samedi, septembre 30, 2006

Rocky, mon héros!

Rocky est un jeune fermier de ma région des Laurentides et il a approximativement mon âge. Lui, et son épouse, Miss Daisy, forment un couple des plus charmants. Ensemble, ils cultivent une cinquantaine d`hectares de céréales à paille et de fourrages, et font l`élevage d`une vingtaine de vaches à lait. Il est l`un des petits fils de mon voisin monsieur Lamoureux, donc le cousin de ma douce Jacinthe.

J`ai fait sa connaissance le jour, où, j`ai subi ma première crevaison de pneu sur une route cahoteuse de ma campagne. Désemparé comme un gamin délaissé par sa mère, je tournais en rond devant ma fourgonnette quand j`aperçus dans un champ de blé, un homme qui me regardait étrangement. Trapu et costaud comme un gorille, il avait le regard serein qui semblait me dire: «Voilà un autre idiot qui est dans le trouble!». J`hésitais donc à l`interpeller de peur d`être ridiculisé. Car, un tantinet orgueilleux, il m`était humiliant de lui demander secours pour quelque chose dont tout homme, moindrement débrouillard, devait connaître...

Je le dis candidement, j`ai toujours été un abruti en mécanique automobile. Quand, je fais entretenir ou réparer mon véhicule, je feins toujours de comprendre le vocabulaire particulier des "gars de chars" ce qui provoque souvent des malentendus parfois marrants... Or, à plus de cinq kilomètres de ma maison et un téléphone cellulaire avec une batterie à plat dans ma main, je devais absolument vaincre ma cupidité masculine. Alors, je décidais donc de m`adresser à lui quand, pour me surprendre, il bondissait derrière moi comme un fauve. «Vous avez un pneu de crevé, Monsieur!», s`exclamait-il sur un ton sec et enlevé. Pour le voir, le regard attentionné, empreint de chaleur humaine, il me donnait la nette impression d`être un bon Samaritain. Mais, avant même que je n`eusse le temps de bouger la tête ou de souffler un seul mot pour confirmer ses dires, il me rajouta: «ne faites rien, je vais revenir...». Aussitôt dit aussitôt fait. Il réapparaissait au volant d`un vieux Pick-up, chargé d`outils agricoles.

Jamais de ma vie, je n`avais vu quelqu`un se démener comme lui... En deux temps, trois mouvements, il avait soulevé mon véhicule d`un cric et manié avec agilité une clef à roue en croix pour remplacer mon pneu crevé. Pour le remercier de sa bonne action, le soir même, je l`invitais à venir souper à la Cabane à sucre de Tiguidou. C`était au printemps dernier et, depuis, je ne l`avais pas revu jusqu`à ce matin. Me rendant vers la Coopérative agricole pour acheter quelques bricoles, je l`aperçus devant l`étable de sa petite ferme. Prévenant comme pas un, à la veille des rigueurs de l`hiver, il s`affairait déjà à couper des billots secs d`érable pour en faire des bûchettes de foyer. Mais, à l`instant même où je m`apprêtais à lui rendre une petite visite de courtoisie, venant de son champ de pacage, un veau de printemps me barra le passage pour s`élancer tout droit vers le chemin public.

(à suivre...)

Le Chat botté,

jeudi, septembre 28, 2006

Ma dernière tentation de l`été (Partie 3)

Pendant que je pataugeais comme un caneton, Jacinthe grimpait sur une roche arrondie tout près de la chute d`eau. Sous de chauds et colorés rayons de soleil, elle s`extasiait devant la beauté des paysages. Sa féminité était à fleur de peau! Dans une pose décontractée digne de la statuaire antique, elle me dévoilait candidement toutes les jolies courbes de son corps sous un amour d`ensemble, bustier à bretelles et tanga, en voile blanc aux motifs de petites fleurs roses. Ses cheveux dorés et sa peau satinée d`une orchidée, s`étincelaient comme des tissus précieux.

Ébahi comme un gamin devant une vitrine de glaces, je contemplais avec concupiscence les gouttes scintillantes qui perlaient doucement sur son corps. Pour ressentir soudainement une montée de plaisir qui me fut peu coutumière, je désirais plus que tout me blotir délicatement contre elle. Je me laissais donc volontairement envoûter par cette fille de bonne famille.

Immédiatement, je sortis de l`eau pour la rejoindre. Étreint contre son dos, chaud et soyeux, je sentis brusquement son corps se crisper. De mes doigts agiles, je chatouillais son petit bedon, à peine visible, tout en humant les doux parfums qui se libéraient de chaque pore de sa peau. Aussitôt, sa tête retombait en arrière pour s`accoter sur mon épaule. Sa respiration était palpable et il m`était facile de voir à quel point son désir était ardent...

Sans plus tarder, je me laissais emporter par la tentation de la chair. Je goûtais son cou de ma bouche et de ma langue. Comme une abeille posée sur une fleur, je la dégustais avec les papilles en me délectant des saveurs qu`elle m`offrait. Pour ne plus se contrôler face à la bête en rut que j`étais, elle se retournait promptement vers moi. Elle me regardait, un instant, avec des yeux pleins de gentillesse et me donnait ensuite un doux baiser.

Mais, dès que nos lèvres se faisaient front nerveusement et passionnément pour que nos langues se mélangeassent, nous entendîmes, tout près, un tapage infernal venant du lac. Trois canards à colvert s`envolaient à toute hâte pour généreusement nous éclabousser! Je me demandais ce qui put les effrayer, quand nous aperçûmes une boule noire aux poils lustrés sortir d`entre les roseaux et les quenouilles bordant la rive.

Dès cet instant, je figeais de peur devant ce jeune ours noir. Tous mes muscles étaient engourdis, comme anesthésiés par le froid. Les foutus maringouins pouvaient donc facilement tournailler autour de mon cadavre pour pomper allégrement tout mon sang!

Dans ma tourmente, j`avais oublié Jacinthe qui se faisait, pour une rare fois, silencieuse, jusqu`au moment où je la sentis dans mon dos pour se cramponner fermement à ma taille. Toujours immobile comme une pierre tombale, j`évitais de regarder la bête robuste dans les yeux de peur qu`elle nous attaque et dévore d`un plaisir sanguinaire... Cependant, pour l`entrevoir du coin de l`oeil, elle me semblait aussi inoffensive qu`une peluche au museau ciré en forme de cône!

Comme un chat épeuré, je restais néanmoins sur mes gardes... Puis, après un instant qui me parut éternel et intolérable, la petite boule de terreur cessa de nous renifler tout en grognant pour poursuivre tranquillement son chemin. Elle devait, sans doute, nous avoir confondus avec des épouvantails de champs aux odeurs inconnues... Alors, depuis longtemps dégrisé de nos ardeurs, Jacinthe et moi, nous reprenions désespérément notre souffle et nos esprits pour ensuite, quitter sur-le-champ ce petit coin de paradis. À cet instant, en silence, je m`étais juré de revenir avec ma pichounette une prochaine fois...

Le Chat botté,


mardi, septembre 26, 2006

Ma dernière tentation de l`été (Partie 2)

Je suivais Jacinthe pas à pas comme un innocent. Les yeux grands et ronds, j`admirais ce décor bucolique tout en aspirant, la bouche grande ouverte, l`air parfumé aux odeurs d`humus et de gomme de sapin. Étrangement, je crus revivre une chasse au trésor qui me rappelait quelques doux souvenirs de mon enfance. Sauf que, cette fois-là, je me retrouvais dans un lieu étranger. Tous les obstacles qui se présentaient à moi m`étaient totalement inconnus. Un sentier sombre et cahoteux encombré de grosses roches, des trous et des souches dissimulés par une végétation dense, et des cris et grognements d`animaux à faire dresser les cheveux, me rendaient la tâche ardue. Mais, aventurier et un tantinet curieux de nature, je n`abandonnais pas si facilement, même si, parfois, je désespérais comme un condamné à mort devant un buisson ardent que je savais devoir franchir...

Jacinthe m`informait que ce sentier dans lequel nous serpentions depuis un bon moment était reconnu comme un ancien tronçon de route qu`empruntèrent les trappeurs de fourrures. Seul, à me promener dans cette forêt luxuriante et où la lumière du jour ne pénétrait que timidement à travers les feuillus, voilà belle lurette que je me serais perdu!

Après avoir marcher assez longtemps pour m`être lacéré la peau et tordu une cheville, j`entendis au loin un grondement. La richesse, d`un plaisir inassouvissable, se trouvait à la porter de la main... Encore deux ou trois pas et nous débouchions devant une vertigineuse chute d`eau.

Comme un imbécile, je restais bouche bée sous le regard amusé de Jacinthe. Jamais, je n`avais eu la chance de m`émerveiller devant un tel spectacle! Ce petit coin perdu, à l`allure d`une oasis, et dont la vue était à couper le souffle, était surplombé par des massifs rocheux à la végétation mature. Dans l`eau limpide comme du cristal, je pouvais y apercevoir des poissons, aux écailles multicolores et chatoyantes, zigzaguer sous une multitude de petits éclats de lumière scintillants et dansants.

La chaleur se faisait encore lourde en cette avant-midi d`un mois de septembre. Perché sur un rocher grenu de couleur rose et noir, je me dévêtais pour ne garder que mon caleçon. Attiré par le charme de ce lieu paisible, je m`élançais gracieusement dans le vide, les bras piqués devant pour aussitôt me retrouver en communion avec les bas fonds émeraudes du grand lac. Comme une anguille, je nageais au-dessus d`un lit sablonneux et légèrement caillouteux. Jacinthe ne tardait pas à me rejoindre pour, elle aussi, se rafraîchir dans une eau douce et vivifiante. Ensemble, nous étions comme des enfants au paradis!

(à suivre...)

Le Chat botté,

dimanche, septembre 24, 2006

Ma dernière tentation de l`été

L`été fut catastrophique et la saison des récoltes approchait à grand pas. Nombreux furent les agriculteurs de ma région qui redoutaient ce moment. Car, durant les mois passés, le soleil se faisait taquin et capricieux pour daigner se montrer le bout du nez. Le sol n`avait même pas eu le temps de s`assécher pour qu`il soit de nouveau regorgé d`eau...

Toujours sous un ciel gris et pluvieux, nous subissions la colère de Zeus, le Roi des dieux et le dieu du Ciel et des Orages. Cependant, dans les champs, les grenouilles coassaient de bonheur. D`un bond à l`autre, sans crainte, elles piquaient la tête première dans des marres d`eau toujours profondes! De même pour les limaces et les escargots, ils étaient tous rassemblés en orgie sur des tiges, dévorant tout sur leur passage. Fort heureusement pour les cultivateurs, les grands hérons, les marmottes et les renards s`en donnaient, eux aussi, à coeur joie pour se rassasier de toutes ces bestioles juteuses et croustillantes. Chacun trouvait donc son compte, sauf ceux qui entrevoyaient une récolte généreuse...

Un bon matin, quand le soleil avait décidé de s`installer pour de bon dans un ciel bleu lumineux, je pris ma bicyclette et parcourais les routes étroites et sinueuses de ma campagne. La journée s`annonçait donc, pour une rare fois, splendide sous des rayons chauds et carressants.

Arrivé devant un champ de blé doré vacillant doucement au gré des vents, j`aperçus Lancelot, mon pote agronome, qui s`occupait à régler sa moissonneuse-batteuse de manière à éliminer les grains moisis pour ne garder que les grains sains. Ne voulant l`importuner dans son travail et surtout lui éviter de subir un crève-coeur pour ne pas m`accompagner dans ma randonnée, je poursuivais tranquillement mon chemin sans l`interpeller ni le saluer de la main.

Après avoir pédalé quelques minutes sur une brise légèrement parfumée à l`odeur de la rosée du matin, je reconnus au loin Jacinthe qui, corbeille à la main, cueillait des fleurs sauvages sur le bord des chemins. Elle était vêtue d`une jolie robe en popeline de coton et coiffée d`un grand chapeau de paille. Parmi des asters de couleur bleu de mer et des verges d`or du Canada, je croyais admirer une toile peinte de la main d`un artiste.

Jacinthe connaissait bien les lieux comme le fond de sa poche. Petite fille d`un fermier, elle avait grandi parmi les champs de cultures, les animaux de pacage et de basse-cour, et le fumier... Et, pour savoir que j`étais un garçon de la ville et nouvellement installé dans le secteur, elle m`invitait chaleureusement à l`accompagner à pied sur un petit sentier de terre parmi de hautes herbes folles que seule une personne avertie pouvait distinguer. Sans être pour autant un idiot, je me doutais bien que j`allais découvrir l`un des mille plaisirs de vivre à la campagne...

(à suivre...)

Le Chat Botté,


samedi, septembre 23, 2006

Lancelot s`en va-t-en guerre (Partie 11)

Encore une fois, j`eus de la difficulté à reconnaître mon pote agronome. Les muscles crispés, les yeux exorbités et, haletant comme un animal traqué, Lancelot paraissait déterminé comme un soldat au combat. Le vieux fermier ne se laissait pas pour autant intimider. Après avoir grogné en raclant le parquet de bois de ses deux pieds, il s`avançait rapidement vers la porte d`entrée tout en brandissant son long bâton de Moïse, un peu comme un taureau enragé qui fonce la tête baissée.

Au même moment, Jacinthe se mit à crier à tue-tête comme une folle. J`aurais cru qu`on l`avait égorgé ou qu`on était sur le point de le faire! Instantanément, monsieur Lamoureux s`immobilisa en plein mouvement comme s`il eut reçu une décharge électrique. Aterré comme après un désastre, le visage tout pâle, il baissa son bras devant le jeune téméraire et se mit à trembloter. D`une voix geignarde, il nous baragouinait qu`il regrettait son comportement. Pour le voir l`esprit chamboulé comme un vieillard qui parle tout seul sur son banc, je me sentais aussitôt attendri, sur le point de pleurer.

À deux semelles derrière lui, j`hésitais entre dire ou faire quoi que ce soit. Quand, pour me surprendre, il se retournait brusquement vers moi pour me fixer avec des yeux tristes et larmoyants d`un gamin à qui on aurait confisqué son ourson en peluche. Je me doutais bien qu`il avait quelque chose d`important à me dire mais qu`il préférait s`abstenir. Pour le rassurer, je déposais doucement ma main sur son épaule et lui dit: «n`ayez aucune crainte! Je peux tout encaisser...». Immédiatement, le grand-père se ressaisissait et me demanda: «te rappelles-tu de la malédiction dont je t`avais parlé?». «Oh! Que si...», lui répondis-je tout en hochant nerveusement la tête. «Et bien, ...j`avais volontairement omis de te renseigner d`un point de détail pensant que tu en serais peut-être épargné...», me rajouta-t-il sur un ton hésitant.

À cet instant, je sentis mes jambes vaciller. Mes oreilles sifflaient atrocement un train d`enfer et ma tête était sur le bord d`exploser. Pour être stressé et désabusé par la tournure des événements récents, j`étais tendu comme un ressort à bout de course! La chaleur de la pièce se faisait soudainement suffocante et insupportable. Je transpirais comme un pommeau de douche et étourdi comme un caillou qui roule, j`aurais cru me retrouver coincer dans une boîte de bois maissif, satinée noir et capitonnée velours... Pour éviter de m`écrouler comme un château de cartes, je m`empressais de m`asseoir près de Jacinthe. Me rétablissant peu à peu, je fis au grand-père des gestes de la main pour l`encourager à poursuivre son histoire. D`abord hésitant, le vieil homme ne tardait pas longtemps à collaborer sous des regards inquisiteurs et nous instruisait de la légende que son père lui avait racontée lorsqu`il était tout petit.

Selon ses dires, cela se passait en l`an 1789 pendant que les Français faisaient leur Révolution. Un jeune fermier irlandais s`installait sur la colline pour y cultiver des céréales à paille. Il était robuste et brave, mais un peu présomptueux. Un jour, il fit la rencontre d`une jeune canadienne qui, comme plusieurs demoiselles de cette époque, était belle, adroite et très spirituelle. On eût dit d`elle qu`elle était un ange, tant sa beauté rayonnait... Comme par miracle, un seul de ses sourires éclatants de bonheur suffisait à chacun pour oublier ses malheur! Ils se marièrent et ensemble, ils construisirent leur maison sur le flanc de la colline. Mais, le conte de fée tourna rapidement en cauchemar! Car, pour être jaloux de sa beauté mirifique, et furieux du bien qu`elle produisait autour d`elle, il la tenait sous clé, en cage dans le grenier. Par un hiver rigoureux, sans chauffage, elle ne tardait pas à tomber malade pour mourir doucement, mais sûrement, de froid, d`ennui et de désespérance. Pour ne plus supporter sa solitude, et malheureux d`avoir perdu un grand trésor qu`il voulait que pour lui seul, le jeune fermier devint fou. Une nuit où il faisait aussi noir que le fond de la gueule d`un loup, il mit le feu à la bâtisse pour que tout le ciel de la colline soit illuminé des flammes de l`enfer. Plus jamais on le revit. Mais, depuis ce temps, à chaque éclipse lunaire, un démon hante la colline afin d`exposer ses artifices malicieux envers et contre tous les propriétaires de la vieille maison de pierres...


Le Chat botté,

mardi, septembre 19, 2006

Lancelot s`en va-t-en guerre (Partie 10)

Monsieur Lamoureux soupirait longuement, passait ensuite lentement sa main sur son cuir chevelu dégarni et me répondit: «après quelque temps, quand l`événement tragique n`était plus pour chacun qu`un malheureux souvenir, Josephat réapparaissait dans les rues du village, totalement méconnaissable.. Son visage meurtri et vieilli, ses yeux mornes et livides, et ses mouvements raides et saccadés, lui donnaient l`allure d`un automate. Si auparavant, il était la risée de tous, à partir de ce moment, il était devenu le croque-mitaine qui hantera pour toujours nos esprits. Pour être insaisissable et plus solitaire que jamais, il s`installa sur une pointe de terre à bois appartenant à son frère et construit une cabane où il vécu, depuis, loin des regards fugaces.». Je crus dur comme fer à l`histoire pathétique de Josephat. Au fil des ans, de par sa rancune dévorante, il avait dû, sans doute, accentuer son état dépressif et méfiant.

Pendant ce temps, Lancelot veillait au grain. Assis sur un gros coussin devant le grand foyer, il tenait fermement dans ses mains le tisonnier. Sous la seule source de lumière qui provenait des bûches flambantes dans la cheminée, s`animaient gaiement quelques ombres sur les murs de la pièce noirâtre. J`aurais cru qu`ils s`agissaient de vrais petits diables, aux sabots fourchus et à la tête camuse ornée de deux cornes sur le front, dansant autour d`un feu! "Cliffette", le chien, ronflait dans sa corbeille et "Billy", le chaton, se faisait toujours discret comme une souris dans son trou. L`horloge carillonnait ses trois coups mélodieux quand, sans raison aucune, je remarquais monsieur Lamoureux qui se mettait, encore une fois, martel en tête. Était-il tourmenté? C`est pourtant l`impression qu`il me donnait en faisant tourbillonner nerveusement le contenu de son verre que je venais tout juste de lui resservir. Il fixait des yeux grands et ronds, Jacinthe, qui à son tour, le dévisageait sans retenue. Je sentais qu`ils me cachaient quelque chose! Instantanément, comme un déclic, une idée vint me troubler la raison. «Et si la personne qui s`en est pris à moi la veille n`était pas Josephat?», pensais-je à voix haute.

Immédiatement, le grand-père baissait encore la vue et tapa nerveusement du pied. Il semblait prendre la mouche! Subitement, après un instant d`hésitation, il se leva brusquement, vint vers moi et me fixait des yeux brillants comme les tisons du foyer. J`étais complètement terrifié au point d`en perdre le souffle! Il brandissait sa main, tordue et tremblante, sous mon nez et me dit sur un ton sans équivoque: «non! ...Pour ton salut, tu ne dois pas chercher à savoir...». Sans plus tarder, avant même que je réalise la portée de ses paroles énigmatiques, Lancelot bondissait sur la porte d`entrée comme un tigre en chasse pour empêcher qui que ce soit de s`enfuir. «On a tiré sur mon meilleur ami et on ne doit pas chercher à savoir... Vous allez sur-le-champ nous dire de quoi il s`agit, exactement!», s`écriait-il.

(à suivre...)

Le Chat botté,


dimanche, septembre 17, 2006

Lancelot s`en va-t-en guerre (Partie 9)

Jacinthe nous racontait que Josephat était le frère aîné de feu Albert MacMahon, l`ancien propriétaire de ma vieille maison sur la colline. Toujours à rire à grands éclats d`une feuille qui tombait, d`une poule couveuse qui s`effrayait pour en perdre ses plumes ou d`une fille qui le regardait, Josephat était reconnu par tous comme un couillon, voire un imbécile. Force de nature, son mètre quatre-vingt-cinq imposait cependant la crainte à ceux qui, en paroles, désiraient le chahuter un peu. Méprisé et exploité par une mère et un frère après le décès du paternel, et moqué par presque tous les gamins, il était malgré tout un bon garçon, toujours prêt à rendre quelques menus services sur la ferme comme ailleurs.

Même si l`heure se faisait tardive pour entendre des bruits de fauteuil, des snifferies et des bâillements, j`étais attentif comme pas un. J`attendais le dénouement, sans rien dire, entièrement accroché à ses lèvres. La voix presque muette, Jacinthe se tut un instant. Elle prit son verre pour tranquillement laper une petite gorgée de Whisky, tira ensuite, langoureusement, une longue et suave bouffée de son petit cigare, et poursuivait son récit: «c`est quand la mère des deux frères mourut que tout bascula! Comme il était de la coutume que l`aîné soit désigné comme l`héritier de la ferme, Josephat faisait de beaux rêves... Devant les insultes, l`autorité implacable et l`absence de ressentiments de la part de ses proches, il s`encourageait toujours en se bouchant les deux oreilles. Mais, l`avenir lui réservait de mauvaises surprises pour qu`il en perdit tout espoir. À la mort de sa mère, de par les stipulations de son testament, c`était Albert, et non Josephat, qui hérita de la ferme et de ses plantations. Nous avions entendu dire qu`elle lui avait pourtant léguer un petit pactole en argent pour couvrir, pendant quelque temps, ses subsistances, mais, malheureusement, le pauvre d`esprit ne vit jamais la couleur ni toucher la texture d`un seul billet de Banque!».

Pour avoir écouter la narration de l`histoire de Josephat comme un gamin sur un banc d`école, j`étais bouleversé, presque ému et attendri aux larmes. Pourtant, je me doutais bien qu`il s`agissait du même individu qui, la veille, avait brandi sa carabine sur moi pour la dégainer et, qu`à peine quelques minutes, je le considérais toujours comme mon pire ennemi.

Un moment de silence s`était installé dans la pièce comme si chacun de nous était en proie à une profonde réflexion. Subitement, monsieur Lamoureux se redressa pour que tous les os de son corps crissent d`abominables bruits secs à faire sursauter de peur. Je crus d`abord qu`il s`agissait d`une bûche qui crépitait joyeusement. Mais, il en n`était rien. Le grand-père brandissait aussitôt sa main tordue en forme de col de cygne et nous informait de la suite de l`histoire: «par une nuit d`hiver, où le vent soufflait en rafales et où la neige se transforma en épines, Josephat se rebella contre son frère et sortit de force plusieurs animaux de l`étable au grand froid. Je me souviens de cette nuit comme celle de mes noces... Les beuglements et les cris aigus déferlaient de partout pour que j`en ai les cheveux dressés sur la tête. J`abandonnais sans rechigner la chaleur de mon lit et me précipitais sur la fenêtre de ma chambre pour voir si un ange n`apparaîtrait pas dans le ciel de la colline pour annoncer la fin du monde... Mais, au lieu de ça, à la lumière d`un fanal éclairant la porte ouverte de l`étable, je vis deux misérables se batailler comme des diables dans l`eau bénite. Ils étaient pas mieux que des vauriens ensorcelés d`une rage meurtrière... Ils s`assenaient chacun de violents coups de poings au visage. Au bout de quelques minutes horrifiantes, Albert maîtrisa, mais non sans peine, son frère qui tentait vainement de se débattre. Il n`en fallait pas plus pour qu`Albert le chasse sur-le-champ de la ferme. Il savait qu`habiter avec un homme rongé par la haine et la jalousie était comme vivre avec un pistolet chargé sur la tempe...». «Mais, qu`est-il devenu Josephat?», lui demandais-je impatiemment.

(à suivre...)

Le Chat botté,

jeudi, septembre 14, 2006

Lancelot s`en va-t-en guerre (Partie 8)

Je savais qu`un épais brouillard de ténèbres avait tragiquement pris possession du ciel nocturne de ma campagne. Afin d`éviter de faire poireauter davantage monsieur Lamoureux pour que, l`humidité et le froid, pénètrent jusqu`à la moelle de ses os, je m`empressais de lui ouvrir la porte.

Aussitôt le passage libre, il s`introduisait rapidement comme un ours en colère pour s`immobiliser au milieu de la grande pièce. D`un demi-tour de tête, il scrutait les moindres recoins. Il semblait nerveux et préoccupé. «Quel bon vent vous amène?», lui dis-je, hésitant. Sans m`en attentre, il se retourna brusquement vers moi pour me jeter un regard stoïque. «Qu`as-tu fait de ma p`tite fille?», me demandait-il sur un ton grave et poignant tout en brandissant dangereusement son long bâton de pèlerin, tordu et noueux, dans ma direction. J`étais perdu comme un loup solitaire! Je cherchais à comprendre ce qui le motivait ainsi, quand une voix douce et frêle se fit entendre en sourdine: «Grand-pâ! ...Ne te fais pas de mauvais sang pour moé, je suis là!». Immédiatement, le pauvre diable exalté abaissait son arme pour rechercher Jacinthe. À quatre pattes sur le canapé, la misérable se remuait comme un ver pour se débarrasser de la couverture de fourrure sous laquelle elle s`était cachée.

Dès que le vieux fermier eut repris ses esprits et que moi, le malheureux, je me sois remis de mes émotions, j`invitais tout le monde à venir se détendre devant un chaleureux feu de bois que Lancelot venait tout juste de réanimer dans le foyer. Je déposais une bouteille de Whisky et des verres sur la table d`appoint et offris à qui le désirait, un Montecristo. À ma grande surprise, aucun ne rechignait l`un de mes petits cigares roulés à la main. Même Jacinthe se laissait tenter par une petite douceur de la Havane!

Lorsque les nerfs, les tendons et les muscles tendus de chacun s`étaient relâchés sous les effets de quelques petits plaisirs de la vie, je me risquais à leur demander, à monsieur Lamoureux et à Jacinthe, la raison de leur venue. Aussitôt, le grand-père semblait indisposé. La tête penchée vers le sol, il claquait bruyamment du talon au rythme du tic-tac de l`horloge. Jacinthe me regardait le visage rougi comme si elle avait été prise en faute... «Pour avoir entendu quelques bribes, je savais que toi et Lancelot, vous complotiez quelque chose dans le dos de Josephat...», me soufflait-elle entre les dents serrées. Instantanément, mon pote agronome agita nerveusement ses doigts sur le rebord de la tablette de la cheminée pour attirer mon attention. Il m`affichait un empathique petit sourire narquois. Faisant fi de son attitude de gamin, je me détournais de lui pour interroger à nouveau Jacinthe: «Josephat: Qui est-il?». «C`est l`idiot du village!», me répondit-elle.

(à suivre...)

Le Chat botté,

lundi, septembre 11, 2006

Lancelot s`en va-t-en guerre (Partie 7)

Sur le premier cognement retentissant, "Cliffette" bondissait rapidement vers la vieille porte d`entrée. Le regard soutenu, les poils du dos dressés, et la queue haute et raide, il grognait furieusement les babines retroussées. Un danger était tout près... "Billy" le chaton, qui venait tout juste de reprendre ses habitudes de marmotte sur la tablette du foyer, déguerpissait encore une fois vers un ailleurs plus tranquille et sécurisant.

Un verre d`élixir à la main, Jacinthe le laissa aussitôt tomber à ses pieds pour qu`il éclate en mille morceaux. La pauvre n`avait même pas eu le temps ni le plaisir d`y tremper ses petites lèvres en forme de tulipe! Lancelot tournait en rond, affolé comme un pigeon blessé, pendant que moi, contrairement à mes habitudes, je demeurais calme, mais non pas sans être inquiet. En un rien de temps, l`atmosphère redevint tendue sur un fond de suspenses et de suspicions!

On cognait toujours à la porte avec vigueur. Sans avoir idée qu`elle était faite de bois massif, épaisse de trois pouces, j`aurais cru qu`elle était sur le point de céder sous des coups de savate. Recroquevillée sur le canapé comme un colimaçon et entièrement dissimulée sous une couverture de fourrure, Jacinthe gémissait sans retenue.

Tout d`un coup, sans crier gare, le lion rugissait à pleins poumons: «allez-vous-en!». Mais, rien n`y faisait. Le calvaire se poursuivait de plus belle... Je me risquais le premier à mourir sous la torture en me dirigeant à pas de loup vers le vestibule. Subitement, comme si l`imposteur avait senti ma présence, il cessa de s`acharner comme un bouc. Un silence de mort courait dès lors dans toute la pièce. Nous étions tous muets comme des cadavres. Même "Cliffette" s`était tu pour s`accroupir le ventre sur le parquet! Seuls un claquement de dents et des crissements de bottes venaient adoucir cette étrange et terrifiante musique des abîmes.

Soudainement, je vis la poignée tourner lentement pour grincer horriblement. Quelqu`un essaya d`ouvrir la porte. Sans plus tarder, je me dépêchais de fermer le loquet en fer forgé et m`éloigna de cet endroit maudit pour rejoindre mon pote agronome. Accroché à lui comme un pot de colle, je pouvais voir ses yeux exorbités, la bave dégouliner de ses lèvres, et sa poitrine se gonfler terriblement comme un ballon en baudruche. Il arrivait à peine à dissimuler sa nervosité... Aussitôt, pour ne plus se contenir, Jacinthe cria de toutes ses forces. Son cri fut si perçant qu`elle avait dû réveiller tous les morts du canton!

Le temps nous avait tragiquement perdus de vue. Pour avoir jeter un coup d`oeil rapide sur l`horloge, la grande aiguille de la pendule semblait lambiner sur place. Il était une heure du matin. Je me tourmentais pour essayer de décortiquer l`incompréhensible quand, venant de l`extérieur, une lumière jaunâtre déferla sur tous les murs de la pièce pour nous éblouir les yeux. Derrière la fenêtre de la cuisine, un individu demeurait immobile, cambré et suspendu à un long bâton. Il tenait un fanal à la main. Même si cette silhouette n`avait rien d`humaine, elle me rappela quelqu`un. Je m`approchais sournoisement de quelques pas et immédiatement, je reconnus monsieur Lamoureux. Sans même rechercher Jacinthe du regard, je lui criais le coeur réjoui: «Jacinthe! N`aie plus peur... C`est ton grand-père!», J`étais dès lors soulagé et apaisé comme un enfant perdu qui retrouve enfin sa mère. Sans le savoir, je m`étais tordu les tripes pour rien!

(à suivre...)

Le Chat botté,

vendredi, septembre 08, 2006

Lancelot s`en va-t-en guerre (Partie 6)

Lancelot était amoché comme s`il s`était lui-même glissé dans sa moissonneuse-batteuse. Pour s`être allongé sur un sol froid et humide durant toute la veillée, reniflant, les yeux gonflés, le corps noué et la nuque brisée, le misérable en avait pris pour un bon rhume!

Debout et chambranlant comme un piquet sur le point de tomber, il tenait difficilement Jacinthe dans ses bras. Elle était toujours inerte, presque sans vie. Sans plus tarder, j`invitais mon pote à la déposer délicatement sur le canapé. La pauvre avait perdu connaissance sous une pluie de feux et de plombs!

Entretemps, les flammes de mon foyer s`étaient faites discrètes et paresseuses. Je me dépêchais de les réanimer à l`aide du soufflet, pour que la pièce soit de nouveau chaleureuse et accueillante. Soudainement, ma belle au bois dormant se réveilla d`un profond sommeil au lointain voyage. À genoux près d`elle, je la réconfortais du mieux possible en lui murmurant de petits mots doux à l`oreille. Le front suintant et les yeux hagards, elle balbutiait en minaudant: «non! ...Non! Pas lui, ...c`est pas lui!».

Malgré que j`étais heureux qu`elle fut miraculeusement épargnée d`une tragédie des plus sanglantes, j`en étais pas moins rassuré... Je me questionnais sur la raison de sa venue inopinée. «Celà devait être très important pour qu`elle se soit cheminée jusqu`ici, seule dans le noir...», disais-je tout en cherchant du regard mon ami. »Elle a dû entendre quelques bribes de notre conversation concernant notre complot...», me répondit-il d`un ton ferme et sans équivoque. Sa voix transperçante et pleine d`autorité me glaça les veines!

Aussitôt, Jacinthe tentait péniblement de se soulever en s`appuyant sur ses coudes. Lentement, elle tourna sa tête de droite à gauche. Puis, elle arrêta son regard sur moi. Les yeux fixes et gorgés d`eau, elle semblait sur le point de fondre en larmes. Immédiatement, je la pris dans mes bras pour la serrer fort contre ma poitrine. Sur de petits gémissements et une respiration accélérée, tout son corps palpitait, secouer de longs frissons. J`avais la gorge nouée et le coeur serré! J`étais triste, profondement triste.

À cet instant, Lancelot toussa horriblement comme un vieux moteur. Pour le voir, le dos arqué comme au dragon, j`aurais crus qu`il s`apprêtait à cracher de ses poumons un torrent de flammes. J`abandonnais un moment Jacinthe pour leur préparer, à elle et lui, un petit remontant de gitan. Par la même occasion, j`en profitais pour ingurgiter ostensiblement deux ou trois petites lampées de gin afin de soulager mon gosier altéré...Tous les événements vécus depuis les dernières vingt-quatre heures m`avaient mis les nerfs à plat. À fleur de peau, j`étais sur le point de craquer!

Lancelot avait remarqué mon état lamentable de chien battu et, aimable comme pas deux, il vint vers moi pour me masser vigoureusement le haut des épaules. Cette tendre attention eut pour effet de me ravigoter en un rien de temps. Dès lors vigoureux comme une tige de blé dansant au gré du vent, je retournais auprès de ma belle créature qui avait repris des poils de la bête. Remise de ses émotions tragiques et bouleversantes, elle s`apprêtait à délier sa langue quand, soudain, quelqu`un cogna à la porte...

(à suivre...)

Le Chat botté,

mercredi, septembre 06, 2006

Lancelot s`en va-t-en guerre (Partie 5)

L`attente fut longue et pénible. Entretemps, une brise humide et saturée d`eau s`était infiltrée dans la pièce pour me glacer le dos. Du coin de l`oeil, je pouvais apercevoir de la fenêtre, une brume opaque qui s`élevait du sol pour entièrement assombrir mon paysage de bleu teinté nuit. Pour être tantôt dans les affres de l`eau-de-vie, j`étais dès lors totalement dégrisé. Car, même avec ses lunettes de vision nocturne, mon pote était désormais fichtrement mal foutu comme un aveugle sans canne blanche ni chien-guide!

Les bruits de pas résonnaient toujours comme si quelqu`un s`amusait à faire le sot pour piétiner sur place. Mon chien "Cliffette" avait les oreilles bien tendues. Je lui ordonnais de rester sur ses gardes. Soudainement, un feu d`artifice explosa, suivi d`un deuxième. Tout le ciel de ma campagne s`illuminait de couleurs multicolores. Puis, vint une décharge de carabine. Un tir n`attendait pas l`autre comme dans un peloton d`exécution.

Ma colline s`était transformée en un redoutable Champ de mars! Mais, je n`eus longtemps à me ronger les os pour que l`ennemi soit terrasé. Aussitôt, parmi des aboiements graves et rauques, j`entendis un cri horrifiant et persistant comme si on avait saigné un goret. Mes tympans en prirent un coup! J`étais devenu dingue, prêt à me jeter, la tête piquée devant, dans le gouffre de la folie...

Après avoir vécu un instant à me couper le souffle, vint un silence de mort. Comme si la Grande faucheuse avait oeuvré à mon insu, pas le moindre bruit ne venait me chatouiller les oreilles fragiles et crevées. Encore une fois, je me laissais emporter par mes petits scrupules. «Et si le forcené avait d`abord abattu mon ami pour ensuite venir me tuer?», pensais-je à voix haute tout en sanglotant de tous mes membres. Je savais que même si l`ennemi tombait au sol, ce n`était pas un gage de victoire... Dur comme le roc et immortel comme un démon, le vieil homme pouvait toujours se relever pour achever son travail!

Pendant que je me tourmentais dangereusement, lentement la porte d`entrée s`ouvrit. Son grincement sinistre me donna la chair de poule. J`avais envie de vomir. Aussitôt, "Cliffette" se cheminait rapidement vers ce lieu maudit. Toujours cambré dans mon fauteuil comme un écureuil dans son nid, entièrement convaincu de mourir dans la seconde d`une fin atroce, je me risquais, tout de même, à y jeter un coup d`oeil.

Pour me rouler les yeux dans une lumière diffuse provenant d`une veilleuse de nuit, je reconnus la silhouette de Lancelot. À cet instant, je poussais un long soupir de soulagement. Jamais je ne fus aussi heureux! Mon pote agronome s`en était tiré courageusement pour être sain et sauf. Sans plus tarder, je me levais pour le retrouver. Mais, avant de bondir sur lui comme un veau dans un champ de luzerne, je remarquais qu`il tenait dans ses bras le corps inerte d`une femme. J`étais complètement estomaqué! «Regarde qui est tombé dans notre embuscade!», me dit-il d`une voix enraillée. C`était Jacinthe! «Mais, que diable venait-elle faire sur ma colline dans le noir?», bredouillais-je.

(à suivre...)

Le Chat botté,

lundi, septembre 04, 2006

Lancelot s`en va-t-en guerre (Partie 4)

L`horloge grand-père carillonna ses heures. J`aurais cru que cette fois-là, elle résonnait plus bruyamment que d`habitude!

Comme la veille d`un jour de l`an, je comptais fébrilement les Ding-Dong profonds, mais non pas avec joie et empressement! Il était onze heures. Sur le dernier coup retentissant, je me laissais dangereusement envahir par une peur de culpabilité. Je me doutais que le moment fatidique arriverait bientôt... Pour me souvenir de l`agilité avec laquelle le vieil homme de la forêt manipulait son long fusil, je m`imaginais entendre des cris de douleur et de détresse qui s`élevaient dans une clameur horrible. Mon seul désir était de tout gâcher pour que le complot tombe à l`eau! Mais, afin de ne pas flancher au risque de paraître un lâche aux yeux de mon courageux ami, je m`abstenus.

Debout devant le foyer qui répandait une chaleur douce, enveloppante et constante, je tremblais de tout mon corps pour m`en éclater les dents! Sans cesse, telle une poupée mécanique, je soulevais ma casquette pour me gratter machinalement le cuir chevelu. Sur la tablette de la cheminée, traînait une vieille bouteille de Cognac à moitié vide. Je la pris d`une main, la débouchonna de l`autre, et la lapais bruyamment à même le goulot. Aussitôt, étourdi pour en avoir le coeur sur la main, j`eus terriblement chaud. Je crus que le plancher de bois sur lequel je me trouvais, se dérobait sous mes pieds!

Pour éviter de m`écraser comme une mouche, je reculais d`un pas pour m`effoirer dans mon fauteuil de style bergère. Dès lors, j`entendis une voix d`outre-tombe qui me dit: «Prends garde à toi! Car, sinon, tu devras te repentir de tes actes...». Immédiatement, je me basculais de côté pour jeter un coup d`oeil tout autour de moi. Rien, ni personne ne s`y trouvait! Pourtant, j`étais persuadé de ne pas rêver. Je m`empressais de me pincer, puis de cogner du bois, afin de me convaincre de mes sens. Mais, j`en demeurais pas moins dans l`impasse! J`étais tellement engourdi que mon corps paraissait ne plus m`appartenir... Alors, une question me vint en tête: «un démon s`amuserait-il à me tromper pour me voir boulversé et effrayé?». Subitement, je bondissais de mon fauteuil comme si la foudre m`était tombée dessus. Cependant, pour aussitôt chanceler comme la flamme d`une bougie, je m`écroulais de nouveau dans mon trône pour m`y carrer profondément.

Le souffle court et brûlant, je cherchais désespérément à m`oxygéner les poumons encrassés par l`angoisse. Soudainement, le satané carillon résonna encore. Une heure s`était écoulée depuis ma dernière longue et profonde respiration. Je n`étais tout simplement plus capable de me contrôler ni de me supporter. À bout de nerfs, je sursautais comme un cabri en mal de vivre! Je ne cessais de penser à mon pote qui, seul dans le noir, veillait caché. Mais, sans même reprendre mes esprits, quelque chose venait de surcroît les troubler. De la fenêtre que j`avais laissé entrouverte par consigne, j`entendis un bruit de pas qui s`approchait lentement vers la maison. Le forcené des bois était tout près. Je crus devenir fou! Allais-je être responsable d`un massacre à la carabine?

(à suivre...)

Le Chat botté,

samedi, septembre 02, 2006

Lancelot s`en va-t-en guerre (Partie 3)

En quittant la ferme des Lamoureux, tout en marchand d`un pas rapide, nous élaborâmes à voix haute un plan d`action à la manière de soldats d`élites. Comme des frères jumeaux, nous complotions une frousse de tous les démons que le vieux torrieu n`était pas prêt de revivre!

Il était convenu que mon pote agronome se rendrait chez ses parents pour se procurer quelques feux d`artifice, une vieille carabine à plombs et des lunettes de vision nocturne qu`il venait tout juste d`acheter dans une vente de débarras, pendant que moi, je me cheminerais directement vers ma vieille maison sur la colline.

Le soufle court et tout en sueur, Lancelot arriva peu de temps après, les bras chargés d`artilleries. Sachant où le vieil homme se tenait la veille au soir pour en avoir été informé au préalable, il s`occupait déjà à installer ses pétards à mi-hauteur dans la terre. Par la suite, d`un petit coup d`oeil, il identifiait rapidement le trou dans lequel il se terrerait dans le noir pour guetter le moindre mouvement suspect. Puis, comme un boulet de canon tiré verticalement, il vint vers moi pour me donner ses dernières consignes.

Tout était fin prêt avant le moment tant attendu! Nous nous donnions une vigoureuse poignée de main, crachèrent chacun, trois fois par terre, et ensuite, hurlions aux loups notre joie dont l`écho résonna aisément à mille lieux. L`heure de la revanche avait sonné...

Dès la tombée de la nuit, pour ne savoir quand le scélérat allait de nouveau se pointer, l`oeil du diable au bec, Lancelot se cachait aussitôt derrière un arbrisseau tout près de la maison. La veillée se faisait fraîche et humide. Sous un ciel étoilé, mais toujours sans lune, une colonne ondulée de fumée blanchâtre s`élevait fièrement de mon étang. J`aurais cru discerner de cet endroit mystérieux, une danse macabre de chimères se donnant la main de vie à trépas! C`était le prélude d`une nuit terrifiante où l`existence d`un gai folichon, aux idées malicieuses, allait soudainement basculer dans l`angoisse...

Avec ses lunettes de vision nocturne sur le nez, mon complice devait sans difficulté apercevoir, mes chauve-souris voltiger follement de belles pirouettes, mon matou errant, à la crinière ébouriffée, rechercher inlassablement de quoi se mettre sous la dent, et toutes les autres bêtes sauvages qui, soir après soir, viennent rôder près de ma maison. Comme un chat dans l`obscurité, rien ne pouvait donc lui échapper à son attention!

De mon côté, je suivais ses directives comme si ma vie en dépendait. Pour ne pas éveiller des soupçons, comme la veille à pareille heure, j`allumais un feu de foyer et je m`affairais à mes occupations habituelles, c`est-à-dire: rien sinon m`affaler comme un pacha dans mon fauteuil préféré, un verre d`alcool dans une main et un cigare cubain dans l`autre.

Tout était calme dans ma campagne, mais je demeurais pourtant agité comme un sabot! Le temps me paraissait terriblement long. Je gigotais des pieds et resserrais sans relâche mes poings pour que mes articulations émissent des craquements aux mélodies sinistres. Je pensais à mon meilleur ami qui, seul dans le noir, attendait patiemment comme un fauve en chasse. J`aurais voulu être à ses côtés pour le supporter dans sa témérité et ainsi partager son festin d`un bonheur incommensurable de vengeance.

(à suivre...)

Le Chat botté,

jeudi, août 31, 2006

Lancelot s`en va-t-en guerre (Partie 2)

Lancelot n`était pas un être de tempérament violent. Mais, lorsqu`il était témoin d`une injustice grave ou qu`il avait connaissance du tort causé volontairement à l`un de ses amis, il pouvait s`emballer pour devenir un fou furieux.

La tension était à son comble dans la vieille maison de bois. Inquiet, je tentais de le calmer et lui dit: «tu sais, mon vieux, je suis toujours envie!». Mais, loin d`être apaisé comme un enfant dans les bras de sa mère, mes mots eurent pour effet de grandir sa colère. «Tu verras, cet énergumène aura ta peau un jour!», s`écria-t-il. Le visage rouge et les mains tremblantes, mon pote agronome se décourageait de mon insouciance face à un danger qui lui semblait bien réel. Pour me questionner à savoir qui était la vraie victime, je croyais rêver éveiller. Pourtant, je savais pertinemment que cet ermite de la forêt n`était pas fait de bois mou!

Aussitôt, un cri retentissait dans la cuisine pour me dresser les cheveux. Le lion avait rugi du fond de ses entrailles toute sa fureur. Debout, Lancelot déposait ses poings serrés sur la table, poussa un long soupir et me regardait droit dans les yeux. Je ne le reconnaissais plus. Avec son regard froid et transperçant, il me mortifiait. Puis, après un moment d`effroi à me couper le souffle, sur un ton ferme et sans équivoque, il me dit: «nous allons lui régler son compte à cette vieille chouette de malheur!».

Sur le coup, je demeurais sceptique quant à la réelle nécessité d`une douce vengeance. Avec le temps, je pensais me convaincre que cette histoire, digne d`un film d`épouvante, n`était en fait qu`un mauvais rêve. Mais, pour l`avoir écouté attentivement me décrire une nature humaine dans ce qu`elle a de plus vil et grégaire, Lancelot avait réussi à me persuader, et je commençais à me trépigner comme un gamin auquel on aurait promis de révéler un secret...

Pendant que mon meilleur ami me faisait part de ses intentions machiavéliques, Jacinthe nous avait temporairement quitté pour rejoindre son grand-père au champ. Dès son retour, Lancelot me fit un signe de la main pour me signifier de garder le silence. Je compris alors que notre complot devait rester discret. Il devait penser que la pauvre créature était trop docile et peu rebelle pour confronter un si grand danger. Sur ce point, j`entretenais quelques scrupules, mais j`obtempérais, sans rechigner, comme un bon soldat. Sur-le-champ, nous délaissâmes la compagnie de notre charmante hôtesse pour nous diriger vers ma maison.

(à suivre...)

Le Chat botté,

mardi, août 29, 2006

Lancelot s`en va-t-en guerre

Après m`être miraculeusement libéré des griffes de mon terrifiant voisin, même si j`étais mort de fatigue, je me cheminais directement vers la ferme des Lamoureux pour retrouver Lancelot, mon pote agronome.

Je savais que vers le début de la matinée, il s`y trouverait pour s`occuper à faire le train. Debout dans l`entrée de la vieille étable, je restais immobile et désemparé comme un enfant battu. Je le voyais me regarder le visage stupéfié. Il cessa immédiatement de traire les mamelles d`une vache et, d`un ton ferme, il me demanda: «qui a-t-il?».

J`aurais bien voulu lui faire part de mes craintes pour ainsi me soulager d`un poids, mais je demeurais muet comme un pape, le regard sans doute vide et atterré. Je sentais que je n`avais plus sur moi un véritable contrôle. Subitement, et de façon inopinée, j`eus terriblement chaud pour haleter et suer comme un porc et mon corps devint une pierre dont je ne pouvais plus supporter de mes jambes.

Étendu sur le sol, je recouvrais peu à peu mes esprits. Accroupi près de moi, Lancelot me fixait des yeux, grands et tristes. Encore légèrement étourdi et désorienté, je l`interrogeais sur mon état: «dis-moi... Est-ce qu`une vache affolée m`a piétiné la poitrine avec violence et régularité?». «C`est tout comme!», me répondit-il tout en me faisant un clin d`oeil des plus convaincants.

Immédiatement, je poussais un rire convulsif. Mais, pour dès lors éprouver une sensation de déchirure dans tous mes muscles, je me soutenais le ventre de mes deux bras. Grinçants des dents, je gémissais une douleur qui m`était encore inconnue. Toujours aimable et attentionné comme pas un, Lancelot m`aida à me relever. Et, pour avoir de la difficulté à marcher, il me soutenait de son bras jusqu`à la maison des Lamoureux.

Vers le milieu de l`après-midi, pour m`être endormi comme une bûche sur un lit d`appoint, je me réveillais agréablement sur un délicieux fumet d`un pot-au-feu me rappelant de doux souvenirs de mon enfance. L`odeur de la bonne bouffe qui s`était répandu partout dans la maisonnée m`aida grandement à me ravigoter. Le pas pataud comme un ours, je me dirigeais vers la cuisine pour rejoindre Lancelot et Jacinthe. Aussitôt, je m`émerveillais devant un grand bol de légumes, frais et colorés du jardin, accompagné de gros morceaux de boeuf que mon hôtesse venait tout juste de me servir. Affamé comme un loup, je dévorais sans aucune manière. Le boeuf aux légumes était si bon que j`en redemandais, candidement, encore et encore, sous le regard étonné de Lancelot et de Jacinthe. Ma santé ne m`inquiétais pas plus que d`habitude puisque mon estomac est aussi solide que celui d`un rhinocéros!

Complètement rassasié, le ventre bien ballonné, je leur racontais mes mésaventures dans les moindres détails depuis la veille au soir. Lancelot m`écoutait attentivement tout en tapotant nerveusement sa grosse cuillère. Assis sur sa chaise, il semblait nerveux, agacé comme un cheval avant une course. Puis, pour ne plus se contenir, il explosa sa rage qui s`était graduellement installée en lui. «Le vieux snock a pété les plombs!», s`exclamait-il tout en bondissant de sa chaise. Jacinthe et moi, nous demeurions bouche bée. Nous l`observions tourner en rond dans la cuisine comme un lion en cage.

(à suivre...)

Le Chat botté,

dimanche, août 27, 2006

L`ermite de la forêt (Partie 3)

J`étais terrifié, mon sang se glaça dans mes veines. Sans issue, j`étais pris au piège comme un poisson dans le filet! Je souhaitais hardiment que le temps ne me soit pas compté...

Doucement, je me retournais tout en demeurant sur place. Le tronc du grand pin, dur comme le roc, était devenu mon seul bouclier face à une menace impensable, mais pourtant bien réelle. Le dos contre cette colonne odorante, je suppliais mon ange gardien de me venir en aide.

À l`instant même, il y eut une décharge. Le bruit était tel que j`aurais cru que le tonnerre s`abattit au-dessus de ma tête. Mes deux oreilles étaient complètement bouchées. Aussitôt, partaient en éclat de gros morceaux d`écorce de l`arbre derrière lequel je me cachais. J`étais plus vulnérable que je le pensais. Par instinct, je me laissais glisser, le corps allongé sur le tronc pour m`écraser au pied de ma stèle! Je n`eus guère de difficulté à faire le poulpe, car j`étais déjà mou comme une chiffe. J`attendais là, immobile et silencieux comme un mort vivant, en espérant que le forcené, sans retenue ni maîtrise de soi, s`imaginerait s`être trompé dans son jugement.

Encore une fois, ma tête était sur le bord d`éclater. Comme un film en accéléré, je voyais, en noir et blanc, les dernières séquences de ma vie que je m`apprêtais de vivre. D`abord, je gisais dans cette poussière de terre, à demi courbé, et agonisant sur la dernière goutte de vie qui m`habitait. Ensuite, dans une pièce sombre comme un mur de tripot, sur des cris et des pleurs persistants, trois visages tristes aux auréoles d`une grande lumière calme, me regardaient. C`était Jacinthe, Lancelot et Rocky. Puis, pour reposer dans une petite prairie, une brise de fraîcheur, parfumée aux fleurs sauvages, me pénaîtra afin que mon esprit soit apaisé et libéré à jamais. Mais, je n`eus tôt fait de recouvrer tous mes sens, car un deuxième coup de fusil résonna dans la forêt. Sur-le-champ, je sentis une balle me frôler le flanc. Une petite et peu profonde blessure apparut instantanément.

J`implorais le ciel que le vieil homme fasse un entracte dans sa folie meurtrière. Dès lors, pour ressentir une vive douleur, un déclic se fit dans ma tête. Étant convaincu que cette matinée était la dernière de ma vie, je pensais taquiner le diable. Je m`imaginais me lever et dévoiler ma personne sous ses yeux démoniaques pour lui tenir tête et me battre. Mais, à la dernière seconde, juste avant d`accomplir mes gestes de bravoures, je sentis la peur m`envahir comme le venin d`un scorpion coulant dans mes veines. Je pensais à tous mes désirs encore inassouvis!

Cependant, j`ai voulu me retourner pour jeter un coup d`oeil en direction de l`ermite. Mais, étant toujours sous l`emprise d`une peur bleue, j`hésitais. Alors, je décidais de me laisser glisser de nouveau, et cette fois-ci, à la manière d`un ver de terre. Pour me retrouver dissimulé dans une souche, la face contre un tapis d`humus, je me risquais, à ce moment-là, de me pointer le bout du nez. À travers les feuilles d`un arbuste rabougri, mes yeux roulaient dans tous les sens. Et, pour aussitôt, remarquer que le long fusil était de nouveau accoté sur la cordée de bois, j`attendis patiemment, un instant, et rampais, le corps contre le sol, vers ma maison.

jeudi, août 24, 2006

L`ermite de la forêt (Partie 2)

Complètement dissimulé derrière un énorme pin blanc, plus gros qu`un tonneau de vin, je surveillais discrètement la cabane d`un oeil scrutateur. J`attendais patiemment d`apercevoir celui qui était devenu mon pire ennemi.

Le temps d`attente me semblait long. Tout était immobile et silencieux dans cette forêt humide, sombre et profonde. Harassé par un nuage de moustiques et de mouches suceuses de sang, je pensais battre en retraite quand j`entendis, le grincement d`une porte de bois. Immédiatement, j`entrevoyais au travers des branches, un vieil homme à l`allure déglinguée. Vêtu d`un jean défraîchi et d`une chemise à carreaux, en pièces, dont les lambeaux pendaient deça et delà, il s`affairait à préparer un feu de camp sur lequel était adroitement suspendu une marmite en fonte.

Mais, de cet endroit, je ne pouvais l`identifier correctement. Alors, comme une fouine, je me pointais le bout du nez de plus près pour me cacher derrière un autre grand pin dont la cime qui, par un temps colérique, devait aisément cogner aux portes du paradis. Pour m`être déplacé comme une panthère, aux pas feutrées, je me mordis aussitôt la queue! Sur une cordée de bois de chauffage était accoté un long fusil...

Trop longtemps debout et stationnaire comme un piquet, je me fatiguais rapidement. Je ressentais des fourmis dans les jambes. Sans plus tarder, mes genoux s`entrechoquèrent. Pour me dégourdir, je reculais d`un pas. Or, à mon grand désarroi, j`ai eu la maladresse de mettre le pied sur une branche morte pour déchirer la quiétude qui y régnait.

Aussitôt, alerté d`un danger, le vieil homme bondissait sur son long fusil avec l`agilité d`un écureuil. Son arme sous l`épaule, le doigt tordu rivé sur la gâchette, il surveillait d`un oeil aiguisé de faucon le moindre mouvement suspect dans les buissons. Prêt à faire feu comme un soldat sous les armes, rien ne lui semblait échapper à son attention!

J`haletais et transpirais abondamment. Je savais pertinemment, que si je faisais la bêtise de déguerpir à toute vitesse comme une gazelle affolée, le forcené au visage ridé et ravagé par la haine me tirerait des balles dans le dos pour que ma poitrine ressemble étrangement à du fromage gruyère... Au moindre bruit, même le plus subtil, il brandissait sa carabine avec la souplesse et la certitude d`une aiguille de boussole. Soudainement, par comble du malheur, une pomme de pin tomba à mes pieds. Pas un centième de seconde ne s`était écoulé que le bout du canon était déjà pointé dans ma direction.

(à suivre...)


Le Chat botté,

mardi, août 22, 2006

L`ermite de la forêt

Jusqu`à tout récemment, je m`étais miraculeusement préservé de l`agressivité malsaine. Jamais, un individu ne m`avait été aussi discourtois que le maraudeur.

Depuis ma tendre enfance, j`ai le souvenir d`avoir toujours été cajolé et protégé par des parents aimables et bienveillants. J`étais l`un de ces enfants chanceux qui, fort de caractère, pouvait s`émanciper sans difficulté, dans la vie. Les moqueries et les insultes, si j`en avais connaissance, m`étaient indifférentes comme l`eau qui coule sur le dos d`un canard. Il m`arrivait, certes, d`être de mauvais poils lorsque je rencontrais des obstacles, -et encore aujourd`hui-, mais jamais sans ignorer l`importance de respecter la personne ou le bien qui me causait des ennuis.

Les premières lueurs matinales apparaissaient déjà dans un ciel majestueux de couleur rose-orangé. Or, le coq avait beau chanter ce matin-là. J`étais toujours éveillé! En aucun temps, je ne m`étais autant creusée la cervelle. Pour avoir suivi religieusement, et réussi, tous mes cours de philosophie au Collège, je me remémorais quelques enseignements reçus. Les hommes sont-ils bons ou mauvais de nature? Sans équivoque, cette Nuit des Ténèbres me donnait un goût amer sur la nature humaine!

Aussitôt, sans même me concocter un petit déjeuner au poêlon comme j`en ai l`habitude, je me rendis sur le lieu où le rat des champs se tenait la nuit passée.
De cet endroit, il était loisible à qui le voulait, aux intentions malicieuses, d`épier mon intimité à travers les fenêtres de ma maison. Immédiatement, je constatais ma vulnérabilité et un léger frisson de terreur se glissa tout le long de ma colonne.

Jetant un regard inquisiteur sur mon environnement, je pouvais encore distinguer des empreintes de semelles, laissées au sol, dans de la terre légèrement humide. Dès lors, j`étais désireux de satisfaire ma curiosité, mais surtout soucieux de corriger celui qui s`était payé ma tête, comme l`aurait fait un bon père de famille envers un fils dévoyé et rebelle.

Pour m`en douter, les traces me conduisirent vers le sous-bois qui se trouve de l`autre versant de ma colline. À cet endroit, se trouve un chemin de fer abandonné qui se perd dans une forêt dense et privée de clairières. À ma connaissance, personne n`osait s`y pointer le bout du nez... Mais, pour avoir perdu tout indice de retrouver mon scélérat, je tentais tout de même de m`y aventurer. Je n`eus tôt fait de déambuler la longueur de trois pas, le corps crispé et les oreilles aux aguets, que je découvris, au loin entre des arbres d`une sapinière primitive, une petite cabane au revêtement de toile rouillée, et dont l`allure était des plus délabrées. Plusieurs débris et rebuts traînaient ici et là autour de cette bicoque. Je pensais alors qu`il devait s`agir d`une ancienne cassine de chasseurs jusqu`au moment où j`aperçus de cet endroit, une épaisse fumée noire s`échapper d`un tuyau de plomberie en guise de cheminée.

(à suivre...)

Le Chat botté,

dimanche, août 20, 2006

Le maraudeur (Partie 3)

Réalisant un danger inhérent, je me détortillais rapidement le corps pour me mettre à l`abri. Enroulé dans la draperie jacquard, les yeux fermés et tremblant de tous mes membres comme la feuille d`un peuplier par de fortes brises du Nord, je me souvenais alors d`une vieille superstition: "Lorsqu`une chauve-souris vole prêt de vous, cela signifie que quelqu`un vous a trahi ou ensorcelé!". Si l`une de ces bestioles répugnantes me valait déjà un mauvais sort pour mourir sans s`en apercevoir, je n`osais me casser le ciboulot pour une douzaine...

Après un instant d`émoi pour en perdre la raison, cette fois-ci, je tendis simplement l`oreille dans l`ouverture de la fenêtre. À mon grand soulagement, je distinguais un bruit de pas s`éloignant tranquillement vers le sous-bois. Or, même si le maraudeur s`en était allé, dégrisé d`un plaisir incommensurable, je demeurais néanmoins affolé comme une bête grièvement blessée dans son enclos. J`oubliais mon lit douillet et me rendis au rez-de-chaussée suivi de mon fidèle ami. Comme un coup de vent, je me précipitais vers la porte d`entrée pour vérifier si elle avait été bien verrouillée. Puis, pour me calmer les nerfs et hydrater ma gorge sèche, enrouée et irritée, je me dirigeais vers la grande cuisine pour me servir, de nouveau, un verre de cognac. Je n`eus fait fait longtemps d`avaler le précieux contenu pour m`en resservir!

Sans crier gare, un coup de froid me traversait le dos. La fraîcheur d`une nuit d`automne s`était déjà installée dans la maison. Je constatais alors que le foyer ne crépitait plus sa douce musique. À l`aide d`un soufflet, je le réanimais. D`un coup, de petites flammes paresseuses apparaissaient à travers les restes d`une bûche carbonisée. Je déposais quelques brindilles sèches de façon ordonnée ce qui ne tardait pas à réchauffer la pièce. Mais, même avec un gosier dilaté et un corps enflammé, je restais toujours agité. J`avais la bougeotte comme un feu follet un soir de printemps dans un cimetière! Je me demandais quel être ignoble pouvait s`amuser de mes tourments et pour quelle raison.

Tapant du pied, les deux mains appuyées sur le rebord de la tablette de la cheminée, les yeux fixes et les dents serrées, une phrase me traversa brusquement l`esprit: "Qu`est donc devenu le chaton?". «Billy!», m`écriais-je. Pour ne plus le retrouver sur le lieu où il avait l`habitude de se reposer, je me retournais violemment pour le rechercher du regard. Avec mes yeux de l`lynx, je ne tardais pas à le repérer dans la corbeille de "Cliffette", frissonnant de terreur sous la couverture. À l`instant rassuré que nous étions tous, sain et sauf, je m`assoyais dans mon fauteuil préféré pour me détendre comme je le fus au début de la soirée.


Le Chat botté,

samedi, août 19, 2006

Le maraudeur (Partie 2)

Courageux comme un lion, je me risquais à glisser la tête sous le châssis à guillotine. Aussitôt, j`aperçus l`horrifiante lueur incandescente piquer tout droit vers moi comme une étoile filante pour rebondir sous mon nez. C`était un pétard fumant! Un rat des champs aux intentions malveillantes trouva son aventure si plaisante qu`il en fit une gorge chaude!

À peine n`eus-je le temps de me ressaisir qu`un rire railleur retentissait de cet endroit maudit pour étouffer allégrement tous les aboiements de "Cliffette". Pris de panique, je tentais de vociférer toute ma colère la bouche grande ouverte. Mais, à mon grand désarroi, ce ne fut qu`un cri muet de mort qui s`échappa de ma gorge serrée. J`avais le respire coupé. Tout mon corps s`était paralysé, comme engourdi après un effort immense. Le sang m`était monté à la tête et ma cervelle bouillonnait de rage.

Après avoir repris mon souffle, j`avalais la salive accumulée dans ma bouche, et me risqua à nouveau de hurler aux loups. Sans plus tarder, de ma poitrine haletante, s`élevait un cri terrifiant pour faire trembler le sol. "Cliffette" cessa d`aboyer. J`avais hurlé si fort que le pauvre perdit sa langue au chat!

Je demeurais toujours dans la même position, suant et soufflant comme un boeuf. Cherchant à voir dans ce néant avec des yeux plus grands que le ventre, rien ne se manifestait, pas un autre oeil du diable ni même un rire narquois. Tout était dangereusement silencieux et immobile sous un ciel sans lune.

Mais, au moment où je m`apprêtais à me retrancher dans mon fortin, un tourbillon de battements d`ailes me soulevait les cheveux pour me glacer le sang. Sans le vouloir, j`avais invoqué dans cette Nuit des Ténèbres, une volée de chauve-souris au-dessus de ma tête, qui était toujours à découvert et sur le bord d`exploser. Je crus, un instant, la perdre à jamais!

(à suivre...)


Le Chat botté,