me sortir brusquement de mes rêveries d`un gamin sur la lune, une volée de perdrix s`élevait des arbrisseaux avec fracas.
Immédiatement, je m`aurais cru dans une gigantesque bataille d`oreillers! De tout bord tout côté, ces oiseaux de la grosseur d`un poulet, s`épivardaient dans le ciel pour momentanément assombrir le paysage de plumes et de duvets de la couleur gris-brun. En étais-je la cause de leur frayeur? Je n`en avais aucune idée. Cependant, avant même de me convaincre de ma culpabilité ou que, d`horribles pensées me traversent l`esprit pour me donner à nouveau un désagréable frisson dans l`échine, j`aperçus non loin, droit devant le bout de mes semelles, de hautes herbes s`agiter follement. Telle une torpille, quelque chose se dirigeait rapidement vers moi à travers cette verdure dense et extatique.
(à suivre...)
Le Chat botté,
vendredi, août 04, 2006
À la découverte d`un champ biologique avec Lancelot, mon pote agronome (Partie 4)
Devant cette hécatombe, mes mâchoires claquèrent et mes bras tombèrent inertes. J`étais complètement abasourdi. Comment la nature pouvait-elle être paisible et généreuse pour, d`un instant à l`autre, devenir cruelle et destructrice? J`avais beau me questionner, mouliner mes neurones, mais aucune réponse ne me venait à l`esprit. Cependant, je savais pertinemment que, malgré cette tragédie, tous les agriculteurs de ma région, dont monsieur Lamoureux, se devaient de surmonter cette épreuve afin de poursuivre leur projet pour lequel ils y ont consacré tous les jours de leur vie.
Au loin, au-delà de la cime des épinettes, le vent hurlait toujours sa colère sur la colline d`où se situe ma maison. Le démon serpent s`en était allé. Seule à mes pieds, une brume opaque, légère et humide, déferlait subtilement entre les cadavres pour répandre un étrange parfum de la mort. La lumière du jour s`atténuait doucement comme la tombée du rideau de théâtre. Jacinthe fut la première à nous rejoindre au milieu du champ. Son grand-père la suivait, loin derrière, comme s`il participait à une procession funeste. D`une main, il se soutenait fermement sur sa longue perche tordue et de l`autre, il tenait un vieux fanal de fer-blanc.
«Tout va bien?», nous demanda-t-elle sur un ton inquiet d`une mère tourmentée qui retrouve enfin ses rejetons égarés. Pour ne pas avoir été présenté auparavant, je gardais le silence. Ce fut Lancelot qui la rassurait en lui mentionnant que nous avions vécu, lui et moi, de belles émotions, semblables à celles vécues dans un manège de carnaval. Jacinthe poussa alors un long soupir et me regardait avec le visage d`un ange.
Même si dans le ciel, il ne restait plus qu`une lueur orangée en voie de disparaître dans une nuit étoilée, j`étais immédiatement envoûté par son charme et sa beauté. Je pensais qu`elle devait être incontestablement bénie des dieux! Ses longues mèches dorées, entièrement frisées, illuminaient adorablement son visage, lisse et satiné, pour la rendre encore plus ravissante qu`un rayonnement sur l`eau d`un ruisseau. Sans crier gare, Cupidon m`avait dès lors frappé avec son petit carquois!
Monsieur Lamoureux ne tardait pas à nous rejoindre. Essoufflé comme un phoque, il regardait ses plants, qui étaient couchés sur le sol, avec des yeux noyés de chagrin. Puis, après avoir repris son souffle, tout en pointant le ciel de sa perche, il mentionna à gorge nouée comme s`il s`adressait au Seigneur: «tu me mets encore à l`épreuve! Mais, avant de quitter à jamais mon champ pour te retrouver dans ton paradis, je te donnerai la preuve de mon courage et de ma volonté!».
Sur le chemin de notre retour vers la ferme des Lamoureux, Lancelot, Jacinthe et moi, nous marchions lentement et en silence, bras dessus bras dessous tout en suivant le vieil homme au pas hésitant. Soudainement, sous une douce lumière vacillante projetée par le vieux fanal, j`entrevis dans l`ombre de la mort, une longue couleuvre qui fuyait désespérément nos pas sur un sol, complètement glacé, et une marmotte qui se régalait goulûment d`un épi de maïs sucré. Je constatais alors que la vie reprenait déjà son cours habituel...
Le Chat botté,
Au loin, au-delà de la cime des épinettes, le vent hurlait toujours sa colère sur la colline d`où se situe ma maison. Le démon serpent s`en était allé. Seule à mes pieds, une brume opaque, légère et humide, déferlait subtilement entre les cadavres pour répandre un étrange parfum de la mort. La lumière du jour s`atténuait doucement comme la tombée du rideau de théâtre. Jacinthe fut la première à nous rejoindre au milieu du champ. Son grand-père la suivait, loin derrière, comme s`il participait à une procession funeste. D`une main, il se soutenait fermement sur sa longue perche tordue et de l`autre, il tenait un vieux fanal de fer-blanc.
«Tout va bien?», nous demanda-t-elle sur un ton inquiet d`une mère tourmentée qui retrouve enfin ses rejetons égarés. Pour ne pas avoir été présenté auparavant, je gardais le silence. Ce fut Lancelot qui la rassurait en lui mentionnant que nous avions vécu, lui et moi, de belles émotions, semblables à celles vécues dans un manège de carnaval. Jacinthe poussa alors un long soupir et me regardait avec le visage d`un ange.
Même si dans le ciel, il ne restait plus qu`une lueur orangée en voie de disparaître dans une nuit étoilée, j`étais immédiatement envoûté par son charme et sa beauté. Je pensais qu`elle devait être incontestablement bénie des dieux! Ses longues mèches dorées, entièrement frisées, illuminaient adorablement son visage, lisse et satiné, pour la rendre encore plus ravissante qu`un rayonnement sur l`eau d`un ruisseau. Sans crier gare, Cupidon m`avait dès lors frappé avec son petit carquois!
Monsieur Lamoureux ne tardait pas à nous rejoindre. Essoufflé comme un phoque, il regardait ses plants, qui étaient couchés sur le sol, avec des yeux noyés de chagrin. Puis, après avoir repris son souffle, tout en pointant le ciel de sa perche, il mentionna à gorge nouée comme s`il s`adressait au Seigneur: «tu me mets encore à l`épreuve! Mais, avant de quitter à jamais mon champ pour te retrouver dans ton paradis, je te donnerai la preuve de mon courage et de ma volonté!».
Sur le chemin de notre retour vers la ferme des Lamoureux, Lancelot, Jacinthe et moi, nous marchions lentement et en silence, bras dessus bras dessous tout en suivant le vieil homme au pas hésitant. Soudainement, sous une douce lumière vacillante projetée par le vieux fanal, j`entrevis dans l`ombre de la mort, une longue couleuvre qui fuyait désespérément nos pas sur un sol, complètement glacé, et une marmotte qui se régalait goulûment d`un épi de maïs sucré. Je constatais alors que la vie reprenait déjà son cours habituel...
Le Chat botté,
mercredi, août 02, 2006
À la découverte d`un champ biologique avec Lancelot, mon pote agronome (Partie 3)
Tel un soldat fier à l`esprit rude, Lancelot continuait toujours son inspection, malgré les vents forts et violents qui sévissaient à travers le champ. Tantôt immobile et paisible, tout le paysage s`animait dès lors dangereusement. Les tiges de maïs se balançaient d`un côté à l`autre, vigoureusement, et cela me donnait l`effroyable impression d`être perdu de tout bord tout côté.
Désemparé comme un gamin en pleur, je pensais tomber dans un gouffre inconnu. «Attend-moé!», lui criais-je à gorge déployée. Mais, sous un ciel plus noir que le fond de la gueule d`un loup et où, seuls les éclairs illuminaient le sol durant quelques fractions de seconde, dans le fracas des coups de tonnerre, toutes mes tentatives restaient veines! Trop préoccupé à terminer son travail pour lequel il avait été mandaté, mon pote s`en était allé, me laissant seul parmi des ombres qui me donnaient la chair de poule...
Tout d`un coup, pour rester immobile comme un épouvantail des champs, je sentis quelque chose, de froid et humide, se mouvoir lentement sur mon pied pour, par la suite, s`enrouler rapidement sur ma jambe. Même si je devais me protéger le visage de mes mains pour ne pas recevoir une volée de coups de tiges, semblable à celle d`un fouet déchirant la chair du corps, je tentais néanmoins d`y jeter un regard curieux.
Or, à cet instant même, un joug s`abattait sur le champ de monsieur Lamoureux. Je fus désormais prisonnier sous une pluie torrentielle mêlée de beaucoup de grêles. Immédiatement, je sortis de mon état cadavérique pour sautiller d`un pied sur l`autre et me projetais à plat ventre sur le sol. Je m`imaginais vivre mes derniers instants sous le regard amusé d`un démon serpent. C`est alors que j`invoquais le Seigneur: «qu`ai-je fait pour mériter un tel supplice?». Chacune des grêles qui tombait sur mon dos me donnait l`impression que l`on me lapidait de galets de la grosseur d`un oeuf de dinde! Même si j`étais recroquevillé comme un animal blessé et que je me protégeais la tête à l`aide de mes mains, je souffrais le martyre de Saint Étienne. Quand, soudain, au moment où j`allais déraidir mon corps pour l`abandonner à tout jamais aux bêtes féroces et aux oiseaux rapaces afin qu`il soit dévoré d`un trait, je sentis une chaleur m`envelopper tel un baume apaisant. Même si le vent soufflait toujours à rafales glacées et que les tiges de maïs tombaient, une à une, sous les grêlons comme des condamnés à mort fusillés par un peloton d`exécution, je n`éprouvais plus aucune douleur. Étais-je mort, pour être affranchi à jamais du mal de vivre? Je n`en avais aucune idée jusqu`au moment où, j`entendis Lancelot me chuchoter à l`oreille que la tempête allait bientôt s`éloigner. Complètement allongé sur mon dos, il me protégeait d`une nature déchaînée.
N`eut tôt dit que ses prédictions se concrétisaient. Le ciel s`éclaircissait pour laisser entrevoir un coucher de soleil à l`horizon d`un champ complètement dévasté et anéanti. Ces sentinelles affublées en aigrette regorgeant de ressources avaient rendu l`âme. Seul un plant téméraire, ici et là, se tenait encore à moitié debout pour saigner à blanc. Le spectacle était des plus horrifiants. Le sol était tout recouvert d`un amas de billes de glace. Je m`aurais cru le jour d`une première neige! Estomaqués, Lancelot et moi, nous gardions le silence. Soudainement, au loin, nous entendions des échos de cris déchirants. C`étaient monsieur Lamoureux et sa petite fille, Jacinthe, qui nous interpellaient. Sachant que nous étions reclus entre les griffes acérées d`une bête gigantesque à sept têtes défilant sur leur champ au gré d`un vent colérique, ils s`en inquiétèrent pour se faire du mauvais sang.
(à suivre...)
Le Chat botté,
Désemparé comme un gamin en pleur, je pensais tomber dans un gouffre inconnu. «Attend-moé!», lui criais-je à gorge déployée. Mais, sous un ciel plus noir que le fond de la gueule d`un loup et où, seuls les éclairs illuminaient le sol durant quelques fractions de seconde, dans le fracas des coups de tonnerre, toutes mes tentatives restaient veines! Trop préoccupé à terminer son travail pour lequel il avait été mandaté, mon pote s`en était allé, me laissant seul parmi des ombres qui me donnaient la chair de poule...
Tout d`un coup, pour rester immobile comme un épouvantail des champs, je sentis quelque chose, de froid et humide, se mouvoir lentement sur mon pied pour, par la suite, s`enrouler rapidement sur ma jambe. Même si je devais me protéger le visage de mes mains pour ne pas recevoir une volée de coups de tiges, semblable à celle d`un fouet déchirant la chair du corps, je tentais néanmoins d`y jeter un regard curieux.
Or, à cet instant même, un joug s`abattait sur le champ de monsieur Lamoureux. Je fus désormais prisonnier sous une pluie torrentielle mêlée de beaucoup de grêles. Immédiatement, je sortis de mon état cadavérique pour sautiller d`un pied sur l`autre et me projetais à plat ventre sur le sol. Je m`imaginais vivre mes derniers instants sous le regard amusé d`un démon serpent. C`est alors que j`invoquais le Seigneur: «qu`ai-je fait pour mériter un tel supplice?». Chacune des grêles qui tombait sur mon dos me donnait l`impression que l`on me lapidait de galets de la grosseur d`un oeuf de dinde! Même si j`étais recroquevillé comme un animal blessé et que je me protégeais la tête à l`aide de mes mains, je souffrais le martyre de Saint Étienne. Quand, soudain, au moment où j`allais déraidir mon corps pour l`abandonner à tout jamais aux bêtes féroces et aux oiseaux rapaces afin qu`il soit dévoré d`un trait, je sentis une chaleur m`envelopper tel un baume apaisant. Même si le vent soufflait toujours à rafales glacées et que les tiges de maïs tombaient, une à une, sous les grêlons comme des condamnés à mort fusillés par un peloton d`exécution, je n`éprouvais plus aucune douleur. Étais-je mort, pour être affranchi à jamais du mal de vivre? Je n`en avais aucune idée jusqu`au moment où, j`entendis Lancelot me chuchoter à l`oreille que la tempête allait bientôt s`éloigner. Complètement allongé sur mon dos, il me protégeait d`une nature déchaînée.
N`eut tôt dit que ses prédictions se concrétisaient. Le ciel s`éclaircissait pour laisser entrevoir un coucher de soleil à l`horizon d`un champ complètement dévasté et anéanti. Ces sentinelles affublées en aigrette regorgeant de ressources avaient rendu l`âme. Seul un plant téméraire, ici et là, se tenait encore à moitié debout pour saigner à blanc. Le spectacle était des plus horrifiants. Le sol était tout recouvert d`un amas de billes de glace. Je m`aurais cru le jour d`une première neige! Estomaqués, Lancelot et moi, nous gardions le silence. Soudainement, au loin, nous entendions des échos de cris déchirants. C`étaient monsieur Lamoureux et sa petite fille, Jacinthe, qui nous interpellaient. Sachant que nous étions reclus entre les griffes acérées d`une bête gigantesque à sept têtes défilant sur leur champ au gré d`un vent colérique, ils s`en inquiétèrent pour se faire du mauvais sang.
(à suivre...)
Le Chat botté,
lundi, juillet 31, 2006
À la découverte d`un champ biologique avec Lancelot, mon pote agronome (Partie 2)
Avant de s`enfoncer plus profondément dans une jungle vénézuélienne de plants de maïs, Lancelot m`informait que pour faire une inspection juste et globale d`un champ, il était prémordial de se déplacer en zigzag à comptant cent pas d`un lieu à l`autre. Mais, trop préoccupé de scruter les tiges qui me frôlaient le corps pour dénicher les bêtes tant redoutées, je lui portais peu d`attention...
Rendu au trentième pas, je m`exclamais, haut et fort: «j`en ai trouvé une!». Pour le voir se tressaillir subitement comme s`il eut reçu une décharge électrique, mon cri devait être des plus saisissants! Immédiatement, il cessa son inspection militaire d`une relève de la garde pour me retrouver. Sur l`une des feuilles retombantes d`une tige de maïs, se trouvait une coccinelle orangée marquée de plusieurs points noirs. Tout d`un coup, elle s`envola pour se poser sur le dos de ma main. Sans dire un mot, Lancelot leva son bras vers le ciel comme pour me signifier de faire le mort. Surpris par son comportement saugrenu face au danger que cette bestiole pouvait réellement m`engendrer, comme un gentil pantin, j`obtempéra tout de même. Puis, il me dit: «savais-tu que les paysans accordent beaucoup d`importance au nombre de tâches qu`une bête à Bon Dieu peut avoir sur son dos lorsqu`elle se pose sur une main?». Pour le regarder avec insistance, sans doute le visage long comme celui d`un cheval, je pensais de quel genre d`enseignement supérieur avait-il reçu? Faisant fi de mon regard des plus idiots, il me rajouta: «si tu fais le décompte des points noirs, tu découvriras le nombre de mois de bonheur que tu vivras prochainement!».
Intrigué comme s`il me lisait ma bonne aventure, j`entrais, les yeux fermés, dans son délire, et comptais à voix haute le nombre de points. «Huit!», m`écriais-je sur un ton réjoui avant que cette petite coquine ne s`envolât de nouveau. Néanmoins, même si j`étais heureux de mon avenir raconté sur le dos d`une petite bête, je reprenais mes esprits et lui demandais si la coccinelle était un insecte nuisible. Pour se secouer la tête comme le gong d`une horloge Grand-père, il me donnait la réponse. Puis, tout en me signifiant de son index le dessous d`une feuille, il me demandait d`y jeter un coup d`oeil. Je soulevais alors la longue feuille avec la plus grande précausion comme si un danger des plus menaçants pouvait s`y dissimuler. Et, pour ne rien voir, sinon des points minuscules, presque invisibles, d`un vert bleu, s`agglutinant sur la chair de la tige, les uns sur les autres, telle une orgie, il me dit d`un ton grave d`un maître d`école: «la coccinelle est un prédateur naturel qui peut à lui seul dévorer jusqu`à cinq cents pucerons par jour!». Pour me redresser aussitôt le corps comme si un fantôme m`était apparu, je restais bouche bée!
Tout en reprenant son inspection après avoir griffonné quelques notes sur son calepin, je le suivais, pas à pas, comme un chien de poche, et tombais subitement dans l`une de mes réflexions. Je me demandais comment une si petite créature pouvait se régaler d`autant de parasites et, s`il s`agissait du même coléoptère qui, à l`automne, et en grand nombre, viennent se regrouper sur la façade des maisons, exposée, côté sud, pour tenter tant bien que mal de s`infiltrer afin de passer la saison froide aux frais de leur hôte! Mais, à l`instant même où je m`apprêtais à lui poser ces questions, le vent s`éleva instantanément pour que, tous deux, nous en perdions nos chapeaux. Saisi par ce souffle d`un dieu colérique, j`oubliais tout pour dès lors en perdre la raison. Je levais ma tête vers le ciel et je l`aperçus devenir gris, puis noir en un instant. Je crus alors que le soleil avait soudainement décidé de déguerpir comme un lapin affolé, mais il en était rien! Des nuages menaçants, teintés à l`encre noire s`étaient avancés, rapidement, comme une charge de cavalerie pour aussitôt assombrir tout le paysage. «Ce soir, l`orage s`annonce de première classe!», m`écria Lancelot tout en poursuivant son inspection comme si cela ne l`effrayait guère...
Durant ma randonnée en bicyclette, pour avoir aperçu plusieurs champs de culture de maïs s`étaler sous mes yeux ébahis, j`avais remarqué que le champ de mon voisin était plus vigoureux et verdoyant que les autres, et je demandais la cause à Lancelot. Immédiatement, il me déclara, dans un élan solennel, que le champ de monsieur Lamoureux n`avait jamais reçu d`application d`engrais chimiques, ni de pesticides ou d`herbicides de synthèse tout comme ses semences utilisées n`avaient jamais été issues du génie génétique. Et, comme ses sols avaient accumulé plus de compost, de fumier traditionnel et de poudre d`os au fil des années, et pour n`avoir jamais été labouré en profondeur, cette façon de faire, à l`ancienne, aida grandement à conserver l`eau, à limiter l`érosion et à maintenir une qualité dans la couche arable. «Et, c`est pour cette raison que ses plants de maïs sont visiblement plus vigoureux?», demandais-je l`air estomaqué. «Ouais!», me répondit-il tout en me faisant un clin d`oeil.
Sur cette affirmation des plus évocatrices, un coup de tonnerre retentissait aussitôt pour me faire bondir les deux pieds joints et pour en avoir les cheveux dressés sur la tête. Une décharge simultanée de plusieurs canons sur le Champ de Mars ne m`aurait pas été moins insoutenable et terrifiante!
(à suivre...)
Le Chat botté,
Rendu au trentième pas, je m`exclamais, haut et fort: «j`en ai trouvé une!». Pour le voir se tressaillir subitement comme s`il eut reçu une décharge électrique, mon cri devait être des plus saisissants! Immédiatement, il cessa son inspection militaire d`une relève de la garde pour me retrouver. Sur l`une des feuilles retombantes d`une tige de maïs, se trouvait une coccinelle orangée marquée de plusieurs points noirs. Tout d`un coup, elle s`envola pour se poser sur le dos de ma main. Sans dire un mot, Lancelot leva son bras vers le ciel comme pour me signifier de faire le mort. Surpris par son comportement saugrenu face au danger que cette bestiole pouvait réellement m`engendrer, comme un gentil pantin, j`obtempéra tout de même. Puis, il me dit: «savais-tu que les paysans accordent beaucoup d`importance au nombre de tâches qu`une bête à Bon Dieu peut avoir sur son dos lorsqu`elle se pose sur une main?». Pour le regarder avec insistance, sans doute le visage long comme celui d`un cheval, je pensais de quel genre d`enseignement supérieur avait-il reçu? Faisant fi de mon regard des plus idiots, il me rajouta: «si tu fais le décompte des points noirs, tu découvriras le nombre de mois de bonheur que tu vivras prochainement!».
Intrigué comme s`il me lisait ma bonne aventure, j`entrais, les yeux fermés, dans son délire, et comptais à voix haute le nombre de points. «Huit!», m`écriais-je sur un ton réjoui avant que cette petite coquine ne s`envolât de nouveau. Néanmoins, même si j`étais heureux de mon avenir raconté sur le dos d`une petite bête, je reprenais mes esprits et lui demandais si la coccinelle était un insecte nuisible. Pour se secouer la tête comme le gong d`une horloge Grand-père, il me donnait la réponse. Puis, tout en me signifiant de son index le dessous d`une feuille, il me demandait d`y jeter un coup d`oeil. Je soulevais alors la longue feuille avec la plus grande précausion comme si un danger des plus menaçants pouvait s`y dissimuler. Et, pour ne rien voir, sinon des points minuscules, presque invisibles, d`un vert bleu, s`agglutinant sur la chair de la tige, les uns sur les autres, telle une orgie, il me dit d`un ton grave d`un maître d`école: «la coccinelle est un prédateur naturel qui peut à lui seul dévorer jusqu`à cinq cents pucerons par jour!». Pour me redresser aussitôt le corps comme si un fantôme m`était apparu, je restais bouche bée!
Tout en reprenant son inspection après avoir griffonné quelques notes sur son calepin, je le suivais, pas à pas, comme un chien de poche, et tombais subitement dans l`une de mes réflexions. Je me demandais comment une si petite créature pouvait se régaler d`autant de parasites et, s`il s`agissait du même coléoptère qui, à l`automne, et en grand nombre, viennent se regrouper sur la façade des maisons, exposée, côté sud, pour tenter tant bien que mal de s`infiltrer afin de passer la saison froide aux frais de leur hôte! Mais, à l`instant même où je m`apprêtais à lui poser ces questions, le vent s`éleva instantanément pour que, tous deux, nous en perdions nos chapeaux. Saisi par ce souffle d`un dieu colérique, j`oubliais tout pour dès lors en perdre la raison. Je levais ma tête vers le ciel et je l`aperçus devenir gris, puis noir en un instant. Je crus alors que le soleil avait soudainement décidé de déguerpir comme un lapin affolé, mais il en était rien! Des nuages menaçants, teintés à l`encre noire s`étaient avancés, rapidement, comme une charge de cavalerie pour aussitôt assombrir tout le paysage. «Ce soir, l`orage s`annonce de première classe!», m`écria Lancelot tout en poursuivant son inspection comme si cela ne l`effrayait guère...
Durant ma randonnée en bicyclette, pour avoir aperçu plusieurs champs de culture de maïs s`étaler sous mes yeux ébahis, j`avais remarqué que le champ de mon voisin était plus vigoureux et verdoyant que les autres, et je demandais la cause à Lancelot. Immédiatement, il me déclara, dans un élan solennel, que le champ de monsieur Lamoureux n`avait jamais reçu d`application d`engrais chimiques, ni de pesticides ou d`herbicides de synthèse tout comme ses semences utilisées n`avaient jamais été issues du génie génétique. Et, comme ses sols avaient accumulé plus de compost, de fumier traditionnel et de poudre d`os au fil des années, et pour n`avoir jamais été labouré en profondeur, cette façon de faire, à l`ancienne, aida grandement à conserver l`eau, à limiter l`érosion et à maintenir une qualité dans la couche arable. «Et, c`est pour cette raison que ses plants de maïs sont visiblement plus vigoureux?», demandais-je l`air estomaqué. «Ouais!», me répondit-il tout en me faisant un clin d`oeil.
Sur cette affirmation des plus évocatrices, un coup de tonnerre retentissait aussitôt pour me faire bondir les deux pieds joints et pour en avoir les cheveux dressés sur la tête. Une décharge simultanée de plusieurs canons sur le Champ de Mars ne m`aurait pas été moins insoutenable et terrifiante!
(à suivre...)
Le Chat botté,
vendredi, juillet 28, 2006
À la découverte d`un champ biologique avec Lancelot, mon pote agronome
Par un bel après-midi, je décidais de prendre ma vieille bicyclette et de faire une longue randonnée sur les chemins de ma campagne. Après plusieurs jours pluvieux et tempéreux d`un déluge à Noé, la température était redevenue agréable et la journée s`annonçait idéale pour une telle distraction.
Sous un soleil radieux qui assécha rapidement les petites marres d`eau qui s`étaient soudainement multipliées comme des pains et des poissons sur les routes cahoteuses et sinueuses, et sous une légère brise chaude, parfumée aux asclépiades communes, lentement, je pédalais tout en contemplant les mille merveilles de la nature. Parmi une chute d`eau spectaculaire qui tombe d`un rocher escarpé et des cascades à couper le souffle, des vallées et des montagnes verdoyantes, des mosaïques de champs labourés et des petits étangs naturels regorgeant de canards sauvages et tapageurs, je me laissais séduire jusqu`en à perdre la raison. Quand, sur le chemin de mon retour, juste avant le coucher du soleil, j`aperçus au loin, Lancelot, mon pote agronome. Vêtu d`un jean et d`une chemise à manches courtes de couleur bleu ciel, et chapeauté d`un "Bob Hearst", il tenait à la main un calepin pour recueillir des données, et s`apprêtait à inspecter le champ de maÏs de mon sympathique voisin, monsieur Lamoureux.
J`avais connu cet ami, le jour où je mis, pour la première fois, les pieds dans une Coopérative agricole. Pour être dépourvu face à une invasion de limaces dans mon potager, et avant de perdre à tout jamais ce que j`avais semé, je décidais de balancer mon orgueil aux quatre vents pour rechercher des avis judicieux.
Dans cette boutique d`un temps passé où le vieux parquet de bois craqua à chacun de mes pas pour trahir ma présence, Lancelot se présentait immédiatement devant moi pour me conseiller. Grand et musclé comme un cheval, les yeux de couleur noisette, profonds et sombres comme la nuit, les cheveux fins et cuivrés aux petites mèches entrelacées comme des vagues voluptueuses, sa grâce et sa beauté m`emplissaient d`un respect mêlé d`admiration. Tout en lui éveillait ma curiosité. Jamais, je n`avais vu un garçon aussi séduisant! Son fier visage, aux traits joliment ciselés, lui apparaissait semblable à celui d`une antique statue grecque.
Tout d`un coup, sans doute pour se sentir reluquer singulièrement par un autre homme, il me jeta un regard qui me mit mal à l`aise. Tout mon corps manifestait aussitôt une nervosité apparente. Je tremblais à la fois des lèvres et des mains, et mon front suintait une sueur glacée. Avais-je commis une erreur en l`observant trop longtemps pour soulever des doutes invraisemblables? Comprendrait-il ma maladresse d`un gamin impoli? Mais, dès qu`il me demanda gentiment la raison de ma venue, le visage resplendissant d`un sourire d`enfant, toutes mes craintes s`avérèrent sans fondement.
Arrivant derrière lui comme un oiseau à vol plané, je le saluais avec la délicatesse d`un bûcheron: «Hé, mon grand! ...Armé comme tu l`es, il ne te manque qu `un filet à papillons!». Pour être aussi futé qu`un renard, il ne perdait pas une seconde pour me proposer gentiment de l`accompagner dans sa promenade. «Viens voir ce que je recherche!», me dit-il le sourire en coin. Immédiatement, je me doutais bien qu`il ne s`agissait nullement de jolies créatures divines aux coloris d`arc-en-ciel. Je déposais alors ma bicyclette dans le fossé séparant le champ du chemin public et le suivi. «Que recherches-tu, au juste?, lui demandais-je. «Des pucerons, des vers gris noir et d`autres insectes nuisibles!», me répondit-il sèchement. Aussitôt, je grimaçais comme un gueux et avala la salive qui s`était soudainement accumulée dans ma bouche. Je m`imaginais, qu`après une ballade parmi des tiges de maïs aussi droites que des sentinelles affublées en aigrette, je serais devenu une mangeoire à moineaux, recouvert de la tête aux pieds, d`oeufs gluants, de laves, d`asticots, de chenilles velues et d`autres bestioles aussi répugnantes les unes que les autres!
(à suivre...)
Le Chat botté,
Sous un soleil radieux qui assécha rapidement les petites marres d`eau qui s`étaient soudainement multipliées comme des pains et des poissons sur les routes cahoteuses et sinueuses, et sous une légère brise chaude, parfumée aux asclépiades communes, lentement, je pédalais tout en contemplant les mille merveilles de la nature. Parmi une chute d`eau spectaculaire qui tombe d`un rocher escarpé et des cascades à couper le souffle, des vallées et des montagnes verdoyantes, des mosaïques de champs labourés et des petits étangs naturels regorgeant de canards sauvages et tapageurs, je me laissais séduire jusqu`en à perdre la raison. Quand, sur le chemin de mon retour, juste avant le coucher du soleil, j`aperçus au loin, Lancelot, mon pote agronome. Vêtu d`un jean et d`une chemise à manches courtes de couleur bleu ciel, et chapeauté d`un "Bob Hearst", il tenait à la main un calepin pour recueillir des données, et s`apprêtait à inspecter le champ de maÏs de mon sympathique voisin, monsieur Lamoureux.
J`avais connu cet ami, le jour où je mis, pour la première fois, les pieds dans une Coopérative agricole. Pour être dépourvu face à une invasion de limaces dans mon potager, et avant de perdre à tout jamais ce que j`avais semé, je décidais de balancer mon orgueil aux quatre vents pour rechercher des avis judicieux.
Dans cette boutique d`un temps passé où le vieux parquet de bois craqua à chacun de mes pas pour trahir ma présence, Lancelot se présentait immédiatement devant moi pour me conseiller. Grand et musclé comme un cheval, les yeux de couleur noisette, profonds et sombres comme la nuit, les cheveux fins et cuivrés aux petites mèches entrelacées comme des vagues voluptueuses, sa grâce et sa beauté m`emplissaient d`un respect mêlé d`admiration. Tout en lui éveillait ma curiosité. Jamais, je n`avais vu un garçon aussi séduisant! Son fier visage, aux traits joliment ciselés, lui apparaissait semblable à celui d`une antique statue grecque.
Tout d`un coup, sans doute pour se sentir reluquer singulièrement par un autre homme, il me jeta un regard qui me mit mal à l`aise. Tout mon corps manifestait aussitôt une nervosité apparente. Je tremblais à la fois des lèvres et des mains, et mon front suintait une sueur glacée. Avais-je commis une erreur en l`observant trop longtemps pour soulever des doutes invraisemblables? Comprendrait-il ma maladresse d`un gamin impoli? Mais, dès qu`il me demanda gentiment la raison de ma venue, le visage resplendissant d`un sourire d`enfant, toutes mes craintes s`avérèrent sans fondement.
Arrivant derrière lui comme un oiseau à vol plané, je le saluais avec la délicatesse d`un bûcheron: «Hé, mon grand! ...Armé comme tu l`es, il ne te manque qu `un filet à papillons!». Pour être aussi futé qu`un renard, il ne perdait pas une seconde pour me proposer gentiment de l`accompagner dans sa promenade. «Viens voir ce que je recherche!», me dit-il le sourire en coin. Immédiatement, je me doutais bien qu`il ne s`agissait nullement de jolies créatures divines aux coloris d`arc-en-ciel. Je déposais alors ma bicyclette dans le fossé séparant le champ du chemin public et le suivi. «Que recherches-tu, au juste?, lui demandais-je. «Des pucerons, des vers gris noir et d`autres insectes nuisibles!», me répondit-il sèchement. Aussitôt, je grimaçais comme un gueux et avala la salive qui s`était soudainement accumulée dans ma bouche. Je m`imaginais, qu`après une ballade parmi des tiges de maïs aussi droites que des sentinelles affublées en aigrette, je serais devenu une mangeoire à moineaux, recouvert de la tête aux pieds, d`oeufs gluants, de laves, d`asticots, de chenilles velues et d`autres bestioles aussi répugnantes les unes que les autres!
(à suivre...)
Le Chat botté,
lundi, juillet 24, 2006
Un vieux fermier sympathique et attentionné (Partie 4)
J`écoutais, avec la plus grande attention, mon invité me raconter sa vie de jeune homme. Pour tendre l`oreille à chacun de ses mots peint du souffle de ses lèvres, j`aurais cru qu`il me faisait la narration d`un livre ouvert.
Sans m`en rendre compte, le temps filait comme l`eau qui coule dans une rivière. Quand, soudainement, monsieur Lamoureux s`arrêta de parler et tomba distrait pour fuir un instant mon regard. Il contemplait, à travers la fenêtre de la cuisine, un superbe coucher de soleil rouge-feu. Tout mon paysage de campagne se dessinait de mille feux rubis. Cependant, pour être curieux de nature et désireux plus que tout de connaître la suite de son histoire d`amour d`une époque qui m`était totalement inconnue et étrangère, je démontrais mon audace en me risquant à lui demander sur le bout des lèvres: «Monsieur Lamoureux! ...De quelle façon avez-vous rencontré votre Violette?».
Immédiatement, son visage, alors songeur, se radiait dans le flou d`agréables souvenirs. Et, sans même se retourner la tête, dans ma direction, pour toujours admirer la nature dans ce qu`elle a de plus merveilleux, il me répondit en s`exclamant: «c`est en faisant un fou de moé que j`ai connu ma Violette!». Aussitôt, je ne pus m`empêcher de rire aux éclats, encore une fois, ce qui enjoua le vieil homme.
Pour oublier un instant le paysage bucolique d`un paradis perdu, monsieur Lamoureux me mentionnait qu`il avait fait la connaissance de Violette le jour de l`Épiphanie, dans l`une de ces veillées d`antan qui se donnait dans la maison des MacMahon, pour fraterniser et festoyer.
Il me relatait que la maison des MacMahon était reconnue à travers tout le canton comme le lieu des plus accueillant et convivial. Tous s`y sentaient à l`aise, y compris les quêteux des chemins. Entre deux goûtés préparés avec soins, s`alternaient les contes, les chansons à répondre, la danse et la musique, où chacun s`émerveillait des oreilles sinon autant plus des yeux!
Devenu un vieux garçon sage, le visage fraîchement rasé, les cheveux coupés courts et la chemise et le pantalon soigneusement repassés, monsieur Lamoureux était, selon ses dires, tout bonnement disposé à s`amuser sans espérances ni attentes. Et, pendant qu`un vent du Nord soufflait si fort sur la campagne des Laurentides pour que des notes terrifiantes sifflèrent allégrement à travers les chassis de la vieille maison, devant la cuisinière regorgeant de bois ardent, madame MacMahon avait disposé sur le parquet de pruche, aux lattes de six pouces, des miettes de savon du pays afin de permettre une danse plus vigoureuse et expansive.
Cependant, ce soir-là, selon monsieur Lamoureux, la vieille dame aux cheveux teints gris bleuté, tenus en chignon serré, eut la main un peu lourde... Car, dès la première danse, il perdit le pied pour tomber sur ses fesses. Aussitôt indisposé par sa maladresse, sous des rires amusés, il tenta de se relever, mais peine perdue. Le plancher était plus lisse et dérapant que la surface d`une rivière gelée! Et, c`est alors qu`une jeune fille au sourire angélique et au teint éblouissant lui tendit miraculeusement la main. Ce fut Violette.
Pour avoir été attentif comme au sermon, j`étais totalement ému par son discours. Mais, soudainement, j`entendis des petits coups de talon sous la table comme si un Pic bois frappait son bec sur le tronc d`un pin mou. C`était mon invité qui gigotait nerveusement du pied pour démontrer son impatience et son impulsivité face à la tombée imminente de la nuit. Subitement, et, à mon grand étonnement, il brandissait ses bras en l`air pour se taper énergiquement les genoux et, il se leva. Aussitôt rendu sur le seuil de la porte et revêtu de son tricot de laine, sur un Angélus mourant au loin d`un clocher, il me saluait chaleureusement d`une poignée de main vigoureuse, énergique et rassurante.
Le voyant s`éloigner lentement au pied de ma colline avec sa longue perche à la main comme une ombre dans le crépuscule, je me posais sur-le-champ une question. J`enfilais rapidement mes bottes et mon manteau, et courus dans sa direction.
Arrivé derrière lui pour le surprendre, je lui demandais ce qui valait son attention à mon égard. Le vieil homme s`arrêta un instant, puis, en prenant soin de sonder des yeux le sol sur lequel il se trouvait, il se retourna tranquillement vers moi pour me mentionner qu`il avait vu de la fumée s`échapper de la cime des épinettes vis-à-vis ma maison. Pour s`inquiéter à faire les cent pas, il avait décidé de s`y rendre pour se rassurer. «Vous rassurez de quoi?», lui demandais-je sur un ton inquiet.
Monsieur Lamoureux demeurait silencieux un moment, puis, il poussa un long soupir. Je le regardais scrupuleusement en attentant une réponse. Aussitôt, je le sentis devenir mal à l`aise. Tout en se secouant nerveusement la main gauche, il me bafouilla quelques mots que j`eus de la peine à saisir. Lui qui relatait sa vie de jeune homme avec une telle aisance, je ne le reconnaissais plus! Tout d`un coup, il avala sa salive, prit un grand respire et me dit sur un ton hésitant: «une terrible malédiction plane sur votre demeure et pousse les propriétaires, depuis plus de deux siècles, à commettre des actes criminels graves!».
Immédiatement, je paralysais de terreur. Un frisson me passa sur le dos et je sentis ma peau moite transpirer une peur acide. L`écho de ses paroles saisissantes résonnait, encore et encore, entre mes deux oreilles pour m`étourdir. Jamais, je n`aurais cru me retrouver propriétaire d`une vieille maison des horreurs...
Le vieil homme me regardait, un instant, avec les yeux fixes et noyés de tristesse d`un poisson mourant sur une banquise, et reprit tranquillement son chemin. Je restais là, hébété, comme je l`avais été lorsque je le reçus plus tôt durant la journée.
Le Chat botté,
Sans m`en rendre compte, le temps filait comme l`eau qui coule dans une rivière. Quand, soudainement, monsieur Lamoureux s`arrêta de parler et tomba distrait pour fuir un instant mon regard. Il contemplait, à travers la fenêtre de la cuisine, un superbe coucher de soleil rouge-feu. Tout mon paysage de campagne se dessinait de mille feux rubis. Cependant, pour être curieux de nature et désireux plus que tout de connaître la suite de son histoire d`amour d`une époque qui m`était totalement inconnue et étrangère, je démontrais mon audace en me risquant à lui demander sur le bout des lèvres: «Monsieur Lamoureux! ...De quelle façon avez-vous rencontré votre Violette?».
Immédiatement, son visage, alors songeur, se radiait dans le flou d`agréables souvenirs. Et, sans même se retourner la tête, dans ma direction, pour toujours admirer la nature dans ce qu`elle a de plus merveilleux, il me répondit en s`exclamant: «c`est en faisant un fou de moé que j`ai connu ma Violette!». Aussitôt, je ne pus m`empêcher de rire aux éclats, encore une fois, ce qui enjoua le vieil homme.
Pour oublier un instant le paysage bucolique d`un paradis perdu, monsieur Lamoureux me mentionnait qu`il avait fait la connaissance de Violette le jour de l`Épiphanie, dans l`une de ces veillées d`antan qui se donnait dans la maison des MacMahon, pour fraterniser et festoyer.
Il me relatait que la maison des MacMahon était reconnue à travers tout le canton comme le lieu des plus accueillant et convivial. Tous s`y sentaient à l`aise, y compris les quêteux des chemins. Entre deux goûtés préparés avec soins, s`alternaient les contes, les chansons à répondre, la danse et la musique, où chacun s`émerveillait des oreilles sinon autant plus des yeux!
Devenu un vieux garçon sage, le visage fraîchement rasé, les cheveux coupés courts et la chemise et le pantalon soigneusement repassés, monsieur Lamoureux était, selon ses dires, tout bonnement disposé à s`amuser sans espérances ni attentes. Et, pendant qu`un vent du Nord soufflait si fort sur la campagne des Laurentides pour que des notes terrifiantes sifflèrent allégrement à travers les chassis de la vieille maison, devant la cuisinière regorgeant de bois ardent, madame MacMahon avait disposé sur le parquet de pruche, aux lattes de six pouces, des miettes de savon du pays afin de permettre une danse plus vigoureuse et expansive.
Cependant, ce soir-là, selon monsieur Lamoureux, la vieille dame aux cheveux teints gris bleuté, tenus en chignon serré, eut la main un peu lourde... Car, dès la première danse, il perdit le pied pour tomber sur ses fesses. Aussitôt indisposé par sa maladresse, sous des rires amusés, il tenta de se relever, mais peine perdue. Le plancher était plus lisse et dérapant que la surface d`une rivière gelée! Et, c`est alors qu`une jeune fille au sourire angélique et au teint éblouissant lui tendit miraculeusement la main. Ce fut Violette.
Pour avoir été attentif comme au sermon, j`étais totalement ému par son discours. Mais, soudainement, j`entendis des petits coups de talon sous la table comme si un Pic bois frappait son bec sur le tronc d`un pin mou. C`était mon invité qui gigotait nerveusement du pied pour démontrer son impatience et son impulsivité face à la tombée imminente de la nuit. Subitement, et, à mon grand étonnement, il brandissait ses bras en l`air pour se taper énergiquement les genoux et, il se leva. Aussitôt rendu sur le seuil de la porte et revêtu de son tricot de laine, sur un Angélus mourant au loin d`un clocher, il me saluait chaleureusement d`une poignée de main vigoureuse, énergique et rassurante.
Le voyant s`éloigner lentement au pied de ma colline avec sa longue perche à la main comme une ombre dans le crépuscule, je me posais sur-le-champ une question. J`enfilais rapidement mes bottes et mon manteau, et courus dans sa direction.
Arrivé derrière lui pour le surprendre, je lui demandais ce qui valait son attention à mon égard. Le vieil homme s`arrêta un instant, puis, en prenant soin de sonder des yeux le sol sur lequel il se trouvait, il se retourna tranquillement vers moi pour me mentionner qu`il avait vu de la fumée s`échapper de la cime des épinettes vis-à-vis ma maison. Pour s`inquiéter à faire les cent pas, il avait décidé de s`y rendre pour se rassurer. «Vous rassurez de quoi?», lui demandais-je sur un ton inquiet.
Monsieur Lamoureux demeurait silencieux un moment, puis, il poussa un long soupir. Je le regardais scrupuleusement en attentant une réponse. Aussitôt, je le sentis devenir mal à l`aise. Tout en se secouant nerveusement la main gauche, il me bafouilla quelques mots que j`eus de la peine à saisir. Lui qui relatait sa vie de jeune homme avec une telle aisance, je ne le reconnaissais plus! Tout d`un coup, il avala sa salive, prit un grand respire et me dit sur un ton hésitant: «une terrible malédiction plane sur votre demeure et pousse les propriétaires, depuis plus de deux siècles, à commettre des actes criminels graves!».
Immédiatement, je paralysais de terreur. Un frisson me passa sur le dos et je sentis ma peau moite transpirer une peur acide. L`écho de ses paroles saisissantes résonnait, encore et encore, entre mes deux oreilles pour m`étourdir. Jamais, je n`aurais cru me retrouver propriétaire d`une vieille maison des horreurs...
Le vieil homme me regardait, un instant, avec les yeux fixes et noyés de tristesse d`un poisson mourant sur une banquise, et reprit tranquillement son chemin. Je restais là, hébété, comme je l`avais été lorsque je le reçus plus tôt durant la journée.
Le Chat botté,
mardi, juillet 18, 2006
Un vieux fermier sympathique et attentionné (Partie 3)
Le vieux fermier me mentionnait que vers le milieu des années trente, au même moment où tous ressentaient encore les effets néfastes de la crise de 1929, son père arrivait, malgré tout, à tirer l`épingle de la botte de foin pour nourrir et entretenir adéquatement tous les membres de sa grande famille en cultivant plusieurs hectares d`orge, de blé et de maïs.
Chacun donnait un coup de main en étant assigné à une tâche bien précise. Pour être l`aîné de la famille, monsieur Lamoureux, Victor de son prénom, se devait d`assister le paternel dans tous les travaux sur la ferme. Grand gaillard qu`il était, à l`avenir assuré pour être l`héritier de la plus grande et généreuse terre du canton, il croyait dur comme fer d`être le meilleur soupirant pour Gisèle, la cokinette du village.
Cependant, même si Albert était lui aussi un fils aîné de fermier mais avec un avenir moins prometteur, il avait un atout dans sa poche que nul autre prétendant ne possédait, et il était de taille! Avec sa belle gueule d`ange aux yeux bleu pacifique et le verbe facile et abondant, il était, selon monsieur Lamoureux, le parfait entourloupeur au charme irrésistible...
Assis devant ce vieil homme, les deux coudes sur la table et le menton appuyé sur mes mains, j`étais désormais complètement suspendu à son histoire. Il me mentionnait que les saisons passèrent mais sans que la rivalité l`opposant à Albert ne diminue. Comme deux chats effarouchés, un simple regard de travers devenait l`étincelle qui suffisait à remettre le feu aux poudres. Leur comportement hostile en était devenu la risée de tous. Et, pour les corriger de leurs péchés, leur paternel respectif les châtiait d`une correction que les pauvres n`oubliaient pas d`aussitôt. Mais, même avec des volées de coups données par une main de fer pour ne plus être capable de s`asseoir sur une chaise de bois pendant plusieurs jours sans grimacer ni hurler de douleur, rien n`y faisait. Car, dès que Gisèle réapparaissait sous leurs yeux, grands et ronds, arborant un doux sourire aux lèvres joliment colorées coquelicot, l`oeil en coin et la paupière un peu baissée, ils ressentaient, à nouveaux, une animosité réciproque qu`ils n`arrivaient à peine à dissimuler ni à contrôler!
«Et alors! Qu`est-il arrivé, par la suite?», lui demandais-je impatiemment comme un gamin désireux de recevoir son cadeau le matin de Noël. Monsieur Lamoureux semblait rêvasser et fixa dans le vide. Puis, après avoir nonchalamment sapé le reste de crème qui flottait au fond de sa tasse comme s`il s`agissait d`un élixir de vie, il leva la tête vers moi, me regardait droit dans les yeux et me répondit: «c`est la Circonscription de 1942 qui mit un terme à nos rivalités!».
Monsieur Lamoureux me racontait qu`Albert et lui avaient été enrôlés la même journée et au même moment. C`était pendant qu`ils se chamaillaient, encore une fois, comme des vauriens dans une ruelle derrière le Magasin général sous les yeux horrifiés de Gisèle. Deux soldats Anglais les avaient aperçu et les interpellaient sous les ordres pour les embarquer, contre leur gré, dans un train qui les attendait à la gare. Ni l`un ni l`autre, comme tous ceux qui furent enrôlés cette journée-là, n`avaient jamais mis les pieds à l`extérieur de leur patelin et n`étaient encore bien loin d`avoir une idée globale de la guerre et de ses atrocités. Mais, pour être des jeunes hommes dans la force de l`âge, vigoureux et téméraires, ils étaient tous, malgré tout, désireux de découvrir de nouvelles expériences et de nouveaux horizons.
Un silence de mort s`était soudainement installé dans la pièce. Je regardais mon invité tripoter nerveusement sa petite cuillère. Tout d`un coup, il me jeta un regard inquisiteur et m`interpellait à haute voix ce qui me rappelait celle de mon père lorsqu`il découvrait mes mensonges de petit calibre: «tu dois te demander ce qu`est devenue Gisèle après notre embarquement?». Surpris qu`il ait lu mes pensées et désireux de connaître le déroulement d`une histoire à l`incidence incertaine, j`acquiesçais timidement d`un hochement de tête. Alors, sans plus tarder, il me répondit sur un ton sarcastique: «comme il ne restait plus un jeune homme en santé à mille lieux, et pendant qu`Albert et moi, nous combattions dans les fourrées des vieux pays, Gisèle avait trouvé preneur en la personne du fils du notaire du village. Réputé comme un être craintif et inquiet de tout et de rien, il était aussi aveugle qu`une chauve-souris! Mais, leur union n`eut fait long feu... Car, l`on me rapportait dans une correspondance que la pauvre mourut le jour où elle accoucha de son premier enfant!».
Monsieur Lamoureux m`informait de surcroît que, dès leur retour au pays, tout était devenu différent entre lui et Albert. La guerre leur avait infligé une grande plaie qui ne se refermera que dans la mort! Sans pour autant redevenir les amis insépables qu`ils étaient avant la venue de la fulgurante Gisèle, ils continuèrent à se fréquenter pour se remémorer leurs bons souvenirs d`enfances tout en évitant adroitement d`aborder les événements tragiques de la guerre.
(à suivre...)
Le Chat botté,
Chacun donnait un coup de main en étant assigné à une tâche bien précise. Pour être l`aîné de la famille, monsieur Lamoureux, Victor de son prénom, se devait d`assister le paternel dans tous les travaux sur la ferme. Grand gaillard qu`il était, à l`avenir assuré pour être l`héritier de la plus grande et généreuse terre du canton, il croyait dur comme fer d`être le meilleur soupirant pour Gisèle, la cokinette du village.
Cependant, même si Albert était lui aussi un fils aîné de fermier mais avec un avenir moins prometteur, il avait un atout dans sa poche que nul autre prétendant ne possédait, et il était de taille! Avec sa belle gueule d`ange aux yeux bleu pacifique et le verbe facile et abondant, il était, selon monsieur Lamoureux, le parfait entourloupeur au charme irrésistible...
Assis devant ce vieil homme, les deux coudes sur la table et le menton appuyé sur mes mains, j`étais désormais complètement suspendu à son histoire. Il me mentionnait que les saisons passèrent mais sans que la rivalité l`opposant à Albert ne diminue. Comme deux chats effarouchés, un simple regard de travers devenait l`étincelle qui suffisait à remettre le feu aux poudres. Leur comportement hostile en était devenu la risée de tous. Et, pour les corriger de leurs péchés, leur paternel respectif les châtiait d`une correction que les pauvres n`oubliaient pas d`aussitôt. Mais, même avec des volées de coups données par une main de fer pour ne plus être capable de s`asseoir sur une chaise de bois pendant plusieurs jours sans grimacer ni hurler de douleur, rien n`y faisait. Car, dès que Gisèle réapparaissait sous leurs yeux, grands et ronds, arborant un doux sourire aux lèvres joliment colorées coquelicot, l`oeil en coin et la paupière un peu baissée, ils ressentaient, à nouveaux, une animosité réciproque qu`ils n`arrivaient à peine à dissimuler ni à contrôler!
«Et alors! Qu`est-il arrivé, par la suite?», lui demandais-je impatiemment comme un gamin désireux de recevoir son cadeau le matin de Noël. Monsieur Lamoureux semblait rêvasser et fixa dans le vide. Puis, après avoir nonchalamment sapé le reste de crème qui flottait au fond de sa tasse comme s`il s`agissait d`un élixir de vie, il leva la tête vers moi, me regardait droit dans les yeux et me répondit: «c`est la Circonscription de 1942 qui mit un terme à nos rivalités!».
Monsieur Lamoureux me racontait qu`Albert et lui avaient été enrôlés la même journée et au même moment. C`était pendant qu`ils se chamaillaient, encore une fois, comme des vauriens dans une ruelle derrière le Magasin général sous les yeux horrifiés de Gisèle. Deux soldats Anglais les avaient aperçu et les interpellaient sous les ordres pour les embarquer, contre leur gré, dans un train qui les attendait à la gare. Ni l`un ni l`autre, comme tous ceux qui furent enrôlés cette journée-là, n`avaient jamais mis les pieds à l`extérieur de leur patelin et n`étaient encore bien loin d`avoir une idée globale de la guerre et de ses atrocités. Mais, pour être des jeunes hommes dans la force de l`âge, vigoureux et téméraires, ils étaient tous, malgré tout, désireux de découvrir de nouvelles expériences et de nouveaux horizons.
Un silence de mort s`était soudainement installé dans la pièce. Je regardais mon invité tripoter nerveusement sa petite cuillère. Tout d`un coup, il me jeta un regard inquisiteur et m`interpellait à haute voix ce qui me rappelait celle de mon père lorsqu`il découvrait mes mensonges de petit calibre: «tu dois te demander ce qu`est devenue Gisèle après notre embarquement?». Surpris qu`il ait lu mes pensées et désireux de connaître le déroulement d`une histoire à l`incidence incertaine, j`acquiesçais timidement d`un hochement de tête. Alors, sans plus tarder, il me répondit sur un ton sarcastique: «comme il ne restait plus un jeune homme en santé à mille lieux, et pendant qu`Albert et moi, nous combattions dans les fourrées des vieux pays, Gisèle avait trouvé preneur en la personne du fils du notaire du village. Réputé comme un être craintif et inquiet de tout et de rien, il était aussi aveugle qu`une chauve-souris! Mais, leur union n`eut fait long feu... Car, l`on me rapportait dans une correspondance que la pauvre mourut le jour où elle accoucha de son premier enfant!».
Monsieur Lamoureux m`informait de surcroît que, dès leur retour au pays, tout était devenu différent entre lui et Albert. La guerre leur avait infligé une grande plaie qui ne se refermera que dans la mort! Sans pour autant redevenir les amis insépables qu`ils étaient avant la venue de la fulgurante Gisèle, ils continuèrent à se fréquenter pour se remémorer leurs bons souvenirs d`enfances tout en évitant adroitement d`aborder les événements tragiques de la guerre.
(à suivre...)
Le Chat botté,
samedi, juillet 15, 2006
Un vieux fermier sympathique et attentionné (Partie 2)
Devant mon silence idiot, le vieil homme semblait s`impatienter. Aussitôt, je tentais de bredouiller quelques mots, mais peine perdue. J`en étais incapable. Son regard froid et inquisiteur me glaçait littéralement le sang. Mes yeux terrifiés fixaient toujours les siens, quand soudain, le voyant froncer doucement un sourcil, je réussissais à hocher nerveusement la tête en signe d`affirmation.
Immédiatement, pour être sans doute convaincu que je n`étais pas l`un de ces voyoux qui squattait une vieille maison de campagne abandonnée, il se présenta: «je suis monsieur Lamoureux, votre voisin agriculteur». Soulager qu`il soit un habitant du canton et non un tueur de grands chemins, je l`invitais à partager un petit goûter accompagné d`un breuvage.
Mon invité semblait bien connaître les lieux. Car, à peine n`eut-il pris le temps de déposer sa longue perche et d`essuyer ses semelles sur le paillasson, qu`il se dirigeait directement, comme un coup de vent, vers la vieille cuisinière à bois. De biais avec moi, je pouvais ainsi le scruter d`un oeil curieux. Les yeux rivés sur l`antiquité, il glissa doucement ses doigts tordus de la main droite sur le rebord chromé du vieux meuble pour finalement pousser un long soupir.
Je me doutais bien que cet objet nostalgique avait été le prélude d`une attachante histoire d`amour. Soudainement, il me mentionna d`une voix chevrotante: «c`est icitte que j`ai rencontré Violette, ma regrettée épouse». Restant immobile un instant, il se retourna par la suite dans ma direction après avoir levé le bras au niveau de son visage pour sans doute essuyer une larme de chagrin.
Tout en reluquant la grande cuisine d`un tour de tête, il m`informait que rien n`avait vraiment changé depuis qu`il avait courtisé sa belle, à cet endroit, à l`hiver de l`an 1940.
Je savais que l`hiver d`antan était en quelque sorte la saison de repos pour les fermiers. Bien que leur vie demeurait difficile à appréhender et cela à longueur d`année, leurs journées n`étaient pas seulement occupées par les travaux. De temps à autre, étaient organisées des veillées durant lesquelles se rassemblaient parents, famille, amis et voisins pour s`adonner à des divertissements mais qui, hélas, sont disparues de nos us et coutumes pour ne hanter que la mémoire de nos aînés.
Dès que monsieur Lamoureux eut repris ses sens et ses esprits pour oublier un instant la vieille cuisinière, je lui demandais: «vous connaissiez l`ancien propriétaire de ma vieille maison?». «Certainement!», me répondit-il promptement. Aussitôt, pour le voir se redresser la tête vers l`arrière comme une jument hargneuse, mais sans bouger le restant de son corps recroquevillé, je ne pus m`empêcher d`échapper un petit rire ce qui décrocha un doux sourire sur son visage. L`ambiance, lourde et terrifiante, s`était dès lors dissipée aux quatre vents.
Pendant que je préparais un café crème, monsieur Lamoureux me racontait comment du jour au lendemain, l`ancien propriétaire de ma maison, Albert MacMahon, et lui, alors qu`ils étaient encore des amis inséparables de leur adolescence, devinrent chien et chat pour tomber épris de la même jeune créature digne d`un ange de Dieu. «De la même jeune fille!», lui dis-je gaiement. Pour voir aussitôt mon sourire se dessiner sur mon visage tel celui d`un gamin taquin, il s`empressa de rajouter: «c`est ça, mon garçon!».
Intrigué par cette histoire d`amour, je ne pouvais me retenir pour lui demander de me décrire cette "beauté" qui devait, bien malgré elle, mettre le feu aux poudres dans le coeur de nombreux prétendants. Sans hésiter, il me la dépeignait, tout bonnement, comme si elle était toujours gravée dans sa mémoire.
Gisèle de son nom, était la bonniche de la famille du Marchand général du village. Malgré ses vêtements simples et modestes, elle se distinguait de par ses cheveux châtain chatoyant et aux deux tresses tombantes le long de son visage à la peau et au teint impeccable. Ses yeux profonds de couleur noisette et son regard aguicheur, à peine masqué d`un brin de malice, ne manquèrent jamais de rendre chacun, et particulièrement la gente masculine, complètement folle! Aux dires de monsieur Lamoureux, de par sa démarche langoureuse telle une tigresse en chaleur, elle avait le don d`en exciter plus d`un, au grand dam des autres filles...
Attentionné comme pas un, je l`écoutais me raconter ses aventures d`un passé captivant. «Je comprends, maintenant, comment, vous et votre ami, vous en étiez venu à vous tirailler...», lui dis-je. «Se tirailler! Dis-tu mon jeune? Nous en étions venu aux coups de poings et de pieds!», me répondit-il fermement la gorge nouée de vieux souvenirs.
Après avoir sapé quelques gorgées de son café crème et dévoré un gros muffin au chocolat que je lui avais servi, monsieur Lamoureux se mettait à son aise sur une vieille chaise de bois et pousuivait tranquillement la narration de sa grande et tumultueuse amitié qui l`unissait à son ami Albert MacMahon.
(à suivre...)
Le Chat botté,
Immédiatement, pour être sans doute convaincu que je n`étais pas l`un de ces voyoux qui squattait une vieille maison de campagne abandonnée, il se présenta: «je suis monsieur Lamoureux, votre voisin agriculteur». Soulager qu`il soit un habitant du canton et non un tueur de grands chemins, je l`invitais à partager un petit goûter accompagné d`un breuvage.
Mon invité semblait bien connaître les lieux. Car, à peine n`eut-il pris le temps de déposer sa longue perche et d`essuyer ses semelles sur le paillasson, qu`il se dirigeait directement, comme un coup de vent, vers la vieille cuisinière à bois. De biais avec moi, je pouvais ainsi le scruter d`un oeil curieux. Les yeux rivés sur l`antiquité, il glissa doucement ses doigts tordus de la main droite sur le rebord chromé du vieux meuble pour finalement pousser un long soupir.
Je me doutais bien que cet objet nostalgique avait été le prélude d`une attachante histoire d`amour. Soudainement, il me mentionna d`une voix chevrotante: «c`est icitte que j`ai rencontré Violette, ma regrettée épouse». Restant immobile un instant, il se retourna par la suite dans ma direction après avoir levé le bras au niveau de son visage pour sans doute essuyer une larme de chagrin.
Tout en reluquant la grande cuisine d`un tour de tête, il m`informait que rien n`avait vraiment changé depuis qu`il avait courtisé sa belle, à cet endroit, à l`hiver de l`an 1940.
Je savais que l`hiver d`antan était en quelque sorte la saison de repos pour les fermiers. Bien que leur vie demeurait difficile à appréhender et cela à longueur d`année, leurs journées n`étaient pas seulement occupées par les travaux. De temps à autre, étaient organisées des veillées durant lesquelles se rassemblaient parents, famille, amis et voisins pour s`adonner à des divertissements mais qui, hélas, sont disparues de nos us et coutumes pour ne hanter que la mémoire de nos aînés.
Dès que monsieur Lamoureux eut repris ses sens et ses esprits pour oublier un instant la vieille cuisinière, je lui demandais: «vous connaissiez l`ancien propriétaire de ma vieille maison?». «Certainement!», me répondit-il promptement. Aussitôt, pour le voir se redresser la tête vers l`arrière comme une jument hargneuse, mais sans bouger le restant de son corps recroquevillé, je ne pus m`empêcher d`échapper un petit rire ce qui décrocha un doux sourire sur son visage. L`ambiance, lourde et terrifiante, s`était dès lors dissipée aux quatre vents.
Pendant que je préparais un café crème, monsieur Lamoureux me racontait comment du jour au lendemain, l`ancien propriétaire de ma maison, Albert MacMahon, et lui, alors qu`ils étaient encore des amis inséparables de leur adolescence, devinrent chien et chat pour tomber épris de la même jeune créature digne d`un ange de Dieu. «De la même jeune fille!», lui dis-je gaiement. Pour voir aussitôt mon sourire se dessiner sur mon visage tel celui d`un gamin taquin, il s`empressa de rajouter: «c`est ça, mon garçon!».
Intrigué par cette histoire d`amour, je ne pouvais me retenir pour lui demander de me décrire cette "beauté" qui devait, bien malgré elle, mettre le feu aux poudres dans le coeur de nombreux prétendants. Sans hésiter, il me la dépeignait, tout bonnement, comme si elle était toujours gravée dans sa mémoire.
Gisèle de son nom, était la bonniche de la famille du Marchand général du village. Malgré ses vêtements simples et modestes, elle se distinguait de par ses cheveux châtain chatoyant et aux deux tresses tombantes le long de son visage à la peau et au teint impeccable. Ses yeux profonds de couleur noisette et son regard aguicheur, à peine masqué d`un brin de malice, ne manquèrent jamais de rendre chacun, et particulièrement la gente masculine, complètement folle! Aux dires de monsieur Lamoureux, de par sa démarche langoureuse telle une tigresse en chaleur, elle avait le don d`en exciter plus d`un, au grand dam des autres filles...
Attentionné comme pas un, je l`écoutais me raconter ses aventures d`un passé captivant. «Je comprends, maintenant, comment, vous et votre ami, vous en étiez venu à vous tirailler...», lui dis-je. «Se tirailler! Dis-tu mon jeune? Nous en étions venu aux coups de poings et de pieds!», me répondit-il fermement la gorge nouée de vieux souvenirs.
Après avoir sapé quelques gorgées de son café crème et dévoré un gros muffin au chocolat que je lui avais servi, monsieur Lamoureux se mettait à son aise sur une vieille chaise de bois et pousuivait tranquillement la narration de sa grande et tumultueuse amitié qui l`unissait à son ami Albert MacMahon.
(à suivre...)
Le Chat botté,
vendredi, juillet 07, 2006
Un vieux fermier sympathique et attentionné
Je me rappelle encore le jour de mon envol du nid familial de la rue Orléans située dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. C`était par un bel après-midi ensoleillé de printemps. La gorge nouée d`émotions et les yeux larmoyants, je saluais chaleureusement mes parents pour me diriger vers ma première maison se trouvant en plein coeur des Laurentides.
Après avoir vécu une première rupture en quittant le corps de ma mère pour venir au monde, vint mon sevrage, puis ensuite, mon départ vers un nouvel horizon. Pour avoir appris à supporter toutes les séparations de la vie par une éducation parentale adéquate, j`avais acquis, pas à pas, la confiance nécessaire me permettant d`affronter, seul, le monde nouveau sans l`aide sécurisante de ma mère et de mon père.
Me sentant fort et rassuré comme je ne l`avais jamais été, je jetais un dernier coup d`oeil sur l`arbre surplombant la petite cour de la ruelle qui fut le berceau de mon amour inconditionnel pour la nature. Sous une pluie de rayons de soleil éblouissant où il ne restait plus que de la glace au pied des arbres, je roulais tranquillement sur des routes de campagne. Devant moi, défilaient sous mes yeux, grands et ronds, plusieurs champs de culture encore endormis qui ne demandaient qu`à se réveiller. Du même coup, pour admirer cette belle nature, à perte de vue, j`espérais chasser à jamais de ma mémoire la promiscuité dans l`indifférence de la vie urbaine, le smog et la pollution par le bruit, pour enfin, savourer pleinement une vie apaisante dans un décor bucolique.
Dès mon arrivée, j`avais remarqué, sur la cheminée de pierres du salon, une paire de raquettes de bois, tressée en babiche, qui y trônait majestueusement. Alors, comme un Seigneur d`antan, je décidais de parcourir mon petit royaume. Dès lors revêtu d`un bonnet et d`un chandail de laine du pays que ma mère m`avait tricoté de ses doigts de fée, je décrochais soigneusement les raquettes et les enfilais pour me déplacer dans le sous-bois dense et encore enneigé. Aussitôt, l`enfant en moi se réveilla et tous mes sens étaient en éveil. Marchand entre des grands pins blancs dont la cime se perdait au-delà de la portée de mon regard, je m`étonnais de la légèreté de mes pas sur une neige scintillante, lourde et mouillée. M`arrêtant pour souffler un instant, et pour dégourdir mes jambes qui me surportaient déjà plus, sous un ciel qui annonçait définitivement le renouveau, je m`émerveillais devant un petit étang naturel qui s`alimentait par un ruisseau regorgé d`eau de la fonte des neiges. Le gazouillis de cette eau, pure et limpide, qui ruisselait sur quelques grosses roches d`un grisâtre un peu rose aux surfaces arrondies, m`apaisait immédiatement. Tout en respirant à pleins poumons l`air frais et vivifiant de ce paradis, pour être loin de l`agitation démesurée de la ville, j`avais l`impression de vivre un moment unique comme si je pouvais dormir en paix sans aller me coucher!
De retour chez moi, ragaillardi d`un surplus d`émotions et de belles images pour en être étourdi d`un bonheur incommensurable, je me reposais, bien affalé dans un vieux fauteuil en cuir capitonné devant un feu de bois. Les pieds dans l`âtre du foyer, le regard perdu dans les flammes goulues, caressantes et hypnotiques, je songeais à l`homme heureux que j`étais avant de sombrer doucement dans un sommeil profond sur une agréable musique d`un crépitement de bois se consumant.
Soudainement, quelqu`un cognait à la porte avec la fermeté et la constance d`un sabot d`âne. Tantôt endormi comme un loir, je fus aussitôt réveillé en sursaut. En ouvrant la porte de bois massif, épaisse de trois pouces, j`aperçus un vieil homme à l`allure étrange. Acoutré d`une veste de laine aux motifs de tête de caribou et capé d`une casquette à rabats en poils de lapin, il tenait de sa main droite une longue perche tordue sur laquelle il se soutenait fermement. Ses jambes arquées et son dos courbé, son nez crochu, ses yeux perçants et ses traits du visage affaissés par le temps me donnaient des frissons tout le long de l`échine... Même mon chien "Cliffette", ce grand Labrador de ton miel, à la tête carrée et au corps trapu, en était épeuré pour avoir la queue entre ses pattes!
«Pardonnez-moi, Monsieur! ...Êtes-vous le nouveau propriétaire?», me demanda-t-il d`un ton sec.
Pour le voir tenir son bâton comme Moïse sur le Mont Sinaï et pour être saisi par sa voix de silex, je restais muet comme une carpe.
(à suivre...)
Le Chat botté,
Après avoir vécu une première rupture en quittant le corps de ma mère pour venir au monde, vint mon sevrage, puis ensuite, mon départ vers un nouvel horizon. Pour avoir appris à supporter toutes les séparations de la vie par une éducation parentale adéquate, j`avais acquis, pas à pas, la confiance nécessaire me permettant d`affronter, seul, le monde nouveau sans l`aide sécurisante de ma mère et de mon père.
Me sentant fort et rassuré comme je ne l`avais jamais été, je jetais un dernier coup d`oeil sur l`arbre surplombant la petite cour de la ruelle qui fut le berceau de mon amour inconditionnel pour la nature. Sous une pluie de rayons de soleil éblouissant où il ne restait plus que de la glace au pied des arbres, je roulais tranquillement sur des routes de campagne. Devant moi, défilaient sous mes yeux, grands et ronds, plusieurs champs de culture encore endormis qui ne demandaient qu`à se réveiller. Du même coup, pour admirer cette belle nature, à perte de vue, j`espérais chasser à jamais de ma mémoire la promiscuité dans l`indifférence de la vie urbaine, le smog et la pollution par le bruit, pour enfin, savourer pleinement une vie apaisante dans un décor bucolique.
Dès mon arrivée, j`avais remarqué, sur la cheminée de pierres du salon, une paire de raquettes de bois, tressée en babiche, qui y trônait majestueusement. Alors, comme un Seigneur d`antan, je décidais de parcourir mon petit royaume. Dès lors revêtu d`un bonnet et d`un chandail de laine du pays que ma mère m`avait tricoté de ses doigts de fée, je décrochais soigneusement les raquettes et les enfilais pour me déplacer dans le sous-bois dense et encore enneigé. Aussitôt, l`enfant en moi se réveilla et tous mes sens étaient en éveil. Marchand entre des grands pins blancs dont la cime se perdait au-delà de la portée de mon regard, je m`étonnais de la légèreté de mes pas sur une neige scintillante, lourde et mouillée. M`arrêtant pour souffler un instant, et pour dégourdir mes jambes qui me surportaient déjà plus, sous un ciel qui annonçait définitivement le renouveau, je m`émerveillais devant un petit étang naturel qui s`alimentait par un ruisseau regorgé d`eau de la fonte des neiges. Le gazouillis de cette eau, pure et limpide, qui ruisselait sur quelques grosses roches d`un grisâtre un peu rose aux surfaces arrondies, m`apaisait immédiatement. Tout en respirant à pleins poumons l`air frais et vivifiant de ce paradis, pour être loin de l`agitation démesurée de la ville, j`avais l`impression de vivre un moment unique comme si je pouvais dormir en paix sans aller me coucher!
De retour chez moi, ragaillardi d`un surplus d`émotions et de belles images pour en être étourdi d`un bonheur incommensurable, je me reposais, bien affalé dans un vieux fauteuil en cuir capitonné devant un feu de bois. Les pieds dans l`âtre du foyer, le regard perdu dans les flammes goulues, caressantes et hypnotiques, je songeais à l`homme heureux que j`étais avant de sombrer doucement dans un sommeil profond sur une agréable musique d`un crépitement de bois se consumant.
Soudainement, quelqu`un cognait à la porte avec la fermeté et la constance d`un sabot d`âne. Tantôt endormi comme un loir, je fus aussitôt réveillé en sursaut. En ouvrant la porte de bois massif, épaisse de trois pouces, j`aperçus un vieil homme à l`allure étrange. Acoutré d`une veste de laine aux motifs de tête de caribou et capé d`une casquette à rabats en poils de lapin, il tenait de sa main droite une longue perche tordue sur laquelle il se soutenait fermement. Ses jambes arquées et son dos courbé, son nez crochu, ses yeux perçants et ses traits du visage affaissés par le temps me donnaient des frissons tout le long de l`échine... Même mon chien "Cliffette", ce grand Labrador de ton miel, à la tête carrée et au corps trapu, en était épeuré pour avoir la queue entre ses pattes!
«Pardonnez-moi, Monsieur! ...Êtes-vous le nouveau propriétaire?», me demanda-t-il d`un ton sec.
Pour le voir tenir son bâton comme Moïse sur le Mont Sinaï et pour être saisi par sa voix de silex, je restais muet comme une carpe.
(à suivre...)
Le Chat botté,
mardi, juillet 04, 2006
L`homme est-il un loup pour l`homme? (Partie 3)
Au même moment où nous commencions tous à nous sentir engourdi pour avoir le ventre gros comme celui d`une baleine, Tiguidou nous interpella: «je vous invite tous, pour qui le désire, à venir danser un rigodon sur une musique entraînante!». Immédiatement, Lucas bondissait de sa chaise comme si le feu était aux poudres. D`un pas certain, il se dirigeait vers la jolie Mélanie.
Tout frétillant comme un poisson dans l`eau, il lui demandait cordialement la main pour l`inviter sur cette danse. Face à sa partenaire, aux petits escarpins en satin, il était fin prêt à sautiller d`un pied sur l`autre tout en claquant des doigts et en poussant des cris de joie.
Entretemps, j`avais salué Lancelot et Rocky qui se devaient de nous quitter pour prendre quelques heures de sommeil avant de commencer, tôt le lendemain, une nouvelle journée de labeurs aux champs.
Maintenant en compagnie de Miss Daisy, nous observions joyeusement les jeunes amoureux virevolter comme des girouettes. Cependant, du coin de l`oeil, je remarquais, à mon grand désarroi, que les frères jumeaux semblaient être désemparés. Assis côte à côte, dans un coin sombre de la salle, ils fulminaient de rage. Gigotant nerveusement tous les deux comme des hannetons suspendus à une branche, leurs yeux furibonds jetaient des myriades d`éclairs en direction du jeune soupirant. Je pensais alors que la marmite était sur le point de faire sauter le couvercle!
Lucas et Mélanie dansaient toujours comme s`ils étaient seuls au monde. Et, à l`heure où, chacun de nous avait l`air d`un gai luron ayant abusé des bonnes choses de la vie, quelque peu chambranlant sur le seuil de la porte de la Cabane à sucre, je remerciais Tiguidou d`avoir vécu une merveilleuse veillée, d`un bon vieux temps. Mais, à l`instant où je serrais vigoureusement la main du vieux patriote, l`éclat bruyant d`une volée de chaises me saisissait pour en avoir les cheveux dressés sur la tête. C`était les deux frères jumeaux qui s`en prenaient violemment à Lucas.
Malgré les cris aigus de détresse de Miss Daisy et de sa cousine Mélanie, les deux chiens enragés étaient déterminés plus que tout à réparer leur honneur bafoué. La tension était palpable. Devant le jeune étalon, amoché par l`alcool et vulnérable comme un poulin naissant, ils lui proféraient des menaces entrecoupées de quelques jurons bien salés.
Pendant que l`un, les lèvres retroussées, crachait de la bave comme un saint-bernard en rut, l`autre montrait fièrement ses poings fermés. Il n`aura suffi que d`une étincelle pour que tout l`agressivité refoulée durant la soirée soit transformée en une gigantesque éruption solaire! Alors, avant d`être témoin d`un monstrueux carnage, comme un arbitre, je tentais de m`interposer, entre eux, pour étaler mes bras de part et d`autre comme le symbole de la crucifixion.
Le temps me semblait s`être arrêté comme au jugement dernier. Seule la respiration, bruyante et saccadée, des loups jumeaux me rappelait que je me retrouvais, malheureusement, au coeur d`une situation saugrenue, voire presque irrationnelle. Je me demandais alors, comment se pouvait-il que des hommes, vivant dans une société civilisée, en soient rendus à se comporter comme des frustres... Étaient-ils des malfrats de nature ou devenus par des circonstances sociales? Mais, je n`eus longtemps à faire le philosophe sur la question. Car, pendant que je me surprenais du visage innocent de mon ami aux yeux de chien battu, je reçus une violente bourrade pour aussitôt me retrouver allongé, le dos sur le sol. La cloche d`un début de combat n`avait même pas résonné que je fus déjà chaos sur le ring!
Quelque peu étourdi pour voir de petits oiseaux voler et gazouiller tout autour de ma tête, je tentais de reprendre ma respiration avant de réaliser quoi que ce soit. Cependant, ce fut peine perdue! Car, une odeur pestilentielle d`oeufs pourris me suffoquait... Dans leur colère, insouciamment, les deux malappris s`étaient libérés de quelques souffrances sous mon nez!
Toujours allongé comme un mort sur le vieux parquet de bois, je reprenais, malgré tout, mes esprits. Et, tout en jetant un coup d`oeil rapide sur mon environnement, j`aperçus au-dessus de moi, des visages penchés, longs, blancs et inquiétants. Ils étaient tous, y compris les frères jumeaux, hébétés comme un homme au carcan! Je me rassurais alors en me disant que j`avais tout de même accompli ma première intension: celle d`empêcher mon grand gaillard de s`attirer inutilement quelques ennuis, de taille...
Le Chat botté,
Tout frétillant comme un poisson dans l`eau, il lui demandait cordialement la main pour l`inviter sur cette danse. Face à sa partenaire, aux petits escarpins en satin, il était fin prêt à sautiller d`un pied sur l`autre tout en claquant des doigts et en poussant des cris de joie.
Entretemps, j`avais salué Lancelot et Rocky qui se devaient de nous quitter pour prendre quelques heures de sommeil avant de commencer, tôt le lendemain, une nouvelle journée de labeurs aux champs.
Maintenant en compagnie de Miss Daisy, nous observions joyeusement les jeunes amoureux virevolter comme des girouettes. Cependant, du coin de l`oeil, je remarquais, à mon grand désarroi, que les frères jumeaux semblaient être désemparés. Assis côte à côte, dans un coin sombre de la salle, ils fulminaient de rage. Gigotant nerveusement tous les deux comme des hannetons suspendus à une branche, leurs yeux furibonds jetaient des myriades d`éclairs en direction du jeune soupirant. Je pensais alors que la marmite était sur le point de faire sauter le couvercle!
Lucas et Mélanie dansaient toujours comme s`ils étaient seuls au monde. Et, à l`heure où, chacun de nous avait l`air d`un gai luron ayant abusé des bonnes choses de la vie, quelque peu chambranlant sur le seuil de la porte de la Cabane à sucre, je remerciais Tiguidou d`avoir vécu une merveilleuse veillée, d`un bon vieux temps. Mais, à l`instant où je serrais vigoureusement la main du vieux patriote, l`éclat bruyant d`une volée de chaises me saisissait pour en avoir les cheveux dressés sur la tête. C`était les deux frères jumeaux qui s`en prenaient violemment à Lucas.
Malgré les cris aigus de détresse de Miss Daisy et de sa cousine Mélanie, les deux chiens enragés étaient déterminés plus que tout à réparer leur honneur bafoué. La tension était palpable. Devant le jeune étalon, amoché par l`alcool et vulnérable comme un poulin naissant, ils lui proféraient des menaces entrecoupées de quelques jurons bien salés.
Pendant que l`un, les lèvres retroussées, crachait de la bave comme un saint-bernard en rut, l`autre montrait fièrement ses poings fermés. Il n`aura suffi que d`une étincelle pour que tout l`agressivité refoulée durant la soirée soit transformée en une gigantesque éruption solaire! Alors, avant d`être témoin d`un monstrueux carnage, comme un arbitre, je tentais de m`interposer, entre eux, pour étaler mes bras de part et d`autre comme le symbole de la crucifixion.
Le temps me semblait s`être arrêté comme au jugement dernier. Seule la respiration, bruyante et saccadée, des loups jumeaux me rappelait que je me retrouvais, malheureusement, au coeur d`une situation saugrenue, voire presque irrationnelle. Je me demandais alors, comment se pouvait-il que des hommes, vivant dans une société civilisée, en soient rendus à se comporter comme des frustres... Étaient-ils des malfrats de nature ou devenus par des circonstances sociales? Mais, je n`eus longtemps à faire le philosophe sur la question. Car, pendant que je me surprenais du visage innocent de mon ami aux yeux de chien battu, je reçus une violente bourrade pour aussitôt me retrouver allongé, le dos sur le sol. La cloche d`un début de combat n`avait même pas résonné que je fus déjà chaos sur le ring!
Quelque peu étourdi pour voir de petits oiseaux voler et gazouiller tout autour de ma tête, je tentais de reprendre ma respiration avant de réaliser quoi que ce soit. Cependant, ce fut peine perdue! Car, une odeur pestilentielle d`oeufs pourris me suffoquait... Dans leur colère, insouciamment, les deux malappris s`étaient libérés de quelques souffrances sous mon nez!
Toujours allongé comme un mort sur le vieux parquet de bois, je reprenais, malgré tout, mes esprits. Et, tout en jetant un coup d`oeil rapide sur mon environnement, j`aperçus au-dessus de moi, des visages penchés, longs, blancs et inquiétants. Ils étaient tous, y compris les frères jumeaux, hébétés comme un homme au carcan! Je me rassurais alors en me disant que j`avais tout de même accompli ma première intension: celle d`empêcher mon grand gaillard de s`attirer inutilement quelques ennuis, de taille...
Le Chat botté,
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